ACCRA, 3 sep (IPS) – En prélude à l'ouverture du troisième Forum de haut niveau sur l'efficacité de l'aide (HLF3) à Accra mardi, des représentants de la société civile à un forum parallèle ont soulevé des inquiétudes que le HLF pourrait représenter un pas en arrière dans les efforts d'améliorer l'efficacité de l'aide.
Des délégués de 380 organisations de la société civile (OSC) venus de par le monde se sont réunis dans la capitale ghanéenne, Accra, du 31 août au 1er septembre pour le Forum parallèle des OSC sur l'efficacité de l'aide. L'un des objectifs de ce forum parallèle était de renforcer les préparatifs de la société civile pour sa participation au Forum de haut niveau. "Un autre objectif est de promouvoir le plaidoyer des OSC dans le sens de l'efficacité du développement", a déclaré Antonio Tujan, président du Groupe de pilotage du forum. Le HLF3 rassemble 800 représentants d'agences humanitaires, de gouvernements et d'institutions financières internationales — de même qu'un groupe de 80 organisations de la société civile — pour discuter des progrès réalisés depuis la signature de la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide en 2005.
Le 'Accra Agenda for Action' (Programme d'action d'Accra, AAA), qui sera présenté aux participants au Forum de haut niveau, recommande essentiellement le renforcement de l'appropriation des processus de développement par les pays recevant l'aide, plus de partenariats efficaces entre les divers acteurs impliqués dans l'aide et une meilleure fourniture et justification des résultats tangibles de l'aide. Nombre de ceux qui étaient présents à la rencontre des OSC pensent que le AAA représente un pas en arrière depuis la Déclaration de Paris. Le "AAA est trop faible et ne fait pas assez pour que l'aide marche pour les personnes pauvres", a dit Hamida Harrison de Netright, l'organisation ghanéenne des droits des femmes. "Des chiffres montrent que 1,4 milliard de personnes vivent au dessous du seuil de pauvreté de 1,25 dollar par jour. Nous sommes préoccupés par la manière dont le modèle économique néo-libéral ne fournit pas les résultats promis de la croissance pour tous". Les OSC ont également exprimé leurs inquiétudes au sujet du concept de la conditionnalité de l'aide, qui demeure une composante du AAA. Ceci signifie que les pays reçoivent seulement de l'aide lorsqu'ils remplissent certaines conditions. Au nombre de celles-ci, figurent le respect des droits de l'Homme, la baisse des niveaux de l'inflation et la promotion de la privatisation des entreprises publiques. "Des nations en développement sont également obligées de réduire les dépenses publiques. Ceci veut dire qu'un pays est puni pour avoir voulu investir dans le secteur social", affirme Gemma Adaba de la Confédération syndicale internationale (CSI). "La Zambie, par exemple, a voulu établir une stratégie pour former 4.000 enseignants. La Banque mondiale a affirmé que le pays ne pouvait pas se le permettre, et a menacé de ne pas soutenir ce projet si l'on persistait dans ces plans". Une autre condition controversée liée à l'aide est la réduction des subventions gouvernementales dans l'agriculture et le secteur social. "Des pays pauvres sont contraints de facturer des frais plus élevés pour, par exemple, la santé et l'éducation, parce qu'ils ne sont pas autorisés à subventionner", indique Adaba. "Cela signifie que les gouvernements des pays pauvres sont obligés de demander à leurs citoyens de payer plus pour les services vitaux, les poussant ainsi davantage dans la pauvreté". Une autre plainte soulevée au forum des OSC est que le AAA n'accorde pas assez d'attention aux questions de genre. "La majorité des personnes qui vivent au- dessous du seuil de pauvreté sont des femmes et des filles. Il est par conséquent essentiel d'analyser les implications du programme d'efficacité de l'aide pour la promotion de l'équité de genre, des droits des femmes et de l'autonomisation des femmes", a souligné Harrison. Tout ne va pas mal. Des progrès ont été réalisés depuis la Déclaration de Paris concernant l'égalité de genre. "Le AAA par exemple reconnaît que les droits des femmes et l'équité de genre sont importants pour produire un impact durable sur la réduction de la pauvreté", déclare Inés Alberdi, directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM). "Cependant, l'une des préoccupations est que le AAA n'alloue pas de ressources et n'oblige pas les donateurs à travailler sur l'équité de genre et sur les droits des femmes". Elle ajoute : "L'efficacité de l'aide sans une perspective des droits des femmes et sans l'équité de genre est impossible. Elle ne conduira pas à un développement effectif et ne contribuera pas à réduire la pauvreté". Adaba de la CSI n'attend pas beaucoup du HLF3 et du AAA. "Le document est trop faible et ne rend pas l'aide plus efficace. Toutefois, je dois dire que certains progrès ont été effectués depuis la Déclaration de Paris. Les OSC ont reçu plus de reconnaissance en tant qu'acteurs de développement. En 2005, 50 organisations avaient participé, maintenant, nous sommes avec 80. Ceci nous donne un élan plus fort à rendre l'aide plus efficace". Agnes Nyoka Peter, députée dans le gouvernement soudanais pour l'unité nationale et la force motrice de l'organisation des droits des femmes, 'South Sudan Women Christian Mission for Peace', estime que le nombre des OSC qui participent au HLF3 n'est pas suffisant. "Cette rencontre concerne des donateurs, des institutions financières multinationales et des fonctionnaires gouvernementaux", a-t-elle dit. "Il y a peu de place pour la participation et l'engagement des OSC. Pour rendre l'aide plus efficace, les donateurs devraient s'engager plus auprès de la société civile". Brian Pratt, directeur exécutif de 'International NGO Training and Research Centre' basé au Royaume-Uni, a également émis des doutes à propos de l'impact, l'effet et des intentions du HLF3. "Cela ne concerne pas l'efficacité, il concerne le fait de rendre l'aide plus efficace pour les donateurs et institutions financières. Etre efficace n'est pas mauvais par définition, mais c'est un concept différent de l'efficacité. Inscrire un grand nombre de filles à l'école dans une courte période de temps n'est pas une aide efficace lorsque la qualité de l'enseignement est pauvre. Elles n'apprennent rien".

