ENVIRONNEMENT: Des ministres disent oui au traité sur le mercure

NAIROBI, 24 fév (IPS) – Six mille tonnes de mercure entrent dans l’environnement chaque année, posant une menace à la santé humaine et animale. Des ministres de l’Environnement en réunion au Kenya ont accepté de négocier un traité pour réduire la fourniture et l’utilisation du mercure à travers le monde.

Les ministres venus de 140 pays, assistant à la rencontre du Conseil d’administration du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) à Nairobi du 16 au 20 février, sont parvenus à un consensus pour commencer par négocier un instrument juridiquement formel pour contrôler la pollution due au mercure l’année prochaine, conduisant à un traité qui pourrait être signé en 2013.

Des gouvernements ont également accepté d’augmenter le budget du PNUE, de soutenir l’énergie renouvelable et l’efficacité de l’énergie, et ont souligné l’importance d’investir dans une “économie verte” comme faisant partie de la relance économique mondiale. Le mercure se trouve dans les thermomètres ainsi que dans des produits de ménage, et est utilisé dans la fabrication du plastique et dans l’industrie minière. Le PNUE affirme que des 6.000 tonnes environ de mercure entrant annuellement dans l’environnement, quelque 2.000 tonnes proviennent des centrales électriques et du charbon brûlé dans des maisons. Ce métal dense et hautement toxique reste dans l’environnement une fois libéré, voyageant à travers le monde par des courants d’air et des courants marins. “Cette décision de développer un traité sur le mercure constitue le premier pas pour faire face à la crise mondiale due au mercure. Des niveaux de mercure ont augmenté de deux à trois fois au cours des 200 dernières années, au point où de gros poissons tels que le thon, le poisson-épée, le requin, ne sont pas sains [à manger]”, a déclaré à IPS, Michael Bender, un activiste contre le mercure. Le mercure est une neurotoxine dangereuse qui fait son chemin jusqu’à la chaîne alimentaire dans les humains. Même une brève exposition à sa forme la plus toxique, le méthylmercure, cause des dommages irréversibles au développement du cerveau des enfants. Dans certains pays, il est conseillé aux femmes en âge de procréer de ne pas manger certains types de poissons contenant des niveaux de mercure élevés, notamment les gros poissons prédateurs qui ont été identifiés comme renfermant des niveaux de mercure élevés. Bender, directeur du Projet de la politique de lutte contre le mercure, une organisation basée aux Etats-Unis faisant la promotion de politiques pour éliminer l’utilisation du mercure, a indiqué : “La préoccupation principale est que les femmes enceintes et les fœtus risquent plus de développer des complications du fait de la consommation de poissons contaminés par le mercure”. Alors que la sensibilisation du public sur l’intoxication due à la contamination de poissons est cruciale, des questions se posent sur la praticabilité de cette suggestion alimentaire. “Une telle restriction de régime est terrible et impossible pour beaucoup de communautés de pêcheurs dans le monde. Pour certaines personnes, à cause du niveau de pauvreté, le poisson est tout ce qu’elles peuvent acheter parce qu’elles peuvent l’obtenir très rapidement de l’eau”, indique une déclaration du Groupe principal des femmes, constitué des femmes présentes à la rencontre du Conseil d’administration du PNUE.

Une autre source d’intoxication au mercure, ce sont les quantités considérables de mercure utilisées dans le traitement minéral, souvent dans des conditions hautement risquées et écologiquement dangereuses. On estime que dans plus de 50 pays en développement à travers l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du sud, il existe environ 15 millions de mineurs artisanaux et à petite échelle. Plus de 100 millions de personnes peuvent être affectées, directement ou indirectement, par le mercure issu de ce secteur, selon un projet mondial sur le mercure conjointement mené en 2007 par le Centre mondial pour l’environnement, l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel et le Programme des Nations Unies pour le développement. “Les ouvriers travaillent dans des mines manipulant le mercure comme de l’eau; sans gants, les pieds nus et presque nus. Ils rentrent à la maison avec des traces de mercure sur leurs mains, mettant en danger d’inhaler la vapeur de mercure les vies de ceux avec qui ils vivent”, a déclaré Hemsing Hurrynag, le coordonnateur pour l’Afrique de ‘Zero Mercury Campagn’ (Campagne zéro mercure), une coalition internationale de 75 organisations non gouvernementales plaidant pour la réduction du mercure. Il affirme qu’il y a une faible sensibilisation sur les dangers du mercure tant pour les humains que pour l’environnement dans des communautés entourant les mines, où la dégradation environnementale intense et la contamination de l’écosystème ont été enregistrées, se poursuivant pendant des décennies après que les activités minières ont cessé. Une publication du PNUE en 2008, ‘Mercury Use in Artisanal and Small Scale Gold Mining’ (Utilisation du mercure dans l’exploitation minière artisanale de l’or à petite échelle), indique que le prix grimpant de l’or – de 260 dollars l’once en mars 2001 à plus de 1.000 dollars l’once en mars 2008 – a vu une ruée vers l’or impliquant des mineurs poussés par la pauvreté dans plusieurs pays. L’exploitation minière à petite échelle fournit une importante source de revenu dans des communautés et régions rurales où des alternatives économiques sont limitées. Étant donné que des émissions en provenance d’un pays sont transportées à travers l’air et l’eau, les émissions du mercure constituent une question mondiale. Une première résistance à un traité juridiquement formel est venue des pays qui sont lourdement dépendants du charbon pour générer de l’énergie. L’Inde et la Chine ont précédemment soutenu seulement les réductions volontaires des émissions. Le nouveau gouvernement des Etats-Unis a également changé sa position, préparant le terrain pour que les négociations commencent. Sous l’administration Bush, les Etats-Unis se sont opposés à tous les efforts pour parvenir à des accords juridiquement formels comme celui actuellement proposé pour le mercure. Ce traité voulu est attendu pour réduire la production du mercure, fournir un entreposage sûr des stocks existants et établir des mécanismes de sensibilisation qui informeront les populations sur les menaces posées par cette substance toxique. Selon le directeur exécutif du PNUE, Achim Steiner, la nature mondiale de la pollution due au mercure nécessite des efforts internationaux bien coordonnés qui obligent des pays à s’engager les uns envers les autres. Et son organisation s’embarque directement sur l’action. “Nous n’attendrons pas jusqu’à ce que l’instrument juridiquement formel soit ratifié; nous sommes en train d’accroître des partenariats à travers le monde et le type d’activités que le PNUE entreprendra avec nombre de gouvernements nationaux, le secteur privé, la société civile et bien sûr d’autres organisations dans le système multilatéral pour accélérer, lorsque cela est possible, la réduction du mercure, et à terme l’élimination progressive de certains procédés”, a-t-il déclaré.