KINSHASA, 23 jan (IPS) – Certaines sources diplomatiques affirment que le général rebelle congolais Laurent Nkunda – arrêté jeudi au Rwanda – serait déjà transféré à Kinshasa ce vendredi soir, mais l’information n’est pas confirmée officiellement.
Pendant ce temps, la Radio télévision nationale congolaise (RTNC) continue, comme par enchantement, de diffuser encore les images de la signature de la paix au Nord-Kivu, dans l’est du pays, mettant en exergue le général dissident du CNDP, Bosco Ntaganda, signataire de l’accord.
L'arrestation de Laurent Nkunda, le chef rebelle du Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) redonne quelque espoir aux Congolais ahuris et irrités par la récente entrée de 4.000 militaires rwandais en République démocratique du Congo (RDC) sur invitation controversée de leur gouvernement.
“Le général déchu Laurent Nkunda a été arrêté ce jeudi 22 janvier 2009”, selon un communiqué de l'état-major conjoint des Forces armées de la RDC (FARDC) et de l'armée rwandaise opérant dans le Nord-Kivu, lu à RTNC par un officier de la police congolaise et signé de la main du général John Numbi, chef des opérations conjointes.
Est-ce un tournant décisif pour la sécurité et la politique de la RDC? Les congolais sont partagés. De Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, Morreau Shamaba Lukoo, avocat et défenseur des droits de l'Homme, a dit à IPS qu’avec l'arrestation de Nkunda, “les choses semblent changer dans un bon sens, surtout que les commerçants ne se plaignent plus des tracasseries routières et qu'aucun coup de feu n'a été entendu dans les environs de Goma depuis une dizaine de jours”.
Selon des analystes, Nkunda a été sacrifié pour les intérêts des deux Etats voisins et frères ennemis, car le Congo veut la sécurité et la paix dans l'est de son territoire, tandis que le Rwanda désire traquer les milices des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) comprenant des rebelles hutu rwandais au nombre desquels des 'interahamwe' (anciens responsables du génocide de 1994)”.
Mais à Kinshasa, la capitale congolaise, la population semble encore plus sceptique que jamais et ne comprend pas “pourquoi seul Nkunda a été arrêté et qu'aucun de ses lieutenants, notamment ceux avec qui il était au moment de cette arrestation, n'a pu faire l’objet d'une telle mesure”. Comme Ernest Kyaviro, député national et membre de l'Alliance pour la majorité présidentielle (AMP), beaucoup de Kinois (habitants de Kinshasa) estiment qu'”il faut toujours se méfier des cadeaux rwandais et que cette arrestation de Nkunda ressemble à une nouvelle machination du Rwanda”.
Pour Kyaviro, “aucune donne n'a changé puisque le jeu continue à se faire en faveur de la partie militairement forte et donc le Rwanda” et l'arrestation de Nkunda se justifie parce qu'il “en savait simplement trop sur la RDC et sur le Rwanda qui a toujours été son patron. La seule chose que le Rwanda veut, c'est de l'éliminer et de le priver de la liberté de s'exprimer, notamment devant la justice congolaise”, ajoute Kyaviro. Le doute est certain quant au “rôle exact de 4.000 militaires rwandais récemment envoyés en RDC et dont la mission annoncée n'était pas d'arrêter Nkunda”, estiment d’autres Congolais interrogés par IPS.
Cette arrestation n'a pas grand sens puisque «depuis 2004, après (le colonel) Jules Mutebusi qui avait organisé l'invasion de la ville de Bukavu, la principale ville du Sud-Kivu, dans l'est de la RDC en 2003 et en 2004, Laurent Nkunda est le deuxième rebelle congolais à être arrêté par le Rwanda et détenu au secret», rappelle l'avocat Shamaba Lukoo.
Cette détention secrète des personnes qui ont plutôt commis des crimes en RDC, est interprétée non seulement “comme une faiblesse congolaise”, mais aussi comme “une moquerie du Rwanda contre la RDC dont le système judiciaire est prioritairement compétent pour juger les auteurs des crimes commis sur son territoire”, selon Shamamba Lukoo.
Pour d’autres analystes, “c'est-là une manière de retirer discrètement un homme qui a loyalement servi le régime de Kigali pour le récompenser en lui offrant un repos mérité et en le soustrayant, comme Mutebusi, à d'éventuelles poursuites judiciaires en RDC”.
Ces mêmes analystes estiment également que “Nkunda n'a pas fui et n'a pas été arête”. Pour eux, “le président rwandais Paul Kagame a réalisé maintenant son rêve de balkaniser la province du Nord-Kivu par l'envoi de 4.000 militaires qui la contrôleront encore longtemps”.
Depuis septembre 2005, Nkunda fait objet d'un mandat d'arrêt international lancé contre lui par la Haute cour militaire congolaise pour “désobéissance et crimes de guerre commis à Bukavu en juin 2004”.
La RDC et le Rwanda sont liés par un accord d'extradition, mais personne ne peut affirmer si Nkunda sera extradé vers le Congo pour y être jugé, tout comme Mutebusi ne l’avait jamais été. Presque impuissant et comme pour affirmer l'incapacité de la RDC à exiger cette extradition, le ministre porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, croit que «cela relève des autorités rwandaises».
Quoi qu’il en soit, la satisfaction est totale dans le camp gouvernemental, à en croire la réaction très enchantée de Mende, également ministre de la Communication et des Médias. “L'arrestation d'une personne, qui a fait couler beaucoup de sang dans les provinces et systématiquement sabordé les efforts de pacification non violente en cherchant à ridiculiser le président de la République, est un moment de grande satisfaction pour tous les Congolais et la communauté internationale éprise… de paix”, a-t-il déclaré.
Des observateurs croient qu'on peut bien douter peut-être que Nkunda ne sera jamais poursuivi en justice en RDC, mais on peut tout au moins croire que le trouble qu'il a semé depuis 2003 cessera et que les Congolais pourront se donner le loisir de nouveaux rêves de sécurité et de développement.

