NAIROBI, 15 jan (IPS) – Les négociations directes entre le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et les rebelles ont repris à Nairobi avec des négociations pour une cessation conjointe des hostilités en cours. Les discutions visent à amener une accalmie dans la région de l’est du pays en proie à des troubles.
Les première et deuxième sessions des négociations se sont arrêtées le 20 décembre sans que les parties ne parviennent à un accord sur comment mettre fin à des violences qui s’intensifient. La troisième session est prévue pour parvenir à une cessation totale des hostilités, a déclaré Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigeria et médiateur des négociations soutenues par les Nations Unies. Obasanjo est arrivé à Nairobi le 9 janvier après des entretiens avec le gouvernement à Kinshasa, les rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) dans l’est de la RDC, et d’autres chefs d’Etat de la région. Il est attendu qu’il voyage sur New York où il va rendre compte au Conseil de sécurité de l’ONU sur l’évolution des négociations, selon Nasser Ega Musa, un porte-parole de l’ONU à Nairobi. Pendant que Obasanjo sera à New York, le dialogue se poursuivra sous la présidence de son co-médiateur, Benjamin Mkapa, ancien président de la Tanzanie. Cependant, les perspectives d’une négociation de paix pour cet Etat d’Afrique centrale en proie à des troubles sont ébranlées par une querelle de leadership qui a émergé au sein du CNDP dirigé par Laurent Nkunda. Juste avant le commencement de cette série de négociations le 7 janvier, le chef du staff du CNDP, Bosco Ntaganda a annoncé que Nkunda a été évincé, une déclaration démentie par Nkunda.
Ntaganda, qui est recherché par la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre, a mis en doute l’autorité de la délégation choisie par Nkunda pour négocier aux pourparlers au nom du CNDP, affirmant qu’il poursuivrait des négociations de paix séparées avec le gouvernement.
Ceci est en train de créer une inquiétude dans la région. Le 10 janvier, le ministre kenyan des Affaires étrangères, Moses Wetangula, a conseillé aux deux délégations de “communiquer les résultats, notamment pour l’amour des gens longtemps en souffrance dans l’est de la RDC”. Le ministre a annoncé un mini-sommet des chefs d’Etat de la région pour discuter des négociations de paix le 31 janvier à Addis Abeba, avant le sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine. Les combats entre les forces du CNDP et les troupes du gouvernement ont repris dans l’est de la RDC en août 2008, avec des rebelles menaçant de prendre Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu. Plus du quart d’un million de personnes ont été déplacées et des centaines sont mortes de l’offensive, selon les chiffres des Nations Unies. Depuis, une crise humanitaire a surgi avec des agences humanitaires internationales contraintes de suspendre leur opération d’aide à cause des violences, indique une déclaration de ‘ActionAid – Africa’. L’urgence pour la paix a été également réitérée par des femmes congolaises qui souhaitent que les parties en conflit signent vite un accord de paix durable pour mettre fin aux violences. “Nous voulons une solution; les parties devraient revenir au pays avec une solution pacifique. Nous ne voulons pas qu’ils continuent de reporter et d’arrêter les discussions puisque des personnes innocentes continuent de souffrir”, a déclaré depuis Goma, dans un entretien avec IPS le 13 janvier, Hortense Maliro, porte-parole de ‘Sauti ya Mwanamke Mkongomani’ (La Voix des femmes congolaises, en swahili). “Ce sont les femmes qui ont plus souffert dans la guerre. Nous sommes violées, nos maris sont tués et nous sommes devenues des veuves pour prendre, seules, soin de nos enfants. Le monde a sûrement besoin de parler en faveur du Congo”, a-t-elle ajouté. Son organisation a enregistré 3.750 viols dans le Nord-Kivu seul, suite à la reprise des hostilités en août dernier. Les officiels de l’organisation sont rentrés dans les négociations de paix en décembre dernier et ont rencontré les deux délégations, leur envoyant des demandes comme des gens les plus affectés par le conflit. Le souhait fondamental sur la liste était que les pays qui alimentent la guerre en RDC cessent pour l’amour de la paix. “Laissez ces pays participer à l’arrêt de la guerre, et au lieu d’utiliser des armes de destruction, apportez de l’aide pour reconstruire la RDC”, a souligné Maliro. Un rapport de l’ONU publié en décembre dernier indique que le Rwanda est en train de soutenir des rebelles de l’ethnie Tutsi du CNDP (Nkunda a auparavant combattu aux côtés du Front patriotique rwandais) pour lutter contre le gouvernement congolais. Ce rapport d’investigation fournit également des preuves d’une large collaboration entre les troupes congolaises et les rebelles Hutu des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), et la milice tribale Mai-Mai. Le rapport adressé au groupe du Conseil de sécurité de l’ONU a été préparé par cinq experts indépendants. Cependant, les deux gouvernements ont nié qu’ils soutiennent des rebelles.
Des groupes régionaux et internationaux de défense des droits ont appelé à la mise en œuvre d’un accord signé en novembre 2007 à Nairobi obligeant l’armée congolaise à désarmer les rebelles Hutu qui ont fuit le Rwanda après avoir participé au génocide de 1994 au Rwanda dans lequel près d’un million de personnes sont mortes. Il est attendu que le Rwanda, de son côté, ferme ses frontières pour éviter l’entrée dans ou la sortie de son territoire d’un groupe armé quelconque, y compris les forces de Nkunda.

