ZIMBABWE: La grève des enseignants viole le droit des enfants à l’éducation

HARARE, 4 fév (IPS) – La crise du secteur de l’éducation au Zimbabwe s’intensifie de jour en jour, puisque les écoles du pays restent fermées à cause de la grève persistante des enseignants. Les enseignants refusent d’aller travailler tant qu’ils ne sont pas payés en devise étrangère, parce que les taux d’inflation sans cesse croissants ont rendu leurs salaires négligeables.

La grève actuelle commence par handicaper les droits des enfants à l’éducation, et il devient de moins en moins probable que le Zimbabwe satisfera à l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD) de réaliser l’accès universel à l’éducation primaire d’ici à 2015. “Le gouvernement n’a pas pu gérer les affaires et devrait remettre le secteur de l’éducation à des gens capables”, a exigé Clever Bere, président du Syndicat national des étudiants du Zimbabwe (ZINASU). “Le secteur de l’éducation a été quasiment détruit, pourtant [l’éducation est] un droit humain”.

L’ouverture des écoles, initialement prévue pour le 13 janvier, a été reportée jusqu’au 27 janvier. Mais, même à cette date, les portes sont restées fermées aux écoliers. Les universités et les écoles professionnelles sont restées également fermées. Ce qui aggrave les choses est que des milliers d’étudiants, qui ont passé des examens l’année dernière, n’ont pas reçu leurs résultats parce que le Conseil des examens scolaires au Zimbabwe (ZIMSEC) est en train de se battre pour trouver des enseignants pour corriger les copies. Même si les écoles rouvrent bientôt, les écoliers seront incapables de passer en classe supérieure sans les résultats.

A Harare, la capitale, un parent d’élève a envoyé une lettre passionnée au quotidien d’Etat ‘Herald’, suppliant le gouvernement de ramener le système éducatif sur les rails. “Si la situation n’est pas maîtrisée, le Zimbabwe aura toute une génération de jeunes analphabètes et à problèmes”, se lamentait le parent anonyme.

Bon nombre d’enseignants sont en grève depuis le début de l’année dernière, obligeant des écoles soit à fermer soit à fonctionner avec un personnel enseignant réduit.

Meilleure rémunération Des enseignants en grève déclarent qu’ils ne retourneront pas au travail tant qu’ils ne sont pas payés en dollars US, avec le syndicat des enseignants exigeant un salaire mensuel minimum de 2.300 dollars par enseignant. Actuellement, les enseignants sont payés à 70 trillions de dollars du Zimbabwe par mois, ce qui équivaut à trois dollars US seulement sur le marché à ciel ouvert où les gens vendent d’habitude leur monnaie. Cette somme permet d’acheter seulement trois baguettes de pain ou de payer un seul tour en taxi en ville. “Les enseignants sont en train d’envoyer un message clair que nous sommes en train de souffrir. Le gouvernement doit commencer par nous attirer positivement”, a déclaré Raymond Majongwe, secrétaire général du Syndicat des enseignants progressistes du Zimbabwe (PTUZ).

Le ministère de l’Education affirme qu’il est en train d’essayer de résoudre les problèmes dans le secteur, tout en menaçant de renvoyer les enseignants qui n’ont pas repris le travail le 27 janvier en réponse à la grève persistante.

“Le ministère apprécie les défis auxquels sont confrontés les enseignants, qui comprennent des frais de transport élevés et imprévisibles qui sont en train d’être payés en devise étrangère, et les enseignants sont incapables d’accéder aux produits alimentaires de base”, a indiqué le secrétaire à l’Education, au Sport et à la Culture, Stephen Mahere. “Nous voulons rassurer nos enseignants que le gouvernement reste sensible à leur situation critique et est en train de faire tout ce qui est possible pour satisfaire à leurs préoccupations”. Il a promis de mettre à disposition des moyens de transport pour amener les enseignants au travail, créer des cantines supplémentaires pour les écoliers, fournir des repas aux enseignants et s’assurer que les enseignants ne sont pas victimes des violences politiques.

Les enseignants ont toutefois rejeté ces propositions, demandant plus d’incitations substantielles. “Les enseignants ont des familles à nourrir, des enfants à inscrire à l’école et une vie sociale. Ce qu’ils veulent, c’est l’argent”, a déclaré Takavafira Zhou, président du PTUZ. Le jour où les écoles étaient supposées ouvrir, les enseignants disent qu’il n’y a aucun signe de transport mis à leur disposition. Les enfants sont perdants Joyce, 12 ans, et Tendai Mukuwo, 10 ans, sont deux des nombreux écoliers qui se sont retrouvés devant des portes fermées le 27 janvier. Les sœurs, qui sont inscrites à l’Ecole primaire Aspindale, près de la banlieue à forte densité de Budiriro à Harare, affirment que leur maître leur a dit “de ne pas se gêner pour retourner à l’école pendant un moment”, parce que la grève se poursuivrait jusqu’à ce que la question autour des salaires des enseignants soit résolue.

Joyce qui veut étudier la science pour devenir infirmière, dit qu’elle craint que ses projets soient nuls et un rêve si les écoles restent fermées. La situation est même plus grave dans les zones rurales du Zimbabwe où la grève des enseignants a été exacerbée par des violences politiques. Beaucoup d’enseignants sont accusés par le parti au pouvoir, l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF), de soutenir le parti de l’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Des ONG ont des rapports sur des enseignants des zones rurales qui ont été battus, intimidés et dont les maisons ont été brûlées.

“Nous sommes très préoccupés au sujet des écoles qui n’arrivent pas à ouvrir, notamment dans les zones rurales”, a confirmé Roeland Monash, directeur national de l’UNICEF. Il croit que même si le ministère de l’Education se débrouille pour régler la grève des enseignants, l’épidémie actuelle de choléra, qui a déjà tué 3.000 personnes, fera qu’il sera difficile que les écoles ouvrent et fonctionnent. “Renvoyer les enfants à l’école, c’est les envoyer dans une tanière de lion à cause des risques que pose l’épidémie de choléra”, a déclaré Peter Mutoredzanwa, directeur national de l’ONG Oxfam.