ADDIS ABEBA, 29 nov (IPS) – “Investir dans les femmes est payant. C'est un moyen efficace de réduire la pauvreté et d'accélérer la réalisation du reste des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)”, déclare le ministre danois de la Coopération pour le Développement Ulla Tørnæs.
Les statistiques de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques, un organisme international qui aide les gouvernements dans le domaine du développement, indiquent que ses décaissements pour l'égalité de genre dans les pays en développement étaient trois fois plus élevés en 2006 qu'en 2002, passant de 2,5 milliards de dollars à 7,2 milliards de dollars. L'idée selon laquelle les organisations de femmes à la base sont des moteurs de changement dans la communauté en Afrique a été entendue à plusieurs reprises lors du Forum sur le développement de l'Afrique (FDA), qui vient de s'achever à Addis Abeba. Mais ces organisations demandent “Où est l'argent?” La plupart des participants au FDA VI affirment que les fonds restent insignifiants et négligeables, voire même introuvables. “Je suis certaine que vous serez d'accord avec moi sur le fait qu'il y a des éléphants blancs et qu'une somme importante d'argent va là où elle ne devrait pas aller”, a déclaré Laeticia Mukurasi, spécialiste en chef des questions de genre à la Banque africaine de développement. Le continent a perdu plus de 140 milliards de dollars à cause de la corruption, selon Transparency International, un veilleur anti-corruption. “C'est notre devoir de trouver l'argent. Avec la volonté politique, et si nous identifions les bonnes priorités, nous pouvons trouver de l'argent pour rehausser le statut des femmes dans toutes les sphères”, a indiqué Ngarmbatina Soukate, ministre tchadien de l'Action sociale, de la Solidarité nationale et de la Famille. C'est cette volonté politique qui est essentielle pour la mise en œuvre des engagements qui font la promotion d'une participation égale des femmes et des hommes à la vie politique. Au nombre de ces engagements, il y la Déclaration solennelle sur l'égalité de genre en Afrique, réaffirmée par l'Union africaine (UA) en 2004, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes et le Plan d'action de Beijing. Aux termes de ces instruments, il est fait obligation aux gouvernements d'inclure les perspectives de genre dans tous leurs processus de développement, y compris des mesures visant à assurer la participation accrue des femmes dans toutes les sphères. Bien qu'ayant pris ces engagements il y a 13 ans, la plupart des pays du continent continuent d'être à la traîne pour la représentation des femmes au niveau de la prise de décision. La situation est en grande partie perpétuée par le manque d'argent pour permettre aux femmes de faire campagne pendant les élections, étant donné que la politique est une affaire qui coûte chère. Les statistiques des Nations Unies pour cette année indiquent que malgré quelques améliorations dans la part des sièges qui reviennent aux femmes dans les parlements nationaux, la moyenne en Afrique subsaharienne est de 16 pour cent, ce qui est largement en deçà des 30 pour cent de quota escompté d'ici à 2015. Avec la tendance actuelle, selon l'ONU, il faudra aux femmes 40 ans pour obtenir 40 pour cent de représentation au parlement. Le Rwanda mérite des éloges Le Rwanda a été félicité pour avoir réussi à obtenir 50 pour cent de femmes au parlement, devenant le premier pays en Afrique à atteindre un tel niveau. “Le Rwanda a démontré qu'avec un cadre légal approprié faisant la promotion de la participation des femmes, et la volonté politique, on peut réaliser la parité de genre au parlement”, a déclaré Bience Gawanas, commissaire de l'UA pour les affaires sociales. La constitution du pays stipule qu'il faut 30 pour cent de femmes à tous les niveaux de prise de décision. En outre, la loi électorale réserve 30 postes aux femmes et il y a des ressources pour aider les femmes à faire campagne lors des élections, selon Odette Nyiramilimo, membre de l'Assemblée législative de l'Afrique de l'est et ancienne députée rwandaise.
Dans un entretien avec IPS, elle a affirmé : “Nous avons vu beaucoup de transformations avec l'augmentation du nombre de femmes au parlement. Les vies des femmes dans la communauté ont changé parce que nous sommes en mesure de rédiger des lois qui améliorent le bien-être des femmes”. “Au moins une fois par mois, chaque femme parlementaire doit se rendre dans sa circonscription électorale et parler de santé de la reproduction, informant les femmes des villages des avantages qu'il y a à accoucher dans des centres médicaux et à utiliser des contraceptifs modernes”, dit-elle. “De telles activités ont conduit à une augmentation du pourcentage des accouchements dans les hôpitaux, de 28 pour cent en 2003 à plus de 40 pour cent en 2007, ainsi qu'à une augmentation de l'utilisation des contraceptifs de 10 à 38 pour cent la même année”. Le Fonds de développement des Nations Unies pour les Femmes (UNIFEM) convient que le fait d'avoir un nombre plus élevé de femmes au parlement contribue à susciter des attentions plus soutenues autour des problèmes qui affectent les femmes. Son rapport, 'Progrès des femmes du monde 2008/2009, qui répond aux femmes', indique que “Les femmes apportent des points de vue, des perspectives et des talents différents à la politique et elles accordent la priorité aux questions qui préoccupent les femmes”. Le document, lancé à la réunion du 20 novembre, demande à la communauté des bailleurs de fonds de remplir sa part du contrat en intensifiant l'aide pour propulser plus de femmes en Afrique aux postes de prise de décision.

