ARUSHA, Tanzanie, 16 jan (IPS) – Omari Saidi a appris de mauvaises nouvelles sur la crise financière internationale, mais ce chauffeur tanzanien âgé de 34 ans s’est senti très éloigné du marché mondial pour s’inquiéter.
Saidi, vivant avec un revenu de 1.500 dollars par an, n’a jamais eu un compte bancaire ni contracté un prêt commercial ou n’a jamais appris la gestion financière personnelle. Ses économies sont cachées sous un matelas dans sa modeste maison à Arusha, dans le nord de la Tanzanie. C’était seulement en novembre 2008 que l’inquiétude par rapport au craquement du crédit mondial a commencé par signifier quelque chose pour Saidi — il a investi 50 dollars dans le marché financier local. “Je n’utilise pas un compte bancaire parce que les frais sont élevés et l’intérêt est très faible”, a déclaré Saidi. “J’ai décidé de mettre mes économies dans le marché financier parce que je veux un profit”. “Tout ce que je peux faire, c’est d’observer et de prier”, a-t-il ajouté, en haussant les épaules.
Il y a une augmentation du nombre des Tanzaniens pauvres, comme Saidi, essayant leur chance sur le marché financier. Cette nation d’Afrique de l’est, l’une des plus pauvres du monde, est un petit acteur dans le commerce international et la majorité de ses 40 millions d’habitants sont exclus de l’économie mondiale. Un tiers de la population vit avec un dollar par jour, ou moins de 64 pour cent des dépenses du foyer sont faites sur l’alimentation, selon le Bureau national des statistiques du pays. Les besoins quotidiens prennent tout ce qui reste des dépenses à faire, alors la possibilité d’épargner est limitée. Mais une nouvelle catégorie est en train d’émerger avec un nombre croissant de Tanzaniens mettant de côté une petite somme d’argent à la Bourse de Dar es Salaam, dans l’espoir de gagner plus d’argent.
Selon le régulateur de la bourse, les premières offres publiques pour le compte de trois entreprises cette année ont attiré une réaction enthousiaste de la part des hommes d’affaires de troisième ordre, des petits exploitants agricoles et des femmes. “L’entreprise s’élargit vraiment”, a affirmé dans un entretien avec IPS, Fratern Mboya, président-directeur général de ‘Tanzania's Capital Markets and Securities Authority’ (l’Autorité des marchés financiers et des titres en Tanzanie). “Une grande partie de cette croissance vient des gens de tous les jours qui achètent des actions”. Lidia Mlay, 44 ans, une cliente d’une banque depuis plus d’une décennie, a contracté des prêts dans une coopérative locale de crédit pour acheter un titre à la Banque nationale de microfinance. Son rêve est de collecter un dividende chaque année. Elle a bien commencé. Les actions du prêteur tanzanien sont passées à 70 pour cent, soit 1.020 shillings tanzaniens (82 cents), à ses débuts à la Bourse de Dar es Salaam en novembre. L’offre publique initiale (IPO) était très populaire avec un taux de sursouscription de 300 pour cent. “Mon niveau de vie augmente et j’ai besoin d’argent supplémentaire”, a confié cette technicienne de pharmacie dans un entretien avec IPS à Arusha. “C’est ma première fois mais j’espère que mon profit à la fin de l’année sera plus grand que l’intérêt que j’ai payé sur mon prêt. Je suis nerveuse”. Pour des pauvres sans aucune expérience sur les marchés financiers, les risques sont élevés s’ils font le mauvais investissement.
Dans une nation souffrant de niveaux élevés d’analphabétisme financier, beaucoup de ces nouveaux investisseurs peuvent s’y lancer avec l’espoir de gagner et une vague notion qu’il existe un risque de perte, selon Ian Robinson, directeur technique du ‘Financial Sector Deepening Trust’ (Consolidation du trust du secteur financier). Ce trust basé à Dar es Salaam, qui reçoit des fonds des gouvernements du Canada, du Danemark, du Royaume-Uni, de Suède, des Pays-Bas et de Tanzanie, a été installé en 2004 pour améliorer l’accès à une gamme plus variée de gens aux services financiers. Seulement neuf pour cent de la population adulte en Tanzanie, ou environ 1,9 million de personnes, ont des comptes bancaires ou empruntent de l’argent aux institutions financières formelles, selon une étude menée en 2007 par ‘FinScope’ qui a enquêté sur les perceptions des consommateurs des services financierset sur des questions financières au nom du trust. FinScope mène des enquêtes en Afrique australe et est gérée par ‘FinMark Trust’ qui a été créé avec le financement du département britannique du Développement international. L’enquête révèle que 54 pour cent des Tanzaniens âgés de 16 ans et plus sont “financièrement exclus”, avec aucun moyen d’épargner et sont incapables d’obtenir un quelconque crédit, même de leur famille ou des amis. Beaucoup de personnes dans le pays ont une faible ou aucune connaissance des aspects les plus essentiels du système bancaire. Cinquante pour cent des Tanzaniens interrogés pour une étude de FinScope n’avaient aucune idée des cartes de paiement, des distributeurs automatiques ou des comptes d’épargne.
“Avec le marché financier, je pense vraiment qu’il faut plus d’éducation, alors les gens comprennent qu’ils sont en train d’acheter un actif qui peut augmenter ou baisser”, a expliqué Robinson. “Ils ont besoin d’être préparés pour un investissement à long terme qui présente également des risques”. Le point de départ devrait être l’amélioration de l’accès aux épargnes et aux crédits pour les personnes pauvres afin de les aider à améliorer leur condition, a-t-il souligné.
Expliqué en des termes simples, le marché financier est une idée que même des investisseurs analphabètes comprennent réellement, et ils ont vu des récompenses économiques, selon Paul Makanza, directeur des questions d’entreprise à la Société de cigarette de Tanzanie (TCC).
Les actions de la TCC, qui ont commencé par être vendues sur le marché financier local depuis huit ans à 410 shillings (33 cents), coûtent maintenant environ 1.800 shillings (1,44 dollar). “Le marché financier a pris comme un incendie de forêt parce que la sensibilisation s’intensifie”, a expliqué Markanza à IPS. “Les gens comprennent cela d’une manière fondamentale : C’est comme acheter une tomate à 100 shillings (8 cents) et la revendre à 200 shillings (16 cents)”. Un effort national pour promouvoir l’alphabétisation financière doit passer au sommet du programme public, selon Omar Mzee, vice-ministre des Affaires économiques et financières.
“Les marchés de la capitale tanzanienne n’ont pas encore contribué de manière significative au produit intérieur brut du pays. Nous avons encore quelques produits qui sont cotés à la Bourse de Dar es Salaam, une très petite base pour l’investisseur puisque les marchés sont petits et très peu liquides”, a-t-il indiqué. “Nous avons besoin d’éduquer le public”. La Bourse de Dar es Salaam compte 13 sociétés cotées et une capitalisation du marché de 3,1 trillions de shillings tanzaniens (2,4 milliards de dollars), comparés aux 161 milliards de shillings (124 millions de dollars) lorsqu’elle avait commencé en 1998.

