ANTANANARIVO, 6 oct (IPS) – Le parfum des champs d'ylang-yang et les plages paradisiaques de Nosy-Be caractérisent la région de Dana, dans le nord de Madagascar. Mais le paysage politique à Dana est aussi extraordinaire que sa géographie : le chef de région est une femme, Anjara Manatsara.
Madagascar dispose de 22 chefs de régions — dont trois femmes — qui sont responsables du développement local et nommés par le Conseil des ministres. Pour Manatsara, la nomination à ce poste depuis deux ans est la réalisation d'une ambition et une réponse envers l'attachement qu'elle a pour sa région. C'est aussi un pas en avant pour la participation des femmes dans la prise des décisions.
“Beaucoup de femmes n'osent franchir le pas et certaines personnes découragent quelques fois la prise de pouvoir des femmes”, affirme Manatsara à IPS.
Actuellement, peu de femmes exercent des fonctions politiques, malgré les efforts du gouvernement malgache à les promouvoir. “La participation des femmes aux postes décisionnaires demeure très faible et ne dépasse pas les 10 pour cent”, explique Ginette Ralimanana, directeur de genre au ministère de la Santé, du Planning familial et de la Protection sociale. Quatre des 21 ministres sont des femmes, tandis qu'au niveau de la commune, 63 femmes sont élues maires sur un total de 1.547.
Au Sénat, on compte cinq femmes sénateurs contre 28 hommes, et onze femmes députées sur les 127 membres de l'Assemblée nationale. Malgré tout, il y a eu des avancées. Le rapport 2007 de l'Union inter-parlementaire (UIP), basée à Genève, note que le nombre des femmes dans le parlement malgache a doublé pendant la dernière élection en 2007.
Le document cadre pour le développement de Madagascar vise à augmenter jusqu'à 30 pour cent la présence des femmes au parlement d'ici à 2012, nommer six femmes ministres et à tripler le nombre des femmes occupant des postes au sein de l'administration et des institutions officielles locales, régionales et nationales.
Pourtant, cet objectif louable du 30 pour cent est dépassé le 29 septembre, quand le chef de l'Etat malgache, Marc Ravalomanana, a signé le Protocole relatif au genre et au développement de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). Ce protocole exige une représentation 50/50 des hommes et des femmes dans les gouvernements des pays de la SADC d'ici à 2015.
“Ce protocole est un instrument juridique pour les pays signataires en faveur de la femme. Il encourage la prise de pouvoir des femmes dans la moitié des postes décisionnaires et postes politiques”, explique Angéla Rabozakandraina, chef du service de la SADC au ministère malgache des Affaires étrangères.
Enfants et maris Le problème se pose de savoir comment réaliser cet objectif de 50/50.
Même avec un mécanisme électoral favorisant les femmes, “On note une certaine réticence de leur part à vouloir occuper un poste politique”, souligne Rabozakandraina. Elle explique que certaines femmes ne font pas confiante à leur compétence et ont peur de s'engager à un poste de grande responsabilité. D'autres préfèrent attendre que leurs enfants soient grands pour le faire. Une enquête sur 'Egalité dans la politique" menée en 2008 par l'UIP parmi 272 membres des parlements dans 110 pays, a constaté que le principal obstacle à la participation des femmes dans la politique est lié à leurs responsabilités conjugales, suivies des préjugés, des perceptions culturelles sur le rôle de la femme, et le manque des ressources financières.
Mère d'un enfant, Manatsara arrive à combiner sa fonction de chef de région et sa vie de famille. “Cela nécessite une planification des tâches. Quand je suis au bureau, j'y consacre mon temps, mais dès que j'arrive à la maison, c'est ma famille qui est prioritaire”, indique-t-elle.
L'appui du mari est une condition nécessaire pour la femme dans des postes décisionnaires, déclare Andréas Monique Esoavelomandroso, ancienne présidente de la Commission de l'océan Indien, nouvellement nommée au poste de médiateur du peuple malgache. “Mon mari reste mon conseiller dans tout ce que je fais. Son soutien m'a beaucoup apporté pour réussir les tâches qui me sont confiées”, dit-t-elle à IPS.
Quota et mérite Néanmoins, Esoavelomandroso estime que les femmes ne doivent pas être promues automatiquement. “Il ne doit pas y avoir un système de quota car les femmes doivent avant tout mériter leurs postes”, souligne-t-elle.
Cette position est soutenue par Lalao Andriamampionona, présidente de la plate-forme de la société civile : “On doit accorder la primauté à la compétence car le quota peut léser, dans la pratique, les hommes. C'est au pays de se pencher sur la question”.
Selon Rabozakandraina, l'action prioritaire n'est pas d'atteindre le même nombre de femmes et d'hommes sur les postes, mais d'éliminer les inégalités de genre à tous les niveaux.
“La promotion de l'égalité entre la fille et le garçon, dès leur naissance, doit être prioritaire”, ajoute-t-elle.

