LUSAKA, 16 jan (IPS) – La Commission de lutte contre la corruption en Zambie (ACC) a reçu du public en 2008 plus de 2.000 plaintes de corruption, indique le rapport annuel de l’ACC.
“La commission a enquêté sur quelques cas l’année dernière. Des arrestations ont été effectuées et des cas ont été amenés devant les tribunaux où des preuves suffisantes ont été établies”, a déclaré à IPS, Rosewin Wandi, directeur par intérim de l’ACC. “Entre 60 et 70 pour cent des plaintes enregistrées étaient contre des officiels du gouvernement, alors qu’environ 20 pour cent impliquaient des responsables du secteur privé”. L’ACC a été créée en 1980 comme un organe institutionnel indépendant pour promouvoir la transparence et minimiser des opportunités de corruption dans les secteurs public et privé. La commission vise également à réduire les barrières administratives qui bloquent une nouvelle entreprise, une nouvelle activité de l’investisseur et augmentent l’inefficacité dans des opérations frontalières. Mais des critiques appellent à un organe plus efficace et autonome pour diriger la lutte contre la corruption. L’ACC a été mise sur pied comme un organe indépendant pour promouvoir la transparence et réduire la corruption, mais la Zambie était classée comme le 17ème pays le plus corrompu dans le monde sur l’Indice de perception de la corruption de Transparency International pour 2007.
Des activistes anti-corruption estiment qu’un faible système juridique est en train d’échouer à contenir une mauvaise conduite financière de hauts responsables du gouvernement. Le président de Transparency International (TI) pour la section zambienne, Reuben Lifuka, observe que de longs retards et des poursuites judiciaires étouffées de cas de haut niveau se révèlent très coûteux. “Ces retards ont amené un nombre de personnes à douter de l’efficacité de toute la lutte contre la corruption”, affirme Lifuka.
Il a conseillé au président de la Zambie, Rupiah Banda, de ne pas hésiter à destituer les officiels du gouvernement reconnus être corrompus ou impliqués dans toutes activités de mauvaise moralité. TI Zambie a également appelé à la domestication urgente de la convention de l’ONU contre la corruption en promulguant une loi. “Le gouvernement, ensemble avec d’autres acteurs impliqués dans la lutte contre la corruption, devrait conduire une évaluation de la performance de la lutte contre la corruption et un engagement devrait être pris pour renforcer ce qui marche bien et se débarrasser de ce qui ne marche pas bien”, a déclaré Lifuka. Lifuka a défié le président Banda de diriger un gouvernement propre en établissant des comités d’audit dans chaque ministère et dans toutes les agences gouvernementales.
La Norvège est une source importante d’aide à la Zambie et son gouvernement est très préoccupé par l’impact négatif que la corruption a sur le développement du pays. L’ambassadeur de Norvège, Gunnar Boe, estime qu’il est important de garantir une autonomie accrue pour la Commission de lutte contre la corruption et du Bureau des audits puisque celui-ci n’est pas encore totalement indépendant suivant la convention d’usage. “Nous avons besoin de décentraliser les opérations de la commission de lutte contre la corruption en la scindant en plusieurs bureaux régionaux”, a indiqué Boe. “L’investissement public dans l’ACC et le Bureau des audits présente un taux élevé de rendement à travers la réduction de la mauvaise gestion des fonds publics, ainsi qu’une amélioration considérable de la fourniture du service public et une réduction de la pauvreté”. Le président Banda a publiquement promis le soutien total de son administration pour lutter contre la corruption. “Le gouvernement a mis en place des lois et des systèmes pour renforcer les institutions et prévenir la corruption, l’abus du pouvoir et d’autres irrégularités dans les institutions publiques. Ce que j’attends donc, c’est une adhésion totale à ces lois et systèmes”, a indiqué le président Banda dans sa déclaration en réponse à l’Indice de perception de la corruption de Transparency International pour 2007. Un nouveau projet de l’Institut de coopération et de développement du Royaume-Uni (UK's Overseas Development Institute – ODI) peut aider à atteindre ces aspirations. La Zambie est l’un des six pays ciblés dans la première année d’un nouveau projet : “Renforcement de la demande citoyenne pour la bonne gouvernance à travers des approches basées sur la preuve”.
Ce programme appuiera une gamme d’initiatives pour renforcer l’action, la responsabilité et la capacité des gouvernements. La Commission de lutte contre la corruption figure parmi plusieurs douzaines d’organes gouvernementaux, d’organisations non gouvernementales, de groupes confessionnels et d’organisations de la presse ayant participé à une réunion consultative pour lancer le projet en Zambie le 15 janvier. Parmi ses objectifs, le programme de l’ODI vise à définir la gouvernance comme une relation entre les gouvernants et les gouvernés, facilitant la responsabilité et une participation citoyenne effective.
*L’Institut de coopération et de développement (ODI), un groupe de réflexion principal indépendant de Grande-Bretagne sur des questions de développement et humanitaires, est en train de diriger la mise en œuvre du “Renforcement de la demande citoyenne pour la bonne gouvernance à travers des approches basées sur la preuve” en partenariat avec Inter Press Service (IPS) Afrique et CIVICUS.

