BENIN: Dantokpa, un grand marché convoité par des braqueurs

COTONOU, 17 déc (IPS) – Dantokpa, un des plus grands marchés en Afrique subsaharienne, situé en plein cœur de Cotonou, la capitale économique du Bénin, est devenu depuis quelques mois une terre de prédilection pour des bandits de grands chemins.

En sept mois, le marché a été victime de deux braquages sanglants qui se sont soldés en tout par une dizaine de morts et de nombreux blessés graves tandis que deux banques ont été dévalisées avec des centaines de millions de francs CFA emportés. Une situation qui inquiète les commerçants du marché en cette veille des fêtes de fin d’année.

“Je suis très inquiète. C’est du jamais vu”, a confié à IPS, Assiba Sagbo, une vendeuse de boissons au marché Dantokpa. Et sa voisine Joséphine Amoussou ajoute : “Depuis que je vis, c’est la première fois que j’entends des coups de feu”. Elle se référait à la dernière opération menée par un groupe de bandits le 21 novembre au marché Dantokpa, en début de soirée. Le braquage s’est soldé par la mort de six personnes dont un soldat et une vingtaine de blessés graves, selon le ministre de la Santé, Dr Issifou Takpara. Les malfrats ont réussi à emporter près de 400 millions de FCFA (environ 800.000 dollars), après avoir dévalisé les agences des banques Ecobank et Diamond Bank, situées dans le marché, selon le général Mathieu Boni, chef d’état-major des Forces armées béninoises. Les bandits ont utilisé des armes de guerre et des explosifs, a-t-il dit aux journalistes. Malgré la riposte des forces spécialisées de la police avec l’appui des éléments de l’armée, les bandits ont réussi à s’enfuir au terme d’une opération qui a duré environ trois heures. “Il y a des complices au sein de la population”, a affirmé le général Boni. “C’est une organisation à multiples ramifications. Nous sommes victimes d’actes de terrorisme, d’actes de guerre”, a déclaré le commissaire central de police de Cotonou, Constant Sossou, qui n’exclut pas que les malfrats soient venus de l’île de Bakassi, au large du Cameroun. Ce braquage fait suite à celui du 1er avril dernier, dans lequel deux soldats en faction devant les mêmes banques avaient été tués et plusieurs personnes blessées. Pour les usagers du marché ce sont les banques qui attirent les braqueurs. “Nous ne voulons plus de banque dans le marché”, ont protesté vivement les commerçants du marché, au lendemain du braquage du 21 novembre, lors de la visite des ministres de l’Intérieur, et de la Décentralisation, respectivement Armand Zinzindohoué et Alassane Seïdou. Pourtant, d’autres banques se préparent à installer des agences dans le marché. “Il ne faut pas que les usagers du marché se découragent. Il faut qu’ils aient confiance au gouvernement”, a déclaré le ministre de la Décentralisation, autorité de tutelle de la Société de gestion des marchés autonomes (SOGEMA), une structure gouvernementale. “Ce qu’ils (les usagers) disent est justifié, mais il faut prendre le temps pour trouver des solutions idoines’’, a indiqué Joseph Tamègnon, directeur général de la SOGEMA.

Malgré l’assurance des autorités, les usagers du marché vivent avec la peur au ventre. “Dès 17 heures, je demande aux enfants de ranger les marchandises pour rentrer à temps”, a confié à IPS, Cherifath Océni, une vendeuse de bijoux et de chaussures.

Ses craintes sont d’autant plus fondées qu’une rumeur circule depuis quelques jours dans le marché faisant état de ce que les braqueurs ont promis de revenir une troisième fois avant les fêtes de fin d’année. Le sentiment de peur n’a pas épargné les commerçants étrangers sur le marché Dantonkpa qui a une activité internationale. Le braquage s’est produit au moment où beaucoup de commerçants d’Afrique centrale viennent faire des achats pour les fêtes de Noël et de Nouvel An. Mais, aucune perte en vies humaines n’a été enregistrée parmi les étrangers, selon la police. “C’est un incident déplorable. Ce sont des choses qui arrivent partout”, a déclaré à IPS Jean-Claude Baboté, un commerçant congolais installé au Bénin depuis 28 ans, et qui fait le commerce entre les deux pays. “Ce n’est pas pour cela que les étrangers vont cesser de faire le commerce avec le Bénin”. “J’espère que les autorités ont pris des mesures pour que cet incident ne se reproduise plus”, a indiqué Baboté, ajoutant que près de 2.000 à 3.000 commerçants congolais fréquentent le marché Dantokpa chaque semaine.

Avant l’installation des banques dans le marché, les commerçants étaient victimes de quelques pickpockets qui les dépossédaient de leur porte-monnaie. Mais ces dernières années, le banditisme a pris une autre ampleur plus inquiétante, selon des usagers. Le banditisme s’est accentué depuis quelques mois dans les marchés et places publiques de Cotonou avec la flambée des prix des produits de première nécessité. Même dans les quartiers, les habitants sont terrorisés par des bandits. Deux voleurs de motos ont été battus à mort par la population, le 25 novembre à Akpakpa-Sènandé, un quartier situé à quelques kilomètres du marché Dantokpa. Face à l’insécurité grandissante dans la ville, le ministère de l’Intérieur a déclenché des opérations pour traquer les bandits en cette période de fin d’année. L’opération menée au cours de la première quinzaine de novembre a permis à la police d’arrêter plus d’une centaine d’individus suspects à Zongo, Agontinkon et Fidjrossè, des quartiers de Cotonou, réputés comme des refuges de bandits. Selon le commissaire central de police, ces assauts seront permanents pour permettre à la population de fêter dans la quiétude. “Le ministre en charge de la sécurité nous a donné des instructions fermes pour sécuriser la ville”, a déclaré le commissaire Sossou à IPS. “C’est pourquoi depuis un certain temps, des patrouilles sont organisées de jour comme de nuit, et des ghettos sont détruits et leurs occupants traqués”, a-t-il ajouté. Dantokpa est le marché central de Cotonou où on trouve tout à acheter. Ce grand centre commercial s’étend sur environ 18 hectares et compte 15.000 places assises, indique à IPS, Edouard Konfo, commissaire de police de Dantokpa. Ses abords sont squattés par des commerçants du secteur informel, qui occupent l’espace avec des marchandises diverses, empêchant une circulation fluide dans les rues du marché.

Mais la présence d’un commissariat spécial de police, installé à côté du marché, est loin d’assurer la sécurité du centre commercial contre les braquages. Des milliers de commerçants s’y côtoient quotidiennement. Le marché attire également des commerçants de plusieurs pays : Nigeria, Togo, Niger, Cameroun, Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire, Ghana, Burkina Faso, Congo, République démocratique du Congo, Angola, Centrafrique, Tchad, Guinée équatoriale et d’autres encore.