HARARE, 25 déc (IPS) – “J’ai été violée la nuit par quatre miliciens de la ZANU PF, le parti au pouvoir, juste hors de leur base, pendant les élections. Ils se succédaient pour me violer, m’accusant de soutenir l’opposition, le MDC [Mouvement pour le changement démocratique]”, a déclaré Pauline Moyana*, de Mutasa, une communauté dans la province de Manicaland, dans l’est du Zimbabwe.
“Ils ont menacé de tuer ma famille et moi-même, alors je n’avais pas d’autre choix que de céder à leurs exigences”, a-t-elle ajouté. La propriété de Moyana a été détruite et son bétail massacré comme “punition” pour son affiliation politique présumée.
Une autre femme, Sophie Makore*, 53 ans, de Hurungwe dans le nord du Zimbabwe, dit qu’elle a perdu l’espoir suivant une expérience épouvantable aux mains des activistes de la ZANU-PF. Il y a quelques mois, des miliciens l’ont déshabillée complètement et l’ont violée plusieurs fois. Comme dans le cas de Moyana, les auteurs lui ont dit qu’ils la pénalisaient parce qu’elle soutient le parti de l’opposition.
Les témoignages de Moyana et de Makore ne sont que deux de nombreux récits des femmes des zones rurales du Zimbabwe sur des faits qui se sont produits lors du second tour de l’élection présidentielle sanglante et controversée, organisé en juin dernier. Une femme de l’est du Zimbabwe s’est vu retirer par un médecin 250 millilitres de sperme après avoir été collectivement violée pendant trois jours. Des histoires de milices brutales violant de jeunes femmes et des dames suffisamment âgées pour être leurs mères et brûlant les maisons des supporters de MDC, sont en train d’être enregistrées par un groupe de femmes activistes des droits qui veulent traduire les auteurs en justice à la Cour pénale internationale (CPI). Jusque-là, seul un homme a été emprisonné pour les viols commis au cours de ces derniers mois. Il a été condamné à 22 ans à Masvingo, une ville du sud-ouest du Zimbabwe.
Betty Makoni, une activiste zimbabwéenne bien connue, a récemment formé l’Association des victimes de viol au Zimbabwe (Zimbabwe Rape Survivors Association, ZRPS), une organisation qui enregistre les cas de viols de femmes, motivés par la politique. Elle fait aussi pression en faveur d’une justice légale et réhabilite des victimes de viol dans une maison sécurisée au Botswana voisin, puisque beaucoup de femmes, en dehors de la crainte d’être châtiées, ont trop peur de témoigner au Zimbabwe.
“Beaucoup de femmes ont été attaquées physiquement, mais ont également souffert de dommages psychologiques”, indique Makoni. “Les femmes sont très traumatisées et, ce qui aggrave les choses, sont exclues par des communautés locales”.
“Les cas sont pour la plupart liés à une persécution politique systématique. Des témoignages des femmes révèlent comment des chefs de l’armée et des milices de la ZANU-PF se sont délibérément embarqués dans une campagne contre les supporters du MDC. Nous parlons ici des violences soutenues par l’Etat”, a-t-elle ajouté. La ZRPS coopère avec une équipe d’avocats de l’organisation de plaidoyer pour un Monde sans SIDA (AIDS-Free World), basée aux Etats-Unis pour collecter des preuves et rechercher un recours juridique à travers des tribunaux internationaux ou régionaux. Makoni a affirmé que la ZRPS poursuivrait les cas devant des tribunaux hors du Zimbabwe, parce que le système juridique du pays ne dispose pas d’une tradition des cas de violation des droits humains jugés de manière transparente. “Jusqu’à présent, nous avons assisté quelque 150 victimes de viol, dont 20 nous ont donné des preuves pour nos déclarations écrites sous serment. Nous faisons des efforts pour amener tous les coupables devant la justice”, a indiqué Makoni, révélant que déjà 180 hommes, notamment des officiers de l’armée, ont été listés comme des mis en cause devant la justice. La co-directrice de Monde sans SIDA, Paula Donovan, a déclaré à IPS qu’elle croit que la nature systématique et très répandue des viols en fera une forte plainte à la cour, même si le Zimbabwe n’est pas partie au Statut de Rome de la CPI, qui juge des personnes accusées de crimes contre l’humanité. “Ce qui est clair maintenant est qu’une telle nature très répandue des violences sexuelles constitue des crimes contre l’humanité. Nous savons que le Zimbabwe n’est pas signataire de la Convention de la Cour pénale internationale, alors [si ces cas ne peuvent pas être jugés par la CPI], il existe plusieurs voies pour les poursuivre, par exemple, en obtenant un renvoi du Conseil de sécurité des Nations Unies”, a expliqué Donovan.
Si le Conseil de sécurité des Nations Unies accepte par un vote unanime que les cas sont graves, il ouvrira les portes pour que des officiels du gouvernement zimbabwéen soient poursuivis, sauf pour le président du pays, qui jouit de l’immunité. Les accusés peuvent être inculpés sous une juridiction universelle, régionale des Etats parties au traité international des crimes contre l’humanité.
Dovonan estime qu’une autre option est d’amener les cas devant la Cour africaine pour les droits de l’Homme et des peuples, bien qu’il soit inquiétant que la cour n’ait jugé aucun cas pendant les dix ans depuis sa création. Une autre pierre d’achoppement est que seuls 24 des 53 pays membres de l’Union africaine ont ratifié le protocole créant la cour en 1998. Des groupes de défense des droits condamnent la bureaucratie et le manque de volonté politique à cause du retard dans le domaine de la justice. “Il est regrettable que les procédures de justice soient lentes, mais les femmes veulent que leurs cas soient jugés, quel que soit ce que cela coûte”, a affirmé Dovonan.
Des activistes disent qu’il est crucial que les cas soient amenés devant les tribunaux afin que les droits des femmes puissent être rétablis dans un pays qui s’est engagé à l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD 3), qui vise l’instauration de l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes.
Netsai Mushonga, coordinatrice de la Coalition des femmes du Zimbabwe a indiqué que les violences faites aux femmes et soutenues par l’Etat n’encouragent pas les efforts du Zimbabwe vers l’autonomisation des femmes. “Ce qui se passe dans notre pays est un mépris total des femmes. Nos dirigeants [qui ont soutenu des violences faites aux femmes] devraient être réprimandés”, a-t-elle souligné.
Les plaintes des organisations zimbabwéennes de défense des droits ont obtenu le soutien de nombreux organismes internationaux des droits humains. En octobre, 'Amnesty International' a appelé à la poursuite judiciaire de tous les auteurs des violences soutenues par l’Etat au Zimbabwe, se lamentant que les violations des droits humains s’accentuent avec l’impunité. Un autre observateur des droits de l’Homme, 'Human Rights Watch', a rapporté que des violences sporadiques augmentaient à la suite de l’impasse dans l’installation du gouvernement d’unité entre la ZANU-PF et le MDC. * (Ce sont des noms d’emprunt).

