JOHANNESBURG, 20 fév (IPS) – La campagne électorale en Afrique du Sud bat son plein avec les affiches des partis décorant les réverbères et les médias faisant leurs choux gras les meetings hebdomadaires ainsi que les programmes qui sont lancés lorsque les partis sortent pour chercher à plaire aux votants.
Comme dans des élections passées, l’attention a été portée sur les manifestations politiques des partis. Selon l’organisation de défense de la presse, ‘Media Monitoring Africa’ (MMA), les médias d’Afrique du Sud bénéficient d’une liberté et d’une indépendance considérables, mais ils ont permis aux politiciens de leur établir leur programme. Ils ont été loués pour leur équilibre, leur équité et leur exactitude, mais la profondeur et la diversité dans leurs reportages sont faibles. La MMA surveille la couverture des médias depuis les élections décisives de 1994 en Afrique du Sud. IPS a demandé au directeur des programmes, William Bird, quels types d’articles pourraient contribuer à l’amélioration de la bonne gouvernance dans le pays.
William Bird: Le rôle des médias dans une élection est probablement le plus fondamental, précisément parce qu’il s’agit des fondamentaux de la démocratie. Il s’agit de s’assurer que les gens savent pour qui voter, comment et où voter, pourquoi voter, comment le gouvernement travaillera. Ces informations sont vraiment cruciales pour permettre le choix des citoyens en connaissance de cause. Autrement, nous devons sérieusement nous poser la question de savoir si oui ou non leur vote est en réalité un vote équitable et s’il s’agit, dans une certaine mesure, d’un vote libre. Vous espérez faire des reportages pour vous exprimer au-delà des évènements des différents partis; c’est-à-dire analyser des questions, débattre des points de vue des partis politiques, et s’assurer que les gens comprennent leur rôle en démocratie. Il s’agit vraiment de regarder ce qui constitue les informations. Nous avons fonctionné sur des hypothèses carrément incontestées selon lesquelles les informations portent sur des évènements, sur quelque chose de mauvais qui se produit. Et alors que cela est vrai pour beaucoup de choses, lorsqu’il s’agit des élections, la fonction et la responsabilité des médias doivent être plus grandes. C’est un moment pour observer et commencer par expliquer des questions. On n’apprend pas le processus démocratique par osmose. IPS: Comment équilibrez-vous les pressions de bouclage, les contraintes d’espace et les facteurs commerciaux avec ce que vous êtes en train de proposer?
WB: Les médias doivent réaliser qu’une partie de leur programme, comme des Sud-Africains qui bénéficient des garanties de la liberté d’expression, est qu’ils ont un devoir et une responsabilité de consacrer du temps et de l’espace au reportage des questions qui permettent la participation du citoyen. C’est fondamental, les marges bénéficiaires de côté. La chose est qu’une fois ils commencent par le faire, de toute façon, cela marche comme un modèle d’affaires. IPS: Les pages de lettres et les émissions à ligne ouverte ne constitueraient-elles pas à donner de la voix aux citoyens?
WB: Ecrire des lettres, c’est une affaire de classe moyenne : vous avez besoin de ressources, du temps et de savoir comment formuler les choses. Beaucoup de personnes simplement ne savent pas comment faire cela; n’ont pas l’accès et le temps – des défis très importants. Encourager des interviews est quelque chose qui ne s’est pas produit sous l’apartheid. Il est facile d’accuser les médias de ne pas assumer ce rôle, et c’est vrai dans une certaine mesure, mais peut-être si nous avions des politiciens avec plus d’envergure, nous pourrions vraiment obtenir une meilleure couverture d’eux. Nos partis ont été pitoyables en matière d’excitation des gens au désir de participer à la démocratie. Le parlement lui-même s’est plaint d’un manque de participation du public dans ses processus. Et cela constitue un échec clair de tous les partis à engager les citoyens dans une voie réelle et significative. IPS: Quels sont les domaines majeurs que les médias ont tendance à ignorer?
WB: Une question qui devrait être là pour tout le monde est de savoir ce qu’il faut faire au sujet de la pauvreté. Nous avons 54 pour cent de la population en dessous du seuil de pauvreté; ce genre de chose est intenable, pourtant elle ne fait pas la une. Que vont faire les partis politiques par rapport à cela? Oui, ils ont eu leurs manifestes; je veux que les politiciens expliquent en quoi cela se traduit. Ils disent nous allons éradiquer la pauvreté – trouvez-moi le politicien qui dit que nous allons enraciner la pauvreté. Ce qui nous intéresse, c’est expliquer les dix étapes concrètes sur comment vous allez faire ces choses parce qu’à ce moment-là, vous commencez par rendre autonomes les citoyens. Moins d’un pour cent de toutes les couvertures électorales est focalisé sur le VIH, la pauvreté, les droits des enfants et les violences basées sur le genre, et pourtant, ces quatre questions sont très clairement fondamentales pour chaque Sud-Africain. IPS: Comment les médias peuvent-ils faire les choses différemment?
WB: Ils pourraient adopter leur propre programme ou politique autour de la couverture des élections. Pour ainsi dire, pour nos lecteurs, ces cinq questions sont les plus importantes. Les évènements d’actualité, comme les violences, doivent être couverts. Cependant, en dehors de cette norme, lorsque nous nous adressons aux politiciens, nous devons formuler nos questions autour de ces cinq problèmes. Leur dire, donnez-nous une réponse et formulez vos réponses en fonction de ces choses.
L’essentiel, c’est d’être plus critique. L’ironie est que la seule façon dont nous pouvons tenir les partis politiques responsables, c’est de les élire sur la base de leur politique, et pourtant, cela est si considérablement marginalisé dans notre couverture. IPS: Est-ce que votre critique est la même pour tous les médias?
WB: Lorsque vous observez toutes les questions et tous les thèmes qui ont été couverts dans une période électorale, la majorité des médias ont tendance à avoir presque exactement le même régime d’informations. La Radio [privée] 702 et la [radio publique] SAFM offrent les mêmes informations à leurs auditeurs comme une station communautaire dans Le Cap de l’ouest et une station de service public à Free State (Etat libre). Et c’est la même chose dans le journal ‘Star’ à Gauteng.
Malgré des différences régionales et géographiques – l’accent est sur le citoyen. Leur régime d’informations est presque identique. Et cela indique le fait que très souvent, le programme des médias n’est pas déterminé par eux, mais par des politiciens. Et cela est faux.
Les journalistes sont surexploités et manquent de ressources largement à cause des décisions commerciales informant de ces choses. Ensuite, ils sont en train d’obtenir des partis politiques cinq communiqués de presse bien écrits contre leur sortie pour trouver des sources et des angles différents. Les salles de rédaction, les entreprises des médias doivent prendre une décision de directive selon laquelle nous devons faire quelque chose pour modifier la façon dont cela se produit.

