LE CAP, 24 mars (IPS) – Avec son insistance sur l’égalité de genre, la constitution sud-africaine est considérée comme un grand exemple pour beaucoup d’autres pays en développement. Pourtant, malgré des lois destinées à protéger les droits de la femme comme la Loi sur les violences sexuelles et la Loi sur les violences familiales, des femmes dans ce pays continuent de souffrir des outrages devant la police et au tribunal.
Lisa Vetten, une analyste politique au Centre de plaidoyer juridique Tshwaranang, une organisation qui protège les droits de la femme, lutte pour les droits des femmes durant presque toute sa vie. Elle a accordé une interview à la reporter de IPS, Stéphanie Nieuwoudt. IPS: Lorsque des politiciens parlent de l’égalité de genre dans ce pays, peut-on les prendre au sérieux?
Lisa Vetten: La courte réponse est non. Lorsque le genre est débattu au parlement et par des politiciens, la question est réduite aux quotas. L’attention porte sur combien de femmes devraient être au parlement – voici réellement comment le débat est devenu superficiel. Les quotas de genre sont devenus une forme de népotisme politique. Les nombres de femmes au parlement ont augmenté, mais dans beaucoup de cas, nous avons reculé. A l’assemblée générale du Congrès national africain (ANC) à Polokwane en 2007, seule une des résolutions s’est focalisée sur la femme et elle traitait de la question de savoir s’il devrait exister un ministère de la Femme ou non. Il n’y avait rien sur les violences ou d’autres questions de genre.
Après 1994, il y avait une vague de lois centrées sur des questions de genre. Par la suite, beaucoup de personnes croient que les questions de la femme ont été suffisamment réglées. Mais la question reste de savoir comment mettre en œuvre le cadre juridique qui est en place et comment l’on tient ceux qui sont au pouvoir responsables de l’échec de l’application de ces lois? Trop peu d’attention est accordée aux budgets des ministères de la Justice, de la Paix et de la Sécurité. S’il n’y a aucune allocation budgétaire pour appuyer la législation, elle ne peut pas être appliquée. IPS: La police sud-africaine (SAPS) et les tribunaux sont-ils équipés pour traiter tous les cas de viol?
LV: En 2005, le ministère de la Justice a publié un mémorandum sur la sortie des rôles des tribunaux relatifs aux abus sexuels.
La plupart des unités spécialisées de la SAPS, parmi elles les Unités de lutte contre les violences familiales, de la protection de l’enfant et de lutte contre les abus sexuels, ont été dissoutes et des services ont été intégrés dans les commissariats de la police générale. Des gens hautement formés devraient traiter des cas plus généraux ainsi que des cas spécialisés – sans véhicules, téléphones cellulaires ni structures d’appui spécialisées. Les tribunaux sont centrés sur un système et non sur la victime – ils sont tournés vers ceux qui dirigent le système et non vers les victimes. Ces tribunaux imposent des limites de temps arbitraires par rapport à la durée que les dossiers peuvent passer sur les rôles du tribunal avant d’être rejetés. Il s’agit de comment traiter rapidement un cas. Par la suite, une victime peut ne pas obtenir son jour de procès au tribunal et bon nombre d’auteurs circulent librement. Par exemple, un agent d’investigation peut aller en congé, mais ses collègues surchargés n’ont pas le temps de travailler sur ces cas et sur leurs propres dossiers. Dès qu’il reprend le service, le tribunal peut décider que le dossier a trop duré, et est rejeté. Les services de police sont sous pression pour atteindre des objectifs de performance. Ils doivent réduire les nombres de crimes et augmenter les nombres de condamnations. Cela amène certains officiers à refuser de prendre les déclarations des femmes qui ne peuvent pas identifier leurs agresseurs. Sans un auteur identifiable, la probabilité est faible pour qu’il y ait une arrestation. IPS: Donc les chiffres reflétant les violences faites aux femmes sont sous-déclarés?
LV: la dernière recherche sur cette question a été faite en 1997 par le Conseil de recherche médicale. La conclusion était que seule une femme sur neuf déclare le viol à la police. Je suis sceptique par rapport aux statistiques de la police, parce qu’avec la pression de réaliser les objectifs de performance, ils peuvent réduire les nombres de crimes par des statistiques jonglées. C’est un sujet de préoccupation si la police annonce une baisse des cas de viol. Cela prouve que les femmes ont trop peur de déclarer une agression. Le procès sur le viol de Jacob Zuma a envoyé un message très négatif sur comment des femmes dans des cas de viol sont en train d’être traitées par les tribunaux. (La femme dans ce cas a été publiquement humiliée et battue par l’équipe de la défense). Si seulement une femme est refoulée dans un millier de commissariats à travers le pays, les statistiques sur le viol sont réduites d’un millier de cas par an. Ce n’est pas un vrai reflet de ce qui se passe réellement. De tous les auteurs qui sont jugés, seuls quatre pour cent sont condamnés. Si une femme est refoulée, un criminel pense qu’il peut se débarrasser de son crime et cela peut, dans le futur, conduire à une augmentation des viols.
La violence sexuelle n’affecte pas seulement la victime. Elle a un effet de vague sur la communauté. Quand la misère devient la norme, l’abus n’est pas vu comme un crime. Il est approuvé par la communauté et la modération dans le comportement est perdue. IPS: Que devraient faire les politiciens?
LV: Ce n’est pas assez bon que les politiciens courent çà et là à l’occasion des 16 jours d’activisme pour la campagne ‘Plus de violences faites aux femmes’ dans des t-shirts décorés par des logos sans mettre en œuvre un vrai changement. Il faudrait reconnaître que les victimes devraient être correctement examinées par des gens formés qui sont convenablement équipés et dotés de ressources. La société civile devrait avoir la chance de faire des propositions aux commissions parlementaires lorsque les ministères du gouvernement présentent leurs rapports annuels. Permettre aux organisations de s’engager de manière significative avec le parlement autour de la performance du gouvernement, construirait et renforcerait la démocratie. Sur un autre sujet, dans des cas de violences familiales, le problème est traité actuellement comme un problème pour le système de la justice criminelle. Si un homme est reconnu coupable, il est envoyé en prison et on pense peu à la femme qui est laissée derrière. Ni des allocations de revenu ni une formation sur les aptitudes de travail ne sont disponibles, car les femmes sont économiquement dépendantes toutes leurs vies. Des agences ont également tendance à séparer les cas d’abus des enfants des cas de violences familiales. Pourtant, ces cas sont souvent inséparables.
Dans la course vers les élections de cette année, je n’ai pas encore vu un parti politique soulever la question des violences faites aux femmes et aux enfants. Ils parlent généralement de crimes, mais tous les crimes ne sont pas les mêmes. Il y a certaines personnes au gouvernement qui travaillent jusqu’à épuisement autour de ces questions, mais les bénéfices sont souvent roulés en arrière par des gens à des postes supérieurs.

