GABORONE, 27 fév (IPS) – Malgré des investissements financiers considérables dans la prévention et le traitement, le Botswana connaît seulement une baisse modeste de la prévalence du VIH, notamment parmi les femmes.
Des estimations officielles révèlent qu’un Botswanais sur six, âgé de plus de 15 ans, vivait avec le VIH et le SIDA en 2008. Cela, bien que le Botswana soit le premier pays africain à fournir un traitement anti-rétroviral (ARV) gratuit à travers le pays et à introduire des tests de routine du VIH dans les centres de santé publique. Pourtant, des responsables du gouvernement ne veulent pas reconnaître qu’il y a un échec et affirment qu’une prévalence élevée pourrait être un bon signe.
“Dans certains cas, et bien sûr le nôtre, une prévalence élevée signifie un programme de traitement réussi. Si davantage de personnes sont mortes du SIDA, alors la prévalence baisserait, mais si vous avez gardé plus de personnes en vie à cause d’un programme d’ARV réussi, comme dans notre cas, il est probable que la prévalence va soit augmenter ou se stabiliser”, a déclaré Batho Molomo, coordonnateur de l’Agence nationale pour la coordination du SIDA (NACA).
Molomo a indiqué qu’une baisse lente de la prévalence pourrait avoir de nombreuses raisons. “Une telle stabilisation pourrait être également liée à un équilibre entre un nombre faible de nouvelles infections et un nombre plus faible de décès. Jusqu’au moment où nous pourrons explicitement mesurer de nouvelles infections, nous ne pouvons pas attribuer la prévalence élevée à l’échec de nos programmes”, a-t-il insisté.
Molomo a souligné également le fait que parmi les personnes âgées de 15 à 19 ans, les taux de prévalence du VIH ont baissé de 32,4 pour cent en 1995 à 17,2 pour cent en 2007. “En effet, nous ne sommes pas en train d’échouer pour combattre l’épidémie”, a-t-il dit.
Les estimations statistiques du gouvernement montrent que le programme national pour le traitement avait empêché environ 52.000 décès d’adultes vers la fin de 2007. Mais des experts de la santé estiment que l’année dernière seule, environ 14.000 nouveaux adultes et 690 enfants ont été nouvellement infectés au virus au Botswana, qui a une population de 1,7 million d’habitants. Aucun changement de comportement Des activistes anti-SIDA croient que le problème est dû au fait que les campagnes de sensibilisation sur le VIH/SIDA au Botswana n’ont pas pu susciter un changement de comportement, notamment chez les jeunes, cibler les groupes minoritaires et réduire la discrimination des personnes séropositives. Selon l’Enquête du Botswana sur l’impact du SIDA (BAIS) en 2004, 76 pour cent de jeunes adultes âgés de 15 à 24 ans ont reconnu avoir des rapports sexuels avec un(e) partenaire sexuel(le) non-marié(e), non-cohabitant(e) dans les 12 derniers mois. Cette étude a constaté également que le nombre de jeunes ayant des rapports sexuels non-protégés après avoir consommé de l’alcool a presque triplé, de cinq pour cent 2002 à 14,7 pour cent en 2007. Le gouvernement espère régler ce problème en lançant une campagne de sensibilisation du public sur le VIH qui comprend l’âge approprié, l’éducation en milieu scolaire pour promouvoir l’abstinence, accroître l’accès aux préservatifs, encourager la jeunesse à retarder d’un an les rapports sexuels et encourager la circoncision volontaire des hommes. Des responsables espèrent également réduire le nombre d’hommes et de femmes qui ont plusieurs partenaires sexuels(les) et accroître de 60 pour cent l’utilisation correcte du préservatif.
Toutefois, des activistes anti-SIDA estiment que le ministère de la Santé doit focaliser l’éducation relative au VIH sur les groupes à haut risque, déplorant que la plupart des efforts de prévention aient jusque-là ciblé les femmes enceintes et, plus récemment, les jeunes. “Nous n’avons pas pu cibler des minorités et les groupes marginalisés ou ceux qui risquent le plus comme les travailleurs de sexe, les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, les femmes qui ont des rapports sexuels avec des femmes”, a déclaré Cindy Kelemi, coordonnatrice du traitement et de l’alphabétisation du Réseau du Botswana sur l’éthique, le droit et le VIH/SIDA (BOLENA).
Elle a également critiqué la législation du pays sur le VIH : “Il y a certaines politiques qui handicapent l’accès au traitement pour les enfants nouveaux-nés qui sont non-nationaux. Si le père est un national et la mère est une non-nationale, l’enfant ne peut pas avoir accès au traitement et la mère ne peut pas accéder à la [Prévention de la transmission mère-enfant du VIH] (PTME)”. “Par ailleurs, le Botswana n’a aucune loi traitant du VIH/SIDA sur le lieu de travail, ce qui a créé une situation où des employeurs peuvent discriminer des employés”, a expliqué Kelemi. Les hommes ne sont pas ciblés David Ngele, directeur du Réseau des personnes vivant avec le SIDA au Botswana (BONEPWA), dit que l’un des principaux défauts des campagnes de sensibilisation du pays est qu’elles ignorent les hommes. “Les hommes exercent le pouvoir dans des foyers à cause de la nature patriarcale de la plupart des sociétés traditionnelles africaines, et il est donc important qu’ils soutiennent les femmes dans la PTME, dans les tests et dans les pratiques de rapports sexuels sûrs”, a souligné Ngele. “Mais les hommes étaient laissés derrière parce que le gouvernement visait particulièrement des zones, telles que les centres de santé prénataux”. Des campagnes de prévention isolées telles que celles-ci, ont connu peu de succès, comme le révèlent les statistiques du gouvernement : le taux de prévalence national du VIH des femmes enceintes âgées de 15 à 49 ans, visitant uniquement les centres de santé prénatale, a baissé de quatre pour cent, passant à 33,4 pour cent, entre 2003 et 2007. Cependant, des responsables du ministère de la Santé demeurent optimistes, affirmant que les chiffres ne racontent pas toute l’histoire et que des progrès considérables ont été faits dans la réduction de la transmission mère-enfant du VIH. “Nous estimons que sans le programme de la PTME, la transmission [de la mère à l’enfant] serait à 40 pour cent, mais [grâce à la PTME] elle est actuellement à quatre pour cent. Ceci est un succès clair”, a déclaré Dr Boga Fidzani, conseiller pour le suivi et l’évaluation de la NACA.

