KAMPALA, 25 fév (IPS) – Le revenu moyen dans le district de Kyenjojo, dans l’ouest de l’Ouganda, est moins d’un dollar par jour. Dépenser deux fois cela sur une seule serviette hygiénique est un luxe inabordable pour la plupart des femmes.
Des femmes pauvres ici ont traditionnellement utilisé un habit d’écorce assouplie pour des serviettes hygiéniques. Mais avec cet habit, fabriqué à base des arbres de ‘ficus natalensis’, devenant difficile à trouver, des femmes se débrouillent pour réutiliser une variété de tissu qu’elles peuvent mettre de côté. Mais des réfugiés congolais dans le camp de Kyaka 2 sont en train de fabriquer des serviettes hygiéniques plus abordables pour elles-mêmes ainsi que pour le marché local.
La poussière envahit l’air pendant que les femmes remplissent des sacs de polythène blanc avec de la poudre sèche faite à base des roseaux de papyrus, prêts pour la pesée. Ces réfugiés sont engagés dans un projet dirigé par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour faire des milliers de réfugiés en Ouganda et au-delà, des producteurs qui sont capables de se supporter au moins partiellement malgré leur déplacement. Cette motivation pour le HCR est pratique et urgente. “Des contributions au HCR sont en baisse, pourtant le problème des réfugiés est en train d’accroître et la crise économique mondiale ne favorise pas la situation”, déclare Stephano Svere, le représentant national du HCR en Ouganda. Jeannette Bakirabo est l’un des centaines de réfugiés congolais déracinés par des combats entre les rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et l’armée de la République démocratique du Congo (RDC). Lorsque les rebelles ont attaqué Rutshuru, son village natal, en RDC, le mari de Bakirabo était allé vendre leur chèvre dans un marché voisin à Kateguru. Elle n’a appris aucune nouvelle de lui depuis et craint que le pire ne se serait produit. Portant sur son dos leur bébé de trois ans et tirant derrière elle leur enfant âgé de sept ans, Bakirabo a rejoint un groupe de compagnons villageois sur le long voyage vers la frontière ougandaise. Après trois jours de marche, elle s’est retrouvée dans le sud-ouest de l’Ouganda, dans la ville frontalière de Kisoro, d’où elle a été envoyée dans le camp de Kyaka 2 par le HCR. Aujourd’hui, elle est l’un des 60 réfugiés congolais environ fabriquant des serviettes hygiéniques pour des réfugiées et autres femmes dans les alentours de ce camp de réfugiés.
“J’ai pu acheter un nouveau matelas et grâce à Dieu, je peux faire mes cheveux et prendre soin de mes enfants”.
Le processus de transformation de ces serviettes hygiéniques innovatrices était développé par Dr Moses Kiiza Musaazi à l’Université de Makerere à Kampala. Des réfugiés à Kyaka 2 fabriquent environ 1.000 serviettes hygiéniques par jour utilisant rien d’autre que des roseaux récoltés dans un marécage voisin, des déchets de papier et de l’eau, traités avec des équipements usant de la force humaine conçus et fabriqués par la Faculté de technologie à Makerere. Jean-Claude Molumba, l’un des trois hommes employés par le projet, utilise une machine pour adoucir et assouplir les morceaux rugueux de papyrus et de papier séchés avant qu’ils ne soient coupés à leur taille finale. “Comme vous pouvez le constater, les matériels que nous assouplissons ici seront coupés en des serviettes hygiéniques de 5 x 20 cm par les femmes dans l’autre salle, utilisant un coupe-papier”, explique Molumba, indiquant une petite salle où des serviettes hygiéniques absorbantes sont en train d’être individuellement emballées dans des caisses de polythène. Dans une journée normale, les réfugiés fabriquent plus qu’assez pour leur utilisation personnelle et celle de la communauté environnante. Certaines des serviettes hygiéniques sont achetées par le HCR pour être livrées à d’autres camps de réfugiés à travers la région. Juliette Nakibuule, directrice ajointe de ‘Makapads’, l’entreprise créée pour vendre ce produit innovateur, dit qu’ils continuent d’importer quelques unes des composantes pour fabriquer les serviettes hygiéniques parce qu’elles ne se trouvent nulle part en Ouganda ou en Afrique. Dr Musaazi affirme qu’il paie les réfugiés par serviette produite. Il indique que chaque personne gagne plus de 200 dollars le mois. Ceux qui préparent les roseaux de papyrus pour l’utilisation reçoivent environ 1,50 dollar par kilogramme de “farine” de papyrus séchée. “Le HCR importait 100.000 paquets de serviettes hygiéniques pour les femmes et les filles réfugiées pendant une année à un coût d’un demi-million de dollars par an. Les Makapads fournissent maintenant 3.500 serviettes hygiéniques l’an, ce qui réduit la dépense prévue”, affirme Musaazi. Les serviettes hygiéniques importées coûtent près de deux dollars chacune sur le marché ougandais, mais un paquet de dix serviettes hygiéniques fabriquées localement est vendu à 900 shillings ougandais, équivalant à environ 50 cents US par serviette hygiénique. Rosette Rubaza, une autre des femmes réfugiées employées au camp de réfugiés de Kyaka 2, estime qu’avec les revenus de son travail, elle arrive à acheter de la nourriture pour sa famille de quatre membres, y compris son mari au chômage. “Je gagne en moyenne 200 dollars US le mois et ceci, en plus des rations alimentaires que je reçois du HCR, est assez pour pourvoir à nos besoins”.
Il y a huit millions de femmes dans le besoin de serviettes hygiéniques en Ouganda et les serviettes hygiéniques fabriquées par les réfugiés de Kyaka 2 alimentent un marché avec une valeur estimée à environ un million de dollars par mois. Le projet de Makapads s’étend également à différentes parties du pays. Il existe d’autres centres de fabrication à Kampala – à Kawempe, Nateete, Massajja, Bukoto, Gaba, Kagoma et à l’Université de Makerere – chacun employant 30 femmes. Musaazi a confié à IPS que le HCR lui a demandé d’apprendre aux réfugiés au Kenya voisin à fabriquer des serviettes hygiéniques et qu’il a répondu à des demandes de renseignements venues d’Ethiopie, du Sud-Soudan et du Rwanda. Il dit que le projet veut éviter de devenir capitalistique en investissant dans toute autre technologie avancée, préférant se concentrer sur des matériels et des équipements localement disponibles qui permettent aux réfugiés et autres femmes pauvres en Ouganda de gagner leur vie.
Les serviettes hygiéniques abordables dépassent la commodité. Le Forum pour les femmes africaines éducatrices (FAWE), une association ougandaise faisant la promotion de l’éducation des filles, est en train de faire pression pour que le gouvernement fournisse des serviettes hygiéniques aux filles dans les écoles; la menstruation est un facteur clé affectant les taux d’abandon des filles. Le FAWE a également organisé des ateliers pour révéler au grand jour le sujet de la menstruation et de l’hygiène menstruelle.

