ZIMBABWE: Maintenant une ‘usine de pauvreté’

HARARE, 27 jan (IPS) – Plus de 75 pour cent des personnes criblées de crises au Zimbabwe vivent dans une pauvreté épouvantable, avec des enfants payant le plus lourd tribut. Et avec des partis rivaux toujours dans l’impasse sur la mise en œuvre d’un accord de partage du pouvoir signé depuis quatre mois, les choses vont probablement empirer avant de s’améliorer.

Les négociations pour sauver l’accord de partage du pouvoir au point mort ont repris le 19 janvier à Harare, la capitale, avec tous les trois signataires de l’accord du 15 septembre 2008 qui y prennent part. Les dernières discussions étaient en train d’être facilitées par le président sud-africain Kgalema Motlanthe, qui est également le président en exercice de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ainsi que son prédécesseur Thabo Mbeki, qui était nommé par la SADC pour faciliter le dialogue entre les partis politiques rivaux du Zimbabwe, et le président mozambicain Armando Guebuza, le vice-président de l’organe de la SADC en charge de la politique, la défense et la sécurité.

S’adressant aux reporters juste avant de participer à la réunion à huis clos, Arthur Mutambara, leader d’une petite faction du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a déclaré que les dirigeants n’avaient aucune option que de régler l’impasse.

“Il est temps de trouver un terrain d’entente au sein des Zimbabwéens. Il est temps pour la flexibilité, le compromis, et le pragmatisme”, a souligné Mutambara, qui deviendrait l’un des deux vice-Premiers ministres conformément à l’accord de partage du pouvoir.

Pourtant, 12 heures de négociations n’ont connu aucune évolution, avec le MDC de Tsvangirai et le ZANU-PF ne parvenant pas à s’accorder sur le partage des ministères clé et l’équilibre du pouvoir entre les deux principaux partis dans un gouvernement d’union nationale. Le secrétariat exécutif de la SADC a renvoyé l’impasse aux dirigeants régionaux à un sommet spécial qui s’est déroulé lundi à Pretoria, en Afrique du Sud.

Le besoin urgent de mettre en place un gouvernement fonctionnel est clair dans un rapport publié par ‘Save the Children (SCF)’ qui a remarqué que 10 millions de personnes sur les 13 millions au Zimbabwe continuent de vivre dans une pauvreté noire, luttant pour accéder à la nourriture et à d’autres choses indispensables. Une alliance locale d’organisations non gouvernementales (ONG) a indiqué que les chiffres pourraient être plus élevés que cela. “Beaucoup d’enfants sont sans éducation – environ 75 pour cent des écoles publiques ne fonctionnent pas correctement parce que la majorité des enseignants du public ne travaillent pas, puisqu’ils ne sont pas suffisamment payés pour survivre et sont obligés de chercher ou de travailler pour se nourrir. Beaucoup de familles pauvres sont obligées d’envoyer leurs enfants chercher du travail ou des aliments sauvages et simplement ne peuvent plus les envoyer à l’école”, ajoute le rapport. Le directeur de Plaidoyer et de politique publique de l’Association nationale des organisations non gouvernementales (NANGO), Fambai Ngirande, a affirmé que la réalité sur le terrain est en fait “au-delà de ces chiffres et la situation s’aggrave”.

“Une situation largement créée par l’homme, évitable et grossièrement inutile, le résultat des années de politiques échouées ainsi que des actions égoïstes des élites politiques dirigeantes dont les tendances corrompues et antidémocratiques ont empiré la situation en élevant les niveaux d’inégalité à des degrés alarmants”.

Ngirande a indiqué que la faim force maintenant beaucoup de personnes à recourir à des mesures épouvantables comme la prostitution et le travail des enfants, pendant que d’autres se nourrissent actuellement de racines vénéneuses et des fruits sauvages.

Aujourd’hui, les frais de transport dans les zones urbaines changent deux fois par jour, forçant la plupart des travailleurs à camper dans leur lieu de travail durant la semaine et rentrer à la maison seulement les week-ends. Des professionnels qualifiés sont en train d’abandonner en masse leur métier pour accepter des emplois inférieurs. Bien que des professionnels de classe moyenne comme les infirmiers et les enseignants aient été délaissés à cause de la crise, Ngirande a indiqué que “ce sont des groupes vulnérables tels que les personnes âgées, les personnes vivant avec le VIH/SIDA, les enfants orphelins, les handicapés et autres qui ont été durement touchés”.

Le secrétaire de l’Union des enseignants progressistes du Zimbabwe (PTUZ), Raymond Majongwe, a déclaré que l’état de la pauvreté au sein des enseignants est un scandale. “Si vous voulez, je peux vous amener au terminus de bus de Cheziya à Gokwe, et vous montrer un ancien directeur qui y est maintenant un contrôleur de rang au terminus”, a dit Majongwe, se référant à une ville agricole tentaculaire dans la province de Midlands. Il a accusé le gouvernement d’ignorer délibérément l’état critique des enseignants, qui ont été à plusieurs reprises étiquetés comme des sympathisants de l’opposition. “C’est si embarrassant que les autorités continuent de prendre cette approche habituelle des choses lorsque le tissu national continue de tomber en ruine. Les salaires des enseignants ont dégringolé à divers niveaux en dessous du seuil de pauvreté”.

“Où sur la terre avez-vous vu un enseignant incapable d’acheter une boîte de lait avec son salaire? Allez dès maintenant dans une salle de classe quelconque, vous verrez un enseignant en train de vendre des bonbons et d’autres petits aliments afin de survivre, cela n’est pas correct”. Ngirande déclare que le pays est en train de payer un lourd tribut en termes de développement.

“La concurrence désespérée pour les ressources rares, qui a été précipitée par cette pauvreté et l’inégalité, est un terrain propice pour une guerre civile et des troubles sociaux, étant donné notamment la situation actuelle politiquement volatile”. Parce que, pendant que les pauvres continuent de plonger davantage dans la pauvreté, une petite partie de l’élite du Zimbabwe est en train de jouir chaque instant. Ils accèdent à la devise étrangère aux taux de change officiels auprès de la Banque centrale du Zimbabwe pour un refrain, qu’ils utilisent pour des affaires essentiellement illégales comme l’achat et la revente des voitures, ainsi que le commerce de l’or et de diamants. Les mieux connectés sont capables d’importer des véhicules hors taxes qu’ils revendent à des prix élevés en devise étrangère. À Harare, cette élite n’est pas difficile à identifier. Ils conduisent les dernières voitures sophistiquées, dînent dans des restaurants tels que KwaMambo à Avondale, et fréquentent des clubs chers comme “Room 10” dans le somptueux Rorrowdale Brooke, où ils dépensent des centaines de dollars US sur un divertissement d’une soirée. Mais, avec un tiers des enfants zimbabwéens sous-alimentés, l’échec des infrastructures d’eau et des eaux usées déclenchant une épidémie de choléra qui a déjà fait quelque 3.000 victimes, et l’hyperinflation officiellement reconnue pour atteindre 243 millions pour cent – en réalité beaucoup, beaucoup plus élevée – les agents humanitaires décrivent le Zimbabwe comme “l’une des usines de pauvreté les plus actives au monde”.

‘Save the Children’ affirme qu’elle a augmenté proportionnellement son action dans les domaines de l’éducation, la santé, les moyens d’existence, la protection et de la fourniture alimentaire.