AFRIQUE: Le changement climatique menace la sécurité alimentaire

LE CAP, 24 jan (IPS) – Le changement climatique aura un impact considérable sur la sécurité alimentaire déjà compromise en Afrique australe, ont averti des experts de l’environnement à la cinquième Conférence internationale Alexander von Humboldt à l’Université du Cap (UCT), en Afrique du Sud.

Cette rencontre, tenue du 11 au 16 janvier, a réuni des experts du changement climatique et des scientifiques en environnement venus du monde entier. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), une personne sur trois vivant en Afrique subsaharienne avaient chroniquement faim en 2007. La région est également la plus durement touchée par une extrême pauvreté, hébergeant 75 pour cent des personnes à travers le monde qui vivent avec moins d’un dollar par jour.

Depuis 2007, une pluviométrie irrégulière a entraîné des pénuries alimentaires accrues en Afrique australe où des sécheresses ont endommagé et détruit des cultures de maïs au Lesotho, en Namibie, au Mozambique, au Swaziland, au Zimbabwe et en Afrique du Sud.

Par conséquent, l’Afrique australe a enregistré une baisse de 2,18 millions de tonnes de maïs en 2006 et, selon des chercheurs de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), des gens en Afrique australe ont enregistré un manque de plus de 4 millions de tonnes de maïs en 2007-2008.

Des pénuries alimentaires croissantes sont devenues une tendance, a averti Sepo Hachigonta du Groupe d’analyse des systèmes climatiques (CSAG), un groupe de recherche en climatologie basé à l’UCT.

“Nous estimons que les productions de maïs au Zimbabwe et dans la province de Limpopo en Afrique du Sud, par exemple, baisseront d’environ neuf pour cent entre maintenant et 2045”, a-t-il déclaré à IPS. “Cette baisse posera un grand problème, puisque le maïs est l’aliment de base de la région”.

Le CSAG a récemment examiné les effets à long terme du changement climatique sur une agriculture pluviale en Afrique australe où la majorité des paysans dépendent de la pluviométrie comme une source d’eau principale pour leurs cultures puisqu’ils n’ont pas de moyens pour des systèmes d’irrigation. “Quand la pluviométrie est faible, tardive ou précoce, ces gens et leurs dépendants sont les premiers à être en difficulté”, a affirmé Hachigonta. Selon le CSAG, il existe un lien direct entre la baisse prévue des productions de maïs et les changements climatiques. “D’abord, il est attendu que la région devienne plus chaude”, a souligné Hachigonta. “Comme conséquence des températures montantes, plus d’eau s’évaporera du sol à une vitesse plus élevée. Cela menace les cultures. En suite, nous prévoyons des changements dans les types de pluie”. Hachigonta a expliqué en outre : “Nous ne prévoyons pas une augmentation ou une baisse des pluies annuelles en tant que telle, mais nos données montrent qu’il pourrait y avoir des changements au début et à la fin de la saison des pluies”.

Des productions en baisse Sur la base de recherches scientifiques, y compris des entretiens avec des paysans dans la région, le CSAG prévoit que dans les trois prochaines décennies, la saison des pluies au Zimbabwe et dans la province de Limpopo commencera plus d’un mois plus tard, en décembre au lieu de fin octobre.

La solution potentielle aux productions de maïs en baisse pourrait être que les agriculteurs cultivent différents produits qui sont plus résistants aux changements climatiques et qui ont besoin de moins d’eau. “Le maïs nécessite de grandes quantités d’eau, alors théoriquement, les paysans en Afrique australe devraient plutôt planter des cultures telles que le sorgho ou le millet”, a indiqué Hachigonta. “Ils ont besoin de moins d’eau”. Le sorgho et le millet sont des aliments de base dans beaucoup de pays d’Afrique de l’ouest, tels que le Mali, où les agriculteurs doivent trouver des moyens de produire des cultures malgré des pénuries d’eau intenses. “La tradition et l’habitude constituent le problème. Les personnes vivant en Afrique australe mangent du maïs depuis des siècles. Ils ne se tourneront pas facilement vers le sorgho”, a ajouté Hachigonta. Les types de pluies ont commencé également par changer dans les pays d’Afrique de l’ouest, signalent des experts. “La saison des pluies au Cameroun commençait habituellement en mars, mais au cours des dernières années, la pluie est arrivée seulement en avril”, a déclaré Médard Djatou, anthropologue à l’Université de Yaoundé, au Cameroun, qui a fait des recherches sur l’impact du changement climatique sur la vie des Bamiléké, le plus grand groupe ethnique au Cameroun, qui dépend essentiellement de l’agriculture pluviale sur petite échelle. “Nous avons demandé aux vieux agriculteurs comment ils perçoivent les types de climats et de pluies aujourd’hui et quelle était la situation au moment où ils ont commencé par cultiver quand ils passaient de l’adolescence à l’âge adulte”, a expliqué Djatou. “La grande majorité des gens que nous avons interrogés se sont plaints des températures plus élevées, des pluies tardives et de la baisse des cultures”.

Pratiques agricoles Le problème, selon Djatou, est que la plupart des personnes dans les pays en développement ne remarquent pas que certaines de leurs actions contribuent au problème du changement climatique.

Par exemple, le brûlage des herbages est utilisé par les paysans dans beaucoup de régions d’Afrique pour enlever le chaume des cultures et retourner les nutriments dans le sol. Pourtant, les brûlages émettent de grandes quantités de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, ce qui contribue au changement climatique.

Il a indiqué que les gouvernements sur tout le continent devraient faire plus d’effort pour éduquer leurs populations sur le changement climatique et sur des pratiques agricoles favorables à l’environnement. “Les décideurs devraient impliquer les communautés locales dans le débat sur le changement climatique”, a recommandé Djatou.

Urias Goll, chercheur au sein du Comité de reconstruction et de développement du Liberia, qui supervise la mise en œuvre des stratégies de réduction de la pauvreté et de reconstruction dans le pays, partage l’opinion de Djatou.

“Il est crucial que des données sur les implications du changement climatique sur l’agriculture soient rendues disponibles à ceux qui seront les premiers à être affectés”, a-t-il affirmé, ajoutant que “beaucoup de paysans voient les faibles productions, les sécheresses ou les inondations comme une punition des dieux. Les communautés ont besoin de savoir ce qui se passe, pourquoi les pluies sont tardives pourquoi les cultures baissent et ce qu’elles peuvent faire par rapport à cela”. Selon Goll, l’éducation des paysans devrait se faire comme une initiative conjointe par des scientifiques, des ONG et des gouvernements.

Il a par ailleurs souligné que les données avaient également besoin d’être localisées, afin que les agriculteurs reçoivent des informations pertinentes pour leur condition de vie parce que “l’impact du changement climatique varie d’une région à une autre”.