ECONOMIE: L’Afrique est d’une "importance stratégique" pour les Etats du Golfe

LE CAP, 3 mars (IPS) – La rentabilité moyenne annuelle de l’investissement en Afrique est de 65 à 70 pour cent plus élevé que dans tout autre pays, y compris la Chine, selon un récent article dans la revue ‘Harvard Business Review’.

Cependant, selon Peter Croll, directeur de ‘Bonn International Centre for Conversion) (Centre international de Bonn pour la conversion – BICC), les médias ne présentent pas souvent la vraie image de l’Afrique. Et cela a des conséquences négatives sur la manière dont des investisseurs potentiels voient l’Afrique comme une région d’investissement. Le BICC est un institut allemand de recherche faisant la promotion de la paix et du développement.

Croll s’exprimait lors d’un forum de deux jours sur la stratégie entre les Etats du Golfe en Afrique, tenu au Cap. Le but de cette conférence, organisée par le Centre de recherche du Golfe – un groupe saoudien de réflexion – était de trouver une voie du progrès dans laquelle les Etats du Golfe et les Etats d’Afrique pourraient travailler ensemble pour créer des liens politiques et économiques plus forts.

Près de 200 hommes d’affaires internationaux, africains et du Moyen-Orient ainsi que des politiciens ont assisté à cette conférence qui a pris fin le 25 février.

Des reportages des médias présentent souvent les pays africains et du Golfe comme rongés par des épidémies de maladies, la pauvreté et la violence. Croll a proposé que, pour essayer de contrer les perceptions négatives, il faudrait penser à l’organisation d’un forum mondial des médias à travers lequel non seulement les informations négatives, mais également des histoires positives de l’Afrique pourraient être racontées. Il a ajouté que les investisseurs doivent se sentir en sécurité et croient qu’ils sont libres des menaces de sécurité afin d’investir dans un pays donné. Les deux régions ont été confrontées au terrorisme et des pays dans les deux régions ont été déchirés par des guerres apparemment incessantes. Il y a eu également une augmentation de la piraterie dans les eaux africaines ainsi que dans le golfe d’Aden et un accroissement du trafic humain. La ministre tanzanienne de l’Industrie, du Commerce et du Marketing, Mary Nagu, a déclaré que les investisseurs chinois en Afrique abordent souvent les problèmes du continent de manière différente de celle des investisseurs des autres pays. Par exemple, lorsqu’il n’y a aucune infrastructure dans une zone dans laquelle ils veulent investir, ils s’assurent que l’infrastructure est mise en place. Ils construisent des voies pour s’assurer que les produits peuvent être transportés.

“Les investisseurs potentiels en Afrique doivent connaître le continent, son unique peuple et ses problèmes avant qu’ils ne décident d’investir là-bas”, a expliqué Nagu. “Les investisseurs doivent accepter tous les défis auxquels le continent est confronté. L’Afrique n’est pas un seul pays. C’est un continent avec plusieurs pays, des peuples et des cultures variés”. Un nombre d’intervenants ont mentionné la pénurie en infrastructure comme un défi principal pour investir en Afrique. Des appels ont été lancés pour l’établissement de liens maritimes et aériens entre des pays africains et les pays du Golfe.

Les pays du Golfe ont déjà investi dans plusieurs projets de transport.

Selon ‘Khaleej Times’, ‘Dubai Port World’ a ouvert, au début du mois dernier, le terminal de conteneurs le plus grand et le plus moderne en Afrique de l’est à Djibouti. Les Emirats arabes unis ont investi en 2007 un milliard de dollars dans le développement de l’immobilier, des ports et du tourisme dans ce petit pays d’Afrique de l’est en 2007. En 2008, ‘Qatar Airways’ a initié des vols vers l’Ouganda pour essayer d’améliorer la part du marché de cette compagnie sur le continent.

Le président Kenyan, Mwai Kibaki, a entamé des négociations avec le Qatar en vue d’un prêt de 34,5 milliards de dollars pour construire un nouveau port à Lamu, une île au large de la côte du Kenya.

Selon Marie Bos, une chercheuse à ‘Gulf Research Centre’ (Centre de recherche du Golfe), beaucoup de pays africains ont montré une croissance conséquente de leur produit intérieur brut (PIB) de cinq pour cent en moyenne au cours des cinq dernières années, notamment grâce à l’investissement étranger direct (FDI) qui a atteint 53 milliards de dollars en 2007. Mais dans nombre de cas, l’argent ne se traduit pas en la réduction de la pauvreté. Il est donc important de s’assurer que l’aide à l’Afrique est dirigée sur la bonne voie, vers les vrais bénéficiaires. Selon Bos, il y a deux raisons principales pour lesquelles les Etats du Golfe devraient fournir une “aide abondante” à l’Afrique. Premièrement, l’Afrique est en train de devenir un partenaire économique important et, deuxièmement, il est essentiel que les Etats du Golfe aient un voisin stable. Selon le Système de contrôle de financement (FTS) de l’assistance humanitaire à travers le monde des Nations Unies, les Etats du Golfe ont apporté 5,8 millions de dollars d’aide à l’Afrique en 2008. Mais, selon Bos, le FTS n’a pas capté la vraie valeur de l’aide du Golfe puisqu’elle n’est souvent pas rapportée. A titre d’exemple, le Fonds koweïtien pour le développement économique arabe a fait don de plus de 210 millions de dollars aux pays africains cette année.

“Il est attendu que le volume de l’aide baisse en 2009 comme conséquence de la crise financière. Cela ne signifie pas que l’attention sera détournée de l’Afrique puisque l’importance stratégique de la région demeure”, a déclaré Bos.

Bos estime par ailleurs que comme l’Afrique est devenue essentielle dans la course internationale pour des ressources naturelles, les Etats du Golfe doivent voir le continent comme un partenaire à long terme et non comme une solution rapide pour des besoins immédiats.