BAMAKO, 25 nov (IPS) – Des spécialistes et activistes de la santé ont sérieusement critiqué les gouvernements africains pour le fait qu'ils n'impliquent pas les organisations de la société civile (OSC) dans la recherche sur la santé et l'élaboration des politiques sanitaires.
Les gouvernements ont tendance à percevoir les OSC comme une menace parce qu'elles sont indépendantes, souvent critiques à leur égard et considèrent que leur rôle est d'obliger le gouvernement à rendre compte, ont déclaré des activistes de la santé lors d'un Forum ministériel international pour la recherche sur la santé, organisé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Bamako, au Mali, la semaine dernière. Par conséquent, beaucoup de gouvernements ignorent les appels pour la participation du public. “La voix des sociétés civiles fait défaut dans la recherche en matière de santé”, a indiqué Thelma Narayan, consultante en santé publique au Centre pour la santé publique et l'équité en Inde. Sans inclusion des OSC, les efforts des gouvernements africains visant à mettre en place des systèmes sanitaires durables échoueraient, a-t-elle dit. Travailler avec les OSC contribue énormément à rendre la recherche pertinente pour les communautés. Avec des partenariats accrus entre les chercheurs, les gouvernements et les OSC, on pourrait faire avancer les programmes de santé de manière plus efficace et plus équitable”, a ajouté Narayan. Les activistes de la santé croient que les OSC peuvent accroître les aptitudes et les capacités des chercheurs et des systèmes locaux. Les OSC sont également bien placées pour traduire la recherche en action. En Afrique du Sud par exemple, le groupe activiste Campagne d'action pour le traitement (TAC) a montré l'impact que les OSC peuvent avoir sur les programmes de recherche lorsqu'il a fait pression sur le gouvernement sud-africain pour qu'il arrête son programme pilote de recherche douteux d'un point de vue éthique sur la nevirapine chez les mères enceintes séropositives dans des sites choisis en 2004, obligeant ainsi le ministère de la Santé à fournir les médicaments au mères enceintes séropositives dans tout le pays. En outre, la société civile peut jouer un rôle crucial dans la communication de la recherche aux communautés tout en s'assurant dans le même temps que les chercheurs sont au parfum des besoins et des luttes des communautés Par conséquent, la société civile devrait informer et être impliquée à tous les niveaux du processus de recherche sur la santé, y compris la conception de la recherche, l'identification des problèmes de santé, la collecte des données, l'analyse des résultats et le plaidoyer, a déclaré Samuel Anya, directeur adjoint du Centre de recherche sur la santé publique et le développement (PHRDC) en Gambie. “Les OSC sont dans une position idéale leur permettant d'identifier les fossés entre la recherche, la politique et la mise en œuvre [parce qu'elles travaillent en étroite collaboration avec les communautés sur le terrain]”. “Nous avons besoin d'un processus véritablement participatif. La recherche doit être ramenée plus proche des communautés, et il ne doit y avoir aucun symbolisme”, a-t-il ajouté, faisant allusion aux gouvernements qui acceptent les consultations publiques avec la société civile, mais plus tard, ignorent les contributions de cette dernière lors de l'élaboration des politiques sanitaires. Selon Shyama Kuruvilla, chercheur à l'Institut de développement d'Outre-Mer (ODI) basé à Londres, les gouvernements, notamment dans les pays à ressources limitées, peuvent bénéficier de la participation des OSC dans les prises de décision pour ce qui est notamment des obligations juridiques et des droits humains y afférents. “Les déterminants de grande portée de la santé et du développement sociétal exigent la collaboration entre une gamme d'acteurs sociaux […] et de secteurs dans la les prises de décision”, a indiqué Kuruvilla, ajoutant qu'une bonne partie du contenu de la reforme de la politique sanitaire est mal orientée et ne prend pas en compte des acteurs, tels que les OSC, qu'il pourrait être utile d'impliquer dans la réforme de la politique et qui pourraient informer le contexte dans lequel la politique est élaborée. “Les OSC sont indispensables pour le succès de la mise en œuvre de la recherche et des politiques”, notamment au niveau de la base, a admis Ayo Palmer, directrice du PHRDC. Toutefois, dans bon nombre de pays africains, la recherche, les prises de décision et les initiatives de la société civile sont restées des secteurs séparés de la société. “La préoccupation majeure est que dans la plupart des pays, on ne sait pas comment la recherche se traduit en politiques”, a-t-elle dit. Il était également important que les pays prennent le contrôle de leur propre recherche, plutôt que de se fonder sur des études internationales, pour avoir des résultats et des recommandations qui peuvent être mis en œuvre sur le plan local. Les spécialistes de la santé sont unanimes à reconnaître que pour que les systèmes de santé et de recherche soient durables à long terme, ils doivent être propres aux pays. “Nous devons renforcer les capacités locales en matière de recherche sur la santé, les OSC s'assurant que les gouvernements tiennent les promesses qu'ils font et obligeant les gouvernements à agir”, a souligné Sam Kinyanjui, chargé de la formation à l'Institut kényan de recherche médicale. “Jusqu'à présent, l'Afrique a le plus fort taux de maladies infectieuses, mais la plus faible capacité” en matière de [recherche sur la santé]. Malheureusement, les gouvernements africains continuent de se baser sur la recherche internationale pour prendre des décisions sur la façon de construire et d'améliorer leurs systèmes sanitaires. “Les gouvernements africains allouent moins de 10 pour cent de leurs budgets à la recherche sur la santé et ont tendance à ne pas respecter bon nombre d'engagements [nationaux et internationaux] qu'ils prennent car ces engagements ne les lient pas juridiquement”, s'est lamentée Ruth Oniang'o, fondatrice de “Rural Outreach Programme” au Kenya. En outre, le public n'était pas souvent assez informé sur les initiatives de recherche et il n'y avait pas assez de transparence par rapport aux dépenses et aux objectifs qui devraient être atteints. “Le gouvernement s'intéresse trop peu à la participation du public et les contributions de la société civile sont souvent ignorées”, a-t-elle dit.

