POLITIQUE-RD CONGO: Les négociations entre gouvernement et CNDP reportées en janvier

KINSHASA, 23 déc (IPS) – Les négociations directes entre le gouvernement congolais et le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP de Laurent Nkunda) ont achoppé, le 20 décembre, sur le refus du chef rebelle de signer l'acte de prolongation de la cessation des hostilités dans la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Seule la délégation gouvernementale, dirigée par Raymond Tshibanda, ministre congolais de la Coopération internationale, a signé l'acte présenté par la facilitation «dans le but de permettre l'acheminement de l'aide humanitaire aux victimes et déplacés internes, de promouvoir le dialogue, de recréer un climat de confiance entre parties et d'assurer la suite des négociations dans un climat plus apaisé» a partir du 7 janvier 2009, comme convenu par les parties. Ces informations ont été données dans un communiqué lu, à la fin de la journée du 20 décembre, par Benjamin Mkapa, ancien président tanzanien et adjoint de l’ex-président nigérian président Olusegun Obasanjo, envoyé spécial et médiateur de l'ONU dans les négociations tenues à Nairobi, au Kenya. La facilitation, renforcée par la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC), saisie de l'abstention du CNDP, considère qu'elle n’est pas fondée puisqu'il l'a basée sur des allégations selon lesquelles «ses positions auraient été attaquées par les FARDC (Forces armées de la RDC) sans que la facilitation ait pensé à condamner le fait», alors même que les résultats de l'enquête indépendante, recommandée par la facilitation sur ces allégations, n'ont pas confirmé les faits, selon le communiqué lu par Mkapa.

Bertrand Bisimwa, porte-parole du CNDP est revenu sur cette justification, estimant cette fois que le refus de signer tient au fait que «le texte présenté par la médiation était une proposition et non une imposition». Lors de la suspension des travaux le 12 décembre, son mouvement accusait la facilitation «d'être partiale en faveur du gouvernement».

Certains analystes estiment que le CNDP n'a ni l'autonomie politique ni la volonté de signer l'acte puisqu'il ne peut s'affirmer en dehors du pouvoir de Kigali, au Rwanda, et ne cesse de poser des conditions, faisant des accusations dilatoires. Par exemple, le week-end dernier, le CNDP exigeait de la facilitation qu’elle convoque les présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale de la RDC et de les faire participer aux négociations qui devraient porter également, selon lui, sur les récents contrats miniers récemment signés entre la RDC et un groupe d'entreprises chinoises. Cette condition n'a pas été suivie d'effets puisque la facilitation s’est déclarée incompétente «sur des questions non en rapport avec la résolution du conflit armé et la situation humanitaire des déplacés de guerre et des réfugiés».

La délégation du CNDP est composée de quatre membres qui semblent tous être à la solde du Rwanda, selon un haut cadre congolais de la Coordination nationale pour la conférence internationale sur la région des Grands Lacs, présente dans les négociations, qui s'est confié à IPS, mais ayant requis l'anonymat. Il affirme que «cette délégation est incapable de prendre une décision autonome sans avoir à rendre compte à Kigali».

Pour l'Association africaine de défense des droits de l'Homme (ASADHO), basée à Kinshasa, qui fonde encore l'espoir de voir les négociations aboutir à une issue heureuse, les arguments du CNDP relèvent d'un «excès de zèle et ne sont pas fondés à retarder le processus». Jean Keba, directeur chargé de la protection des victimes à l'ASADHO, estime qu'il est temps de contraindre le groupe rebelle. «ASADHO a commencé à documenter des cas de violations graves des droits de l'Homme et prépare son rapport annuel dont il compte se servir pour déposer des plaintes en justice contre notamment le CNDP», a dit Keba à IPS. Selon d'autres Congolais interrogés par IPS, il apparaît que le CNDP monte les enchères pour faire le contrepoids des accusations de violations massives des droits de l'Homme et du droit humanitaire dont il est accablé de la part du gouvernement congolais, des organisations non gouvernementales (ONG) et même des Nations Unies, pendant ces deux derniers mois.

En effet, selon un rapport publié le 8 novembre par l’ONG 'Human Rights Watch', le CNDP s'est rendu coupable du massacre d'au moins 150 civils dans la ville de Kiwanja, à environ 80 kilomètres au nord de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, entre le 4 et le 5 novembre. Le 17 décembre, alors même que les négociations étaient bien en cours à Nairobi, Alain Doss, représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies en RDC, a confirmé «la responsabilité du CNDP dans les massacres de Kiwanja», mais aussi dans des «tracasseries, fouilles systématiques et arrestations arbitraires des civils» en l'invitant à «mettre fin aux nouvelles exactions de Kiwanja».

Quelques jours avant la déclaration de Doss, une commission d'experts, mandatés par le Conseil de sécurité de l’ONU, a confirmé la thèse selon laquelle le CNDP reçoit un appui militaire et logistique du Rwanda pour continuer la guerre à l'est de la RDC.

Saisie par la facilitation, l'Union africaine (UA) semble prendre conscience d'un probable échec des négociations entre le gouvernement congolais et le CNDP. A cet égard, son Conseil de paix et de sécurité, qui est le mécanisme africain de résolution des conflits, examine depuis lundi à Addis Abeba, la question relative à l'insécurité et aux crimes commis dans l'est de la RDC, et en particulier au Nord Kivu, au cours d'une rencontre dirigée par Jean Ping, président de la Commission de l'UA.