DEVELOPPEMENT: Après Accra, certaines mesures

LONDRES, 28 nov (IPS) – Ce n'est pas toujours une surprise agréable pour les cyniques de les attendre, mais il existe des signes qui montrent que le Programme d'action d'Accra pourrait être en train de conduire au démarrage de certaines mesures sur l'égalité de genre dans le domaine de l'aide.

Le Programme d'action d'Accra (AAA), convenu dans la capitale ghanéenne Accra le 24 septembre lors du troisième Forum de haut niveau sur l'efficacité de l'aide, a fait un bon qualitatif dans la marche vers la visibilité de l'égalité de genre dans des programmes d'aide. “L'égalité de genre, le respect des droits humains et la durabilité de l'environnement sont les pierres angulaires de la réalisation d'un impact durable sur les vies et le potentiel des femmes, des hommes et des enfants pauvres”, indique le plan d'action convenu par près de 200 gouvernements, organisations de la société civile et institutions de développement. “Il est vital que toutes nos politiques abordent ce problème de manière plus systématique et plus cohérente”. La Commission européenne, la branche exécutive de l'UE, a mené tout au moins certaines démarches dans ce sens, déclare Letty Chiwara, directrice des programmes interrégionaux au siège du Fonds de développement des Nations Unies pour les femmes (UNIFEM) à New York. “Après Accra, je vois que la CE est actuellement en train de travailler sur un plan d'action pour mettre en œuvre le Programme d'action d'Accra, ils ont soumis le plan à l'unité chargée du genre”, a indiqué Chiwara à IPS dans un entretien au téléphone depuis Bruxelles. “Donc, je vois chez les gens de la CE un engagement pour ce programme, pour s'assurer que le plan d'Accra se traduit en action à l'échelle des pays. “Je vois également que la CE fait actuellement beaucoup de travail pour améliorer les capacités d'analyse des principales questions liées au genre. Ils renforcent la capacité du service d'assistance pour le genre afin d'assurer la formation et de mettre des outils à la disposition du personnel, et aussi dans ce partenariat en termes de programmation de la CE au niveau des pays. Je vois un véritable changement ici”, ajoute-t-elle. Le partenariat CE/ONU sur l'égalité de genre pour le développement et la paix est un programme conjoint de la CE, de l'UNIFEM, et du Centre international de formation de l'Organisation international du travail (CIF/OIT). Certains changements peuvent être remarqués sur le terrain, ou comme dans ce cas, sur la route, au Cameroun, indique Chiwara. Les femmes ont été amenées à négocier un projet de route de plusieurs millions de dollars, a-t-elle dit. Elles ont pris en compte ce que cela pourrait signifier pour le déplacement et pour l'accès aux écoles, aux centres de santé et aux installations commerciales, a souligné Chiwara. “Elles ont exprimé plusieurs préoccupations qui devraient influencer la conception de cette route, c'est donc là l'une des questions que nous examinons”. La conférence a également amené à se pencher sur l'emploi des femmes dans le projet. “Nous avons examiné toutes ces choses et elles sont toutes en train d'être prises en compte dans la conception du programme de cette infrastructure”. Au sein de la CE, les départements de prise de décision commencent à revoir leurs programmes d'aide, a-t-elle dit. Mais, il reste du chemin à parcourir et pas seulement au Cameroun. Les considérations de genre dans ce projet peuvent avoir été renforcées après Accra, mais dans une plus large mesure, “ce processus mettra du temps pour se traduire en changement véritable pour les femmes et les hommes au niveau local”, reconnaît Chiwara.

La CE elle-même doit faire beaucoup plus, dit-elle. “Je pense que la CE doit véritablement institutionnaliser la responsabilité pour l'égalité de genre au niveau de toutes ses délégations. Maintenant, c'est comme si on a le choix de le faire ou de ne pas le faire, et il n'y a aucun problème”, indique-t-elle. “Mais, je pense qu'il nous faut les voir introduire, dans leur cadre d'évaluation de la performance, certains indicateurs très forts et certains mécanismes de suivi très forts pour s'assurer que chaque délégation peut prouver qu'elle fait réellement quelque chose pour l'égalité de genre”, ajoute-t-elle. Il existe de nouveaux dangers pour cet engagement. “Notre vitesse d'avancement est actuellement affectée par la crise financière mondiale, et au sein de la CE elle-même, cela détourne l'attention sur ce qu'on appelle actuellement les défis de développement plus importants que le défi de l'égalité de genre”.