ACCRA, 4 sep (IPS) – Dans ce qui s'avère être des négociations acharnées entre les pays riches et pauvres, plus de 1.000 délégués de gouvernements et de la société civile se sont réunis dans la capitale ghanéenne lundi pour s'entendre sur les meilleures manières de fournir et de gérer l'aide.
Le troisième Forum de haut niveau (HLF3) sur l'efficacité de l'aide, du 2 au 4 septembre vise à adopter le Programme d'action d'Accra (AAA) pour suivre la Déclaration de Paris de 2005. Le AAA, qui est passé par plusieurs avant-projets, révise la Déclaration de Paris et présente une série de recommandations pour renforcer 'l'appropriation des processus de développement' par les pays recevant l'aide et pour former des partenariats plus efficaces entre les donateurs et les bénéficiaires. "Le HLF3 est un forum important", a déclaré Mary Chenery-Hess, conseillère principale du président ghanéen John Agyekum Kufuor, aux délégués à l'ouverture du forum. "Trois années se sont écoulées depuis que la Déclaration de Paris a été adoptée. Avec ce document, les donateurs se sont engagés à augmenter proportionnellement l'aide tout en promouvant une bonne gestion et la fourniture de l'aide". "Au cours de ces dernières années, certains progrès ont été réalisés, toutefois, ils sont trop lents. Nous devons accroître nos efforts pour atteindre les objectifs et respecter le contenu de la Déclaration de Paris. Nous ne pouvons pas juste en parler, nous devons agir". La rencontre se tient au milieu d'une préoccupation croissante selon laquelle malgré la Déclaration de Paris, l'aide n'a pas pu faire grand-chose dans la pauvreté mondiale. Environ 1,4 milliard de personnes continuent de vivre dans la pauvreté, gagnant moins de 1,25 dollar par jour. En conséquence, il y a une demande croissante pour que les pays donateurs riches délient leur aide, qu'ils la rendent moins dépendante (de l'achat de leurs biens et services), et qu'ils harmonisent leurs politiques souvent contradictoires sur l'aide. Des sources impliquées dans les discussions d'Accra ont affirmé que des pays en développement ont poussé les donateurs à publier des stratégies liées au temps pour délier l'aide, pour réduire les conditionnalités et assurer qu'une assistance technique sera gérée par les pays bénéficiaires. Toutefois, on reconnaît également que certaines aides ont eu un impact positif. "Dans certaines parties de l'Afrique, le nombre de cas de rougeole est réduit de 91 pour cent", a indiqué Ann Veneman, directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l'enfance. "La distribution de moustiquaires imprégnées a augmenté dans diverses régions. Par exemple, le Mozambique a connu une réduction de 65 pour cent de la mortalité maternelle et le taux de mortalité au sein des enfants de moins de cinq ans a baissé de 40 pour cent". Mais la situation dans plusieurs pays en développement demeure critique. "La Déclaration de Paris vise, entre autres, à accroître la qualité de l'aide de même que la fourniture de l'aide. Malheureusement, en 2007, moins de la moitié de l'aide a été distribuée à temps. Ceci doit changer en vue de rendre l'aide plus efficace", a souligné Veneman. Selon le Comité d'aide au développement de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les principaux donateurs du monde ont fourni 103,7 milliards de dollars pour l'aide en 2007, soit une baisse de 8,4 pour cent par rapport à l'année précédente. Oh Joon, vice-ministre sud-coréen des Affaires étrangères et du Commerce, a déclaré que la santé des mères et des enfants devrait être une priorité de l'aide. "De tous les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), l'amélioration de la santé maternelle (traîne) le plus en arrière. Nous devons sauver les femmes en vue de sauver et de protéger nos enfants". Les huit OMD que les 189 Etats membres des Nations Unies ont convenu d'atteindre d'ici à 2015 comprennent la diminution de moitié de l'extrême pauvreté, la réduction de la mortalité infantile, une lutte plus intense contre les maladies telles que le VIH/SIDA et le paludisme ainsi que le renforcement d'un partenariat mondial pour le développement. Des experts estiment qu'une aide plus grande et ciblée peut aider à atteindre ces objectifs. "L'aide — aussi bien la quantité que le temps — devrait être accélérée, spécialement lorsqu'il s'agit des pays de post-conflit", a déclaré à IPS, le ministre soudanais de la Coopération internationale, Dr Eltigani Fedai. "L'aide doit être livrée à temps. Les populations de ces pays attendent le dividende de la paix, et doivent voir la différence entre la guerre et la paix". "Des procédures pour recevoir l'aide devraient être rendues plus faciles aux pays de post-conflit", a ajouté Fedai. "Les procédures actuelles sont compliquées. La conditionnalité est un élément qui est difficile aux pays de post-conflit, comme le Soudan, à remplir". La ministre ghanéenne des Affaires des Femmes et des Enfants, Hajia Alima Mahama, a dit qu'elle plaçait de grands espoirs dans le HLF3. "L'esprit de la Déclaration de Paris et ses principes sont en fait réalisés, puisque l'idée derrière ce forum est d'examiner ce qui a été fait jusqu'ici, et d'élaborer des projets pour améliorer la vie des personnes dans les pays pauvres", a-t-elle souligné. A l'instar de Fedai, Mahama pense que peu de choses ont été faites jusqu'ici. "Il y a des défis qui attendent et nous devons accélérer les progrès. L'égalité de genre ainsi que les droits et la santé des femmes sont essentiels dans ce cadre. Lorsque vous vous assurez que les femmes sont bien, la communauté est bien puisque c'est la femme qui s'assure que les enfants vont à l'école, sont nourris et sont en bonne santé".

