PRETORIA, 27 jan (IPS) – Après une réunion de 12 heures à huis clos, les dirigeants de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) sont sortis tôt ce mardi pour annoncer que Mugabe et Tsvangirai formeront un gouvernement d’union dans un délai de trois semaines.
“Le Premier ministre (Tsvangirai) et les vice-Premiers ministres devront prêter serment vers le 11 février 2009, qui sera suivi de celui des ministres de ZANU-PF de Mugabe et des deux factions du MDC”, a déclaré aux reporters Tomaz Salomao, secrétaire général de la SADC. Il a également souligné qu’un amendement constitutionnel, qui ouvrira la voie à la création du poste de Premier ministre, a été accepté par les deux parties.
Le MDC a cependant insisté qu’aucun accord n’a été conclu et s’est senti plutôt trahi par la décision des dirigeants de la SADC.
“Nous notons avec regret que M. Mugabe a été autorisé à prendre part à la session à huis clos des réunions plénières. Ainsi, une fois encore, M. Mugabe a été injustement autorisé à être le juge de son propre cas”, indique une déclaration du MDC distribuée à la fin de la rencontre.
“[Par rapport] aux progrès, nos attentes étaient encore que la SADC parviendrait à une résolution juste aux grands problèmes du Zimbabwe et de toutes les parties concernées. Très clairement, les conclusions retenues, comme l’a reflété le communiqué, ne valent pas nos attentes”. Peu de personnes espéraient beaucoup qu’un septième sommet des dirigeants de l’Afrique australe sur le Zimbabwe trouverait une solution à la crise politique au Zimbabwe.
Ce sommet d’urgence est organisé juste une semaine après qu’une rencontre entre les principaux rivaux politiques du Zimbabwe n’a pas pu résoudre une dispute paralysante sur la mise en œuvre d’un accord de partage du pouvoir conclu en septembre 2008.
L’accord de septembre, signé par Robert Mugabe de l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF), Morgan Tsvangirai du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), ainsi que par Arthur Mutambara, leader d’une petite faction séparatiste du MDC, a rencontré des difficultés immédiates à cause des différends sur la manière dont les postes de gouvernement devraient être répartis.
C’était après que le président Mugabe a unilatéralement publié officiellement les ministères, convoqué le parlement et nommé les responsables clé du gouvernement sans consulter les deux leaders du MDC. Au centre du désaccord, figure la répartition des ministères de la sécurité, notamment celui de l’Intérieur qui, selon la SADC, devrait être partagé entre la ZANU-PF et le MDC de Tsvangirai. Annonçant l’évolution des négociations, Salomao a affirmé que les questions importantes telles que la libération des prisonniers, le partage des autres postes de gouvernement, comme les gouverneurs et les ambassadeurs, seront examinés à une phase ultérieure.
Le président sud-africain, Kgalema Motlanthe, est intervenu en indiquant aux journalistes que le MDC a aussi accepté de partager le ministère de l’Intérieur. “Toutes les parties ont accepté cette position de la SADC”, a-t-il dit.
Pourtant, le MDC a dit qu’il exprimera une position finale sur sa participation ou non à un nouveau gouvernement, comme l’a indiqué la SADC, seulement après une rencontre de l’organe suprême de prise de décisions de son parti, qui devrait se réunir prochainement à Harare, la capitale du Zimbabwe.
Avant le sommet de la SADC, des leaders de la société civile au Zimbabwe et en Afrique du Sud se sont réunis pour dresser la voie à suivre. Des discussions centrées autour d’une pression pour une autorité de transition, un appel pour de nouvelles élections internationalement supervisées, des campagnes régionales pour mettre la pression sur la SADC et l’Union africaine (UA) afin qu’elles condamnent ouvertement le gouvernement de Mugabe, et la mobilisation des masses populaires zimbabwéennes dans des manifestations de la rue. Le samedi 25 janvier, des syndicalistes, des défenseurs de l’égalité de genre, des activistes des droits humains ont organisé une veillée et des manifestations nocturnes à Pretoria. Lundi matin, le nombre de manifestants a baissé, comparé notamment aux manifestations précédentes en marge des sommets similaires. Vers la fin de la journée, la plupart des activistes se sont retirés dans les restaurants et bars à Pretoria et à Johannesburg, attendant le signal annonçant l’impasse des négociations. Joy Mabenge, de l’Institut des alternatives démocratiques pour le Zimbabwe (IDAZIM), a déclaré à IPS que l’échec des négociations pourrait provoquer une révolte populaire longtemps retardée.
“La déclaration selon laquelle les négociations politiques sont dans l’impasse va probablement entraîner des manifestations populaires. Pour l’instant, les masses populaires sont prises au piège et nourrissent en effet de faux espoirs qu’un gouvernement inclusif ou une autorité de transition est en train d’être achevé”, affirme Mabenge. “La nation a atteint un point ultime et ce à quoi s’attendent les gens ordinaires, est en termes historiques l’assassinat, le 28 juin 1914 à Sarajevo, de l’archiduc Franz Ferdinand pour déclencher une sorte de désobéissance civile coordonnée”. Nixon Nyikadzino, un activiste zimbabwéen des droits humains, a déclaré à IPS qu’il y avait actuellement le besoin de regarder au-delà des discussions et de commencer par mobiliser les masses populaires. “La SADC a échoué, elle devrait maintenant soumettre le problème à l’UA mais en attendant, nous devons commencer par consolider le mouvement de la masse populaire et demander aux gens d’exercer le pouvoir du peuple et de se soulever pour défendre leur vote”. Maddock Chivasa de l’Assemblée nationale constitutionnelle (NCA) a également appelé au ton du peuple. “Maintenant, il est temps que la société civile fasse ce que nous avons toujours demandé en tant que NCA, et mobilise les gens dans des manifestations de rue et montre à Mugabe qu’il n’est pas le seul avec la masse populaire critique. Les manifestations de rue devraient être maintenant organisées parallèlement à tout processus diplomatique qui sera considéré après cette rencontre”, a confié Chivasa à IPS au cours du sommet. Au moins jusqu’à la réunion du MDC à Harare le 30 janvier, il n’est pas certain que si ceci soit le début de la sortie de la crise massive du Zimbabwe si clairement illustrée par l’économie effondrée et un choléra dévastateur qui a tué environ 3.000 personnes au cours des trois derniers mois.

