DAKAR, 31 oct (IPS) – Les Nations Unies, depuis les années 1970, ont recommandé aux pays riches d'octroyer chaque année 0,7 pour cent de leur produit intérieur brut aux pays en développement, mais à peine cinq pays industrialisés ont atteint ce pourcentage de l'aide publique au développement (APD).
Les cinq pays industrialisés sont le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas, la Suède et récemment le Luxembourg.
En outre, les processus de déboursement constituent des obstacles à cause de la lenteur et des faibles taux de décaissements pour les pays moins avancés (PMA), selon des informations recueillies des travaux d'une conférence internationale de deux jours sur l'efficacité l'aide au développement, organisée mercredi et jeudi à Dakar, la capitale sénégalaise. Les sources de la lenteur dans les accroissements des financements extérieurs destinés aux pays en développement, les procédures des partenaires extérieurs et les faibles taux d'investissements destinés aux infrastructures socio-économiques ont été les points essentiels de discussion au cours de la rencontre. Par ailleurs, les participants ont évoqué la question de l'efficacité de l'aide au développement. La rencontre est co-organisée par la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI) et le gouvernement du Sénégal. L'objectif était de contribuer à la réflexion sur l'efficacité de l'aide publique au développement, éclairer la question des obstacles à l'absorption d'une aide accrue, et améliorer les procédures de gestion des aides et programmes de développement. Selon l'une des conclusions de la rencontre, les pays en développement ont besoin d'aide, mais la lenteur dans les déboursements des financements ne fera que les rendre plus pauvres. Il est important, indique-t-elle, que les pays reçoivent rapidement les fonds annoncés dans les multiples engagements pris par les bailleurs et partenaires de l'Afrique. Les participants à la conférence sont venus de plusieurs pays d'Afrique, d'Europe et d'Asie, des institutions multilatérales comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire internationale, la Banque africaine de développement (BAD), la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), et l'Union européenne. Les experts des institutions financières internationales estiment que les promesses issues de la conférence internationale sur le financement et le développement de Monterrey, au Mexique, en 2002, tardent à se concrétiser. Au cours de ces cinq dernières années, ajoutent-t-ils, l'APD a enregistré une hausse, puis a marqué un tassement avant de rester à des niveaux largement en deçà de 50 milliards de dollars supplémentaires par an nécessaires pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ces constats, soulignent les organisateurs, nécessitent une réflexion d'ensemble impliquant à la fois les partenaires au développement et les pays récipiendaires de l'aide, en vue d'aboutir à des solutions consensuelles et pragmatiques. Ce qui, à leurs avis, permet de mobiliser et d'utiliser les ressources extérieures dans les délais compatibles avec les urgences et les priorités, tout en garantissant l'efficacité, la transparence et la bonne gouvernance. Patrick Guillaumont, président du FERDI, estime que la crise qui secoue actuellement le monde, ne manquera pas de toucher l'Afrique qui affiche un taux de croissance de 5,7 pour cent, indiquant que la rapidité des décaissements sera une condition d'efficacité de l'aide. “L'Afrique va être confrontée aux conséquences dans les mois à venir, notamment la récession qui sévit dans les pays européens, en particulier dans les PMA, avec la chute de leurs importations et l'effondrement de leurs économies du fait de leur vulnérabilité”, a-t-il expliqué à IPS. Le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, qui a participé à la rencontre, a confirmé qu'il y a eu trop d'engagements non respectés par les partenaires depuis 2000. Il a déclaré que les Africains n'ont pas de stratégies, mais des options suivant les besoins et que les bailleurs qui prennent des engagements devraient les assortir de disponibilité de fonds. C'est, selon lui, la seule façon de lutter contre la pauvreté, qu'il ne faut pas réduire, mais éradiquer. “Le décaissement suppose la disponibilité des fonds, or, j'ai l'impression que les pays développés s'engagent sans que les fonds ne soient disponibles. Aussi, les délais requis par les partenaires financiers et les engagements de décaissements de fonds, sont trop longs. Si l'on veut rendre l'aide efficace, il faut raccourcir les délais”, a-t-il indiqué à IPS. Selon Obiageli Ezekwesili, vice-présidente de la Banque mondiale pour la région de l'Afrique, il faut une volonté politique tant des partenaires que des gouvernements africains pour renforcer le partenariat en vue de trouver des solutions innovantes pour une aide efficace. “La Banque mondiale est prête à mettre en œuvre des programmes dont l'objectif est d'améliorer l'appui au développement. L'aide est aussi opportune que le commerce, d'où la nécessité de réformes économiques profondes et de renforcement des efforts en faveur des micro-entreprises des femmes”, a-t-elle affirmé. Pour Abdoulaye Bio Tchané, président de la BOAD, la faiblesse des taux de décaissements est liée aux cadrages macroéconomiques et aux capacités administratives des pays bénéficiaires. “Il est vrai que le déboursement de l'aide est soumis à certaines conditionnalités par les bailleurs, mais il faut revoir les conditionnalités encore existantes”, a-t-il déclaré à IPS. Le ministre sénégalais de l'Economie, Abdoulaye Diop, estime, lui aussi, que l'aide au développement sera encore inefficace si elle n'est pas rapidement fournie aux bénéficiaires. Le transfert des ressources n'est pas le seul problème des PMA qui doivent, selon lui, mettre en place des réformes pour essayer de capter cette aide et de la gérer dans la plus grande transparence.

