POLITIQUE-BENIN: Le président Yayi bafoue l'approche genre dans son gouvernement

COTONOU, 30 oct (IPS) – Le gouvernement formé par le président du Bénin, Boni Yayi, le 22 octobre, ne compte que quatre femmes sur 30 ministres alors que la précédente équipe en comptait six sur 26 ministères, donnant le sentiment que les femmes sont les exclues du changement tant prôné par le nouveau régime.

Deux jours après, le Conseil des ministres a nommé six nouveaux préfets, tous des hommes, alors qu'il y en avait au moins deux femmes dans l'ancienne équipe du commandement de l'administration territoriale. “C'est un recul constant chaque fois qu'il y a formation du gouvernement depuis l'ère du changement. Je suis vraiment désolée”, a déclaré Claire Houngan Ayémona, ex-ministre de la Famille et de la Solidarité, présidente d'une fondation appelée Regard d'amour, basée à Abomey-Calavi, près de Cotonou, la capitale économique béninoise. La représentante résidente du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Edith Gasana, a également fait un constat amer en matière de promotion des femmes dans les instances de prise de décision. “C'est le domaine où le Bénin a moins de chance d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) d'ici à 2015”, a-t-elle déploré. “La situation qui nous est faite aujourd'hui est pire que ce que nous avons connu jusque-là”, a affirmé Rafiatou Karimou, ex-ministre de l'Enseignement primaire et secondaire, et ancienne présidente de l'Organisation des femmes révolutionnaires du Bénin.

Même parmi les hommes, la situation faite aux femmes est également déplorée. “Avec ce remaniement, l'opinion peut se demander ce que le chef de l'Etat pense de la gestion des affaires par les femmes car c'est sous le régime du changement que nous avons eu un homme à la tête de la Cour constitutionnelle qui avait toujours été dirigée par une femme”, a rappelé Maxime Dossa, un activiste de la société civile. Justifiant les portefeuilles ministériels accordés aux femmes, Victor Topanou, le ministre porte-parole du gouvernement, a expliqué aux journalistes que ce n'est pas le nombre qui est le plus important. Mais son argument a été réfuté par Célestine Zanou, candidate malheureuse à l'élection présidentielle de 2006. “Un gouvernement qui fait fi du genre, on n'en a pas besoin. Les femmes de qualité, il y en a dans ce pays”, a ajouté Zanou qui avait été également directrice de cabinet de l'ancien président Mathieu Kérékou. Même dans le camp de la mouvance présidentielle, des voix se sont élevées pour demander au président d'améliorer la situation. “Nous invitons le chef de l'Etat à tenir compte de l'approche genre dans le positionnement des cadres aux postes de responsabilité”, a souligné Benoît Dègla, porte-parole de l'alliance FCBE (Forces cauris pour un Bénin émergent), soutenant les actions du pouvoir en place. “Du pain sur la planche” Au Bénin, les femmes représentent 52 pour cent de la population, selon des statistiques officielles sorties du recensement général de 2002, mais leur situation laisse à désirer dans divers secteurs. A cet égard, Mamadou Dicko, représentant résident du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), a déclaré, lors de la journée des Nations Unies, le 24 octobre : “Aucun pays, aucune nation, historiquement, ne s'est développé en laissant de côté la moitié de sa population”. “On ne peut envisager sérieusement le développement de ce pays en marginalisant près de 52 pour cent de sa population qui, plus est, crée plus de la moitié de la richesse nationale”, a-t-il souligné. Après les élections communales de 2002-2003, trois femmes avaient été élues maires sur 77 communes, contre une seule après les communales de 2008, a-t-il relevé. Les statistiques montrent que beaucoup reste à faire dans ce pays d'Afrique de l'ouest pour intégrer les femmes dans un processus de développement durable et réussi. En matière d'alphabétisation, le taux des femmes est de 31,4 pour cent contre 56,2 pour cent pour les hommes, selon Dicko. Le taux net de scolarisation est de 60 pour cent chez les filles contre 68,4 pour cent chez les garçons, tandis que le secteur de l'enseignement supérieur ne compte que 0,5 pour cent de femmes, a-t-il ajouté. Au sein de la population, on dénombre près de 22,7 pour cent de femmes chefs de ménage tandis que 30 pour cent de besoins en planification familiale ne sont pas satisfaits, a indiqué Dicko, de l'UNFPA. Ces statistiques peu reluisantes ont amené Honorine Attikpa, présidente de l'organisation non gouvernementale Dignité féminine, basée à Cotonou, à déclarer à IPS : “On a du pain sur la planche”. Le gouvernement du Bénin, dans une optique de changement, s'est engagé depuis 2006 dans la lutte contre toutes les formes de discriminations de genre. Mais cet engagement peine à être traduit vigoureusement sur le terrain et dans la réalité. Les femmes ont moins de chances que les hommes d'obtenir des emplois rémunérés de type classique, d'occuper des positions éligibles sur les listes des partis politiques aux différentes élections, d'accéder aux postes des instances de prise de décision. Pourtant, affirme le représentant résident du PNUD, elles sont les “faiseuses de roi” car, ajoute Gasana, aucun homme politique ayant des aspirations locales ou nationales ne peut se passer du soutien et de l'engagement des femmes.

Mais Dossa interpelle les femmes : “Je pense que c'est aux femmes elles-mêmes de se battre pour faire valoir leurs compétences et cette bataille, elles ne pourront la gagner que dans la solidarité. Elles constituent plus de 50 pour cent de la population de notre pays, mais combien de femmes députées envoient-elles à l'Assemblée nationale lors des législatives?”, demande-t-il.

Le nombre de femmes députées est passé de six dans la quatrième législature à neuf dans le parlement actuel. Un progrès timide qui pousse les activistes de l'égalité de genre à revendiquer un quota pour la participation des femmes aux instances de prise de décisions. “Mais le débat sur le quota des femmes dans nos institutions me paraît un vain débat car autant que les hommes, les femmes n'ont pas besoin d'être à l'exécutif pour être utiles et efficaces pour leur pays”, estime Dossa, ajoutant : “Il y a d'autres domaines encore où elles peuvent mieux s'exprimer et s'épanouir”.