POLITIQUE-MADAGASCAR: La grève générale a été peu suivie

ANTANANARIVO, 2 mars (IPS) – La grève générale lancée par le maire destitué d’Antananarivo, Andry Rajoelina, n'a pas été massivement suivie ce lundi à Madagascar, les bureaux des ministères, les écoles, les entreprises, les marchés étant restés ouverts et les transports ayant fonctionné normalement.

Aucun incident majeur n'a été signalé durant la manifestation organisée le matin par les partisans de Rajoelina, les forces de l'ordre s’étant déployées dans les quartiers chauds et les endroits stratégiques de la capitale. Mais très tôt le matin, les forces de l'ordre ont dégagé les barrages érigés par des étudiants partisans du maire déchu à Ambohipo, un quartier situé non loin des cités universitaires. Les policiers ont lancé des grenades lacrymogènes sur les manifestants pour les disperser. Et, selon Rajoelina, un homme aurait reçu des balles à la tête suite à des tirs provenant des forces de l'ordre, mais cette information n’a pas encore été confirmée de source indépendante.

Durant son discours sur la place du 13-Mai ce lundi, Rajoelina a dénoncé les carnages. “La lutte ne va pas s'arrêter. J'appelle tous les fonctionnaires, étudiants à venir faire grève le matin et à continuer de bosser dans l'après-midi pour ne pas mettre en déclin l'économie malgache”, a-t-il déclaré.

De son côté, le président Marc Ravalomanana a répété, après une rencontre avec les politiciens et les membres de la société civile dans la matinée, qu'il était toujours ouvert au dialogue et qu’il restait garant de la constitution jusqu'à la fin de son mandat, en 2011.

Pour sa part, le général Guy Ratrimoarivony, porte-parole de la plateforme de la société civile, a indiqué, dans un communiqué, que les pourparlers doivent être maintenus. “Des représentants de la société civile vont rencontrer les parties prenantes et vont leur soumettre des doléances”.

Le maire destitué d’Antananarivo avait appelé tout Madagascar à observer une grève générale à partir de ce lundi pendant un rassemblement organisé samedi, dans la capitale, qui avait réuni de nombreux partisans et opposants au président Ravalomanana. Le rassemblement s’est déroulé dans le calme sur la place du 13-Mai, sous les yeux des forces de l’ordre. La manifestation de samedi semble avoir redonné confiance à Rajoelina qui venait d’annoncer, en milieu de semaine dernière, la suspension de sa participation aux pourparlers directs entamés, quelques jours auparavant, avec le chef de l’Etat malgache. La manifestation de samedi était un peu particulière : en plus des vêtements oranges symbolisant la couleur du maire destitué, les manifestants se sont munis de casseroles et de cuillères pour faire du bruit sous forme d’alarme publique.

«Nous n’allons plus nous arrêter quoiqu’il arrive car les espoirs de la population ont été bafoués. La lutte doit arriver à ses fins», a déclaré Rajoelina, faisant allusion aux pourparlers directs organisés la semaine dernière, mais qui se sont soldés par un échec.

Sa déclaration a été soutenue par des membres de l’opposition venus au rassemblement. «Nous sommes ici pour apporter notre soutien à cette lutte populaire pour qu’ensemble, nous atteignons le principal but, celui de destituer le président Marc Ravalomanana», souligne Jean Lahiniriko, membre de la plateforme de l’opposition de Madagascar, composée de 52 partis politiques.

Lahiniriko ajoute qu’un Comité national pour la défense de la démocratie a été mis en place vendredi dernier pour mener le mouvement dans les 111 districts de Madagascar. Mais jusqu’ici, les manifestations organisées par les opposants ont tourné à l’affrontement avec les forces de l’ordre. Le 27 février, la ville de Fianarantsoa, dans le sud du pays, un défilé organisé par le comité local pour la défense de la démocratie, a tourné au drame. «On a déploré un mort et 13 blessés suite à des tirs des forces de l’ordre venus semer la terreur», affirme à IPS, Henri Rasamoelina, un membre du comité.

A Antananarivo, la journée du 26 février a connu aussi un sit-in mouvementé, organisé par les partisans du maire destitué devant le portail menant au bureau de Michèle Ratsivalaka, le nouveau maire nommé par Rajoelina à Mahamasina, un autre quartier près du centre-ville. Ce rassemblement s’est en effet terminé par des lancers de grenades lacrymogènes après des jets de pierres des manifestants contre les forces de l’ordre. Cet affrontement a fait 12 blessés tandis que neuf manifestants ont été arrêtés et qu’une grenade a touché une salle d’appareillage dans une maternité avoisinante. Ce dernier incident a été dénoncé par des organisations de défense des droits de l’Homme. «Les forces de l’ordre sont un corps qui doit protéger le peuple et non le tuer. Nous n’avancerons en rien tant que la force sera utilisée. Le pays retombera bientôt dans la crise économique profonde qui enlèvera tous les droits humains», déclare Chandoutis Raoera, un juriste membre de la plateforme pour la défense des droits de l’Homme à Madagascar. «Le recours à la force n’est pas une solution, seule la négociation en est une. Si chacun le fait dans la dignité, on pourra sortir de cette impasse. La situation est devenue très complexe à Madagascar», souligne Eric Rakotoarisoa, expert en droit constitutionnel.

«Seule l’organisation d’une élection anticipée est un pas assuré», soutient Bruno Rakotoarisoa, président du Comité national électoral de Madagascar. Pour leur part, les partisans du pouvoir ne veulent rien entendre et refusent de passer à une transition, préférant proposer un gouvernement d’union : «Nous acceptons un gouvernement d’union quel que soit le nombre de ministres», affirme Jean André, un sénateur issu du parti au pouvoir, Tiako i Madagasikara (TIM). Des observateurs estiment que la présence de deux facilitateurs onusiens pourrait faire évoluer la situation vers un règlement de la crise. Il s’agit notamment d’Haile Menkerios, le représentant du secrétaire général des Nations Unies, venu pour la deuxième fois à Madagascar, et de l’ancien ministre malien des Affaires étrangères, Tiébélé Dramé, nommé médiateur spécial par Ban Ki-moon, et attendu mercredi prochain. Le retour de Monseigneur Odon Razanakolona, archevêque d’Antananarivo et porte-parole du Conseil des églises chrétiennes de Madagascar, qui s’est retiré de la table de négociations en tant que médiateur la semaine dernière, pourrait contribuer également à faire avancer les pourparlers. Mais jusqu’ici, aucun face-à-face entre Rajoelina et Ravalomanana n’a plus eu lieu après la suspension annoncée mercredi dernier par le maire destitué.