YAOUNDE, 28 nov (IPS) – Elizabeth Tamajong mène avec ardeur un combat politique qui lui vaut d'être, depuis deux ans, la première femme à occuper le poste de secrétaire général dans un parti politique au Cameroun.
“La politique n'est pas une chose facile. Surtout au Cameroun, un opposant est considéré comme un ennemi et non pas comme un partenaire du développement”, déclare Tamajong à IPS.
Tamajong milite dans le 'Social Democratic Front' (SDF), le principal parti d'opposition dans ce pays d'Afrique centrale.
“Ce n'est pas un crime que quelqu'un milite dans l'opposition. Ce n'est pas parce que je suis membre de l'opposition que je suis contre le gouvernement. Je critique simplement ce qui n'est pas bien”, ajoute-t-elle.
Il faut ajouter, à cette explication, la marginalisation générale des femmes dans la politique. Selon le rapport sur le Progrès des femmes 2008, du Fonds de développement des Nations Unies pour les femmes (UNIFEM), le Cameroun compte 11 pour cent de ministres femmes et, avec 14 pour cent de femmes au parlement, il est en dessus de la moyenne pour l'Afrique subsaharienne de 17 pour cent.
Sur les 180 députés de l'Assemblée nationale, élue en 2007, seulement 25 sont des femmes. Le SDF compte 15 députés, dont une femme. Cinq femmes sont ministres au sein d'un gouvernement qui comprend une soixantaine de membres. De même, 18 femmes sont maires sur un total de 360.
“C'est la même chose au SDF. Parce que je suis une femme, il y a des hommes qui pensent que je ne mérite pas le poste. Je dois beaucoup me battre pour m'imposer”, indique Tamajong à IPS.
Une vie de combat Tamajong, 50 ans, raconte que son engagement dans l'opposition au régime de longue durée du président Paul Biya (au pouvoir depuis 1982) date de 1990, à la suite de l'avènement du pluralisme politique. Le 3 novembre 1993, Tamajong était enceinte de trois mois quand son mari, elle-même et d'autres responsables de l'opposition ont été détenus pendant douze heures et demie à la police à Yaoundé la capitale camerounaise, à la suite d'une manifestation interdite.
Elle puise sa force dans le soutien de son mari, Paul Tamajong, qu'elle qualifie d'”exceptionnel”. C'est un ingénieur de génie civil “volontairement retraité à cause de la discrimination dont il souffrait également en tant que mon mari”, explique-t-elle.
Mère de trois enfants dont des jumeaux de 12 ans, Tamajong aime faire la marche et se consacrer à sa famille pendant le week-end.
Ancienne enseignante de l'Université de Yaoundé I et de l'Ecole normale supérieure, Tamajong compte quatre livres et plus de 20 articles publiés sur l'éducation. Depuis 2004, elle dirige l'Institut national de l'éducation à Yaoundé.
Dans son entourage, elle est surnommée “dame de fer”, en référence à son caractère rigoureux et sévère, ce qui ne lui vaut pas que des fleurs : “Certains me demandent si je suis réellement une femme”, dit-elle. Sa collègue Anne Anembong Munjo, chargée de la communication au SDF, affirme que c'est “une femme intelligente, aimable, généreuse et rassembleuse”. Mais en même temps, “elle est stricte et franche. On avait un secrétaire général qui faisait tout seul. Mme Tamajong travaille plutôt en collaboration avec ses adjoints”, ajoute Anembong Munjo.
Issa Tchiroma Bakary, président du Front national pour le salut du peuple, un parti politique d'opposition, estime que “c'est une femme de caractère qui mérite son poste et devrait servir de modèle aux autres femmes”. Avant d'être élue secrétaire général du SDF, Tamajong a gravi les échelons du parti dans sa province natale, à Bamenda, et aux niveaux régional et central, ce qui lui apporte une connaissance approfondie de la formation et des mécanismes politiques.
Pour une meilleure participation des femmes au fonctionnement du parti, Tamajong organise depuis 2007 un séminaire national annuel de renforcement de leurs capacités. Elle a des ambitions pour les jeunes, les femmes, et pour elle-même.
“Pourquoi ne pourrais-je pas devenir Premier ministre, et même président de la République?”, demande-t-elle.

