KANO, Nigeria, 10 jan (IPS) – Tous les jours ouvrables, chaque soir, au coeur de la vieille cité de Kano, dans le nord du Nigeria, les sons d’une troupe de la danse koroso peuvent être entendus de l’intérieur des murs de couleur bordeaux du Musée Gidan Makama.
Le musée est situé près du palais de l’émir. C’est une structure traditionnelle avec des murs en terre cuite épais gardant ses galeries fraîches. Au centre des locaux, il y a une estrade ouverte. Le Groupe de Koroso et de théâtre de Gidan Makama est le nom officiel de la troupe de danse traditionnelle qui présente quotidiennement ici un spectacle pour divertir les gens dans la cité, notamment la jeunesse grouillante de la vielle cité.
Les danseurs s’habillent tous en brun, avec des perles de décoration autour de leur tête, au poignet et à la cheville. Les danseurs ont des hochets en perle attachés à la cheville et au poignet; ce sont les koroso qui donnent leur nom à la danse et les hochets créent leur propre musique lorsque les danseurs montent sur l’estrade. Les musiciens sont alignés le long du côté bas de l’estrade. L’un joue le kanzagi, le tam-tam le plus percutant; un autre joue le ganga, fait avec une peau blanche de mouton, son compagnon avec une voix basse. Les autres jouent des flûtes sarewa, faites de tiges de maïs sèches. Sur l’estrade, un danseur plie ses jambes derrière son cou, puis envoie son bras au dos, s’attachant comme un faisceau bien rangé. Un autre lui nettoie une poussière imaginaire sur ses yeux avec ses orteils, puis se moule dans une position impossible, déplaçant un membre libre comme l’embrayage d’une voiture. Les danseurs évoluent par paires, parfois s’assistant pour réaliser des formes impossibles, chacun s’efforçant parfois pour l’emporter sur l’autre.
L’histoire dit que la musique koroso est arrivée à Kano en 1972. Selon les informations détenues par le Bureau de l’histoire et de la culture de l’Etat de Kano, certains pasteurs fulani visitant la vielle cité de Kano ont appris à un nouvel ami rencontré, Mahmud Sarkin Busa, quelques nouveaux pas de danse accompagnés par une flûte fulani. Cela est rapidement devenu populaire, et ces simples mélodies de flûte ont été développées et enrichies avec l’ajout d’autres instruments musicaux hausa.
La danse aussi a changé au cours des trois dernières décennies. En 1987, une nouvelle chorégraphie dénommée Marwalle –- s’inspirant d’une danse festive exécutée par des jeunes pendant la saison des récoltes — a été insérée dans le koroso pour son entrée dans le Festival national des arts et de la culture du Nigeria. De nombreuses petites troupes de danse ont créé leurs propres et uniques versions du koroso en y incorporant des pas de danse des musiciens comme M.C. Hammer et Michael Jackson, ou de la star congolaise du Makossa, Awilo Logomba. Selon un officiel du musée, Danlami Sani, le groupe était formé par le musée pour danser quotidiennement, afin d’attirer des gens dans le musée. Jusqu’à 200 personnes prennent part au spectacle journalier, venant de toute la ville et d’autres endroits de l’Etat. Malam Uba Uba, le vice-président du groupe de danse Gidan Makama, a indiqué à IPS que bien que l’entrée soit payante aux spectateurs, le musée ne perçoit aucun sou de la troupe.
“Nous faisons jusqu’à 31.000 naira (environ 200 dollars) chaque jour, que nous nous partageons, pas équitablement, mais selon le rang official dans la troupe. Et nous mettons un peu de côté pour le groupe ‘en cas d’une journée chaude’”.
Il souligne que la plupart des membres de la troupe n’ont pas un autre emploi; alors ils dépendent beaucoup de l’argent qu’ils reçoivent du spectacle. Bien que la paie journalière ne soit pas consistante, elle est suffisante pour attirer un flux constant de demandeurs parmi ceux qui assistent aux spectacles. Mais, Uba maintient chaque fois la taille de la troupe à 18 membres. Uba déclare que sa troupe est différente des premiers groupes de koroso, qui comprenaient des femmes comme danseuses. Uba a affirmé qu’au cours des deux dernières années, les femmes n’étaient pas les bienvenues au Musée de Gidan Makama, même parmi les spectateurs, conformément à une instruction de la direction du musée de respecter le système de la charia dans l’Etat.
Une permission spéciale m’a été accordée en tant qu’une femme journaliste pour assister au spectacle, et la plupart des spectateurs réguliers et des danseurs n’étaient pas à l’aise avec ma présence et ma caméra.
L’un des quelques spectateurs qui ont accepté de s’entretenir avec IPS, un adolescent Muhammad Auwal, a déclaré que le spectacle était une source de plaisir pour lui. Il a indiqué qu’il économise ce qu’il peut, pour visiter le musée chaque fois que cela est possible. “Mes parents ne savent jamais que je viens ici si souvent, parce qu’il se pourrait qu’ils n’aiment pas cela. Mais je demande de l’argent à mon père, lui disant que je veux acheter quelque chose… Mais je ne viens pas ici tous les jours, parfois je viens les jeudis et les vendredis quand je n’ai pas le cours d’islam”.
Ali Abubakar Bature, le directeur des arts et de la culture du Bureau de l’histoire et de la culture de l’Etat de Kano, a déclaré à IPS qu’il croit que les municipalités locales dans l’Etat devraient appuyer de tels groupes afin de promouvoir la culture et réduire le chômage au sein de la jeunesse de Kano. Le Bureau de l’histoire et de la culture de l’Etat, conserve sa propre troupe de koroso pour danser au cours de différents évènements nationaux et internationaux. La troupe de l’Etat implique également des femmes danseuses. Ironie du sort, la plupart d’entre elles ne sont pas Haussa, mais certaines viennent des parties australes et orientales du pays; elles dansent rarement à l’intérieur de l’Etat de Kano.

