POLITIQUE-RD CONGO: Bilan mitigé des opérations militaires conjointes

KINSHASA, 24 fév (IPS) – Le gouvernement congolais et l’état-major conjoint ont annoncé vendredi «le début du désengagement des troupes rwandaises déployées en République démocratique du Congo (RDC) ainsi que leur retour» qui pourrait être envisagé «à partir du mercredi 25 février 2009», selon Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement.

Les troupes militaires rwandaises ont été invitées il y a un mois afin d’appuyer les Forces armées congolaises (FARDC) pour désarmer les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) parmi lesquelles se trouvent des personnes accusées d’avoir pris part au génocide au Rwanda en 1994 et qui sévissent dans la partie est de la RDC.

Pendant ce temps, des Congolais déclarent à IPS qu’ils restent préoccupés sur la nature exacte de la mission pour laquelle les forces militaires rwandaises sont arrivées en RDC ainsi que sur le bilan de cette mission.

Alors qu’un communiqué de l’organisation non gouvernementale ‘Human Rights, Watch’ parvenu à IPS, annonce plus de 865 morts dans les deux camps, le bilan gouvernemental des opérations, présenté par Mende est resté aux «40 morts et plusieurs blessés dans les rangs des rebelles alors qu’il est de zéro dans les rangs des forces conjointes». Mais ce bilan avait déjà été donné par la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC) depuis le 12 février. «Ce bilan est mitigé! Il n’y a ni succès ni échec ni promesse d’amélioration de la situation sécuritaire. Il y a en plus une totale opacité dans la gestion de ces opérations», a déclaré Jean Baptiste Birhumana, ancien député national et directeur de l’administration du sénat congolais. «Alors que le 20 janvier, on parlait de 2.000 militaires rwandais présents en RDC, très miraculeusement on est passé à 4.000 et avant la fin de février 2009, on parle déjà de 6.000 pour une mission aux contours flous et pour laquelle le gouvernement a su se passer de l’opinion publique interne», a-t-il expliqué à IPS. «Il y a pire», affirme Birhumana, indiquant que «les FDLR pourchassées par de puissants hélicoptères rwandais s’enfoncent davantage dans les villages vers Walikale et Lubutu, cherchant un refuge au Nord-Katanga et dans la Province orientale». Dans ces deux provinces, ajoute Birhumana, les FDLR «se mêlent à l’Armée de résistance du seigneur (LRA), une rébellion ougandaise et aux Mbororo, éleveurs étrangers armés, réfugiés depuis près de huit ans au nord-est de la Province orientale et venus principalement du Tchad, de la Centrafrique, de la Libye et du Soudan, pour semer une totale confusion».

Pourtant, la MONUC estime «largement positif le bilan de ces opérations», donnant comme preuve que «plus de 3.500 miliciens interahamwe (ont été) désarmés et rapatriés au Rwanda» ainsi que «le retour progressif des populations déplacées dans leurs villages» en RDC.

Mais pour la société civile congolaise, «il n’existe aucun bilan puisque nul ne sait exactement ce que sont venus faire les militaires rwandais qui ont tantôt été présenté comme des observateurs du désarmement tantôt comme des acteurs du désarmement des FDLR». L’Abbé Véron Onokundji, juriste et enseignant à la Chaire UNESCO de Kinshasa, soutient ce point de vue, rappelant que «les mêmes militaires rwandais ont occupé pendant plus de cinq ans la même partie de la RDC et pour le même motif énoncé de la traque des FDLR». «Il n’y a pas eu mission puisque tous ces militaires ne peuvent assurer personne qu’ils sont à même de réaliser en cinq jours ce qu’ils n’ont pu réaliser dans les cinq ans pendant lesquels ils avaient tout le pouvoir de contrôle sur plus du tiers du territoire de la RDC» dit-il.

Devant ce flou qui pousse Birhumana à poser la question de savoir s’il n’y aurait pas un agenda caché entre les autorités congolaises, celles du Rwanda et celles de certains pays occidentaux, l’église catholique alerte le peuple congolais : «Soyez vigilants! La paix doit s’obtenir dans la justice et la vérité!».

Dans une déclaration du Comité permanent de la conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), dont copie est parvenue à IPS, l’église catholique congolaise déplore «la lenteur dans la mise sur pied d’une armée républicaine à même de défendre les Congolais et d’assurer l’intégrité du territoire si bien que les Congolais doivent faire appel à des armées étrangères». La déclaration rappelle que «la peur de l’inconnu et le traumatisme profond subi par les Congolais dans un passé récent à cause des actions de ces mêmes armées» ne peuvent pas passer comme un fait vulgaire.

Plutôt optimiste, Willy Makiashi, avocat enseignant à la Faculté de droit de l’Université de Kinshasa, et membre du Parti lumumbiste unifié (PALU), pense que «la satisfaction est à l’ordre du jour puisque pour la première fois, des Congolais ont pu cette fois inviter les militaires rwandais à qui ils ont imparti un temps qu’ils sont en train de respecter». Le PALU est un vieux parti politique en RDC, dirigé par l’octogénaire et ancien Premier ministre Antoine Gizenga. Ce parti est membre de l’Alliance pour la majorité présidentielle. Une délégation congolaise – comprenant Alexis Tambwe Mwamba, ministre des Affaires étrangères, Ntunga Mulongo, ministre de la Coopération internationale et Lambert Mende, ministre de l’Information et des Médias -, est arrivée ce mardi après-midi à Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu (est de la RDC), en vue de participer à la clôture officielle des opérations militaires conjointes et le retour des troupes rwandaises dans leur pays.