SANTE-NIGERIA: Faible réduction de la mortalité maternelle

YOLA, nord-est du Nigeria, 10 août (IPS) – Plus d'un demi-million de femmes meurent en couches dans le monde chaque année, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le Nigeria à lui seul totalise 10 pour cent de ces décès.

Jummai Ya'u est mère de quatre enfants, et habite le village de Lafia-Lamurde dans le nord-est du Nigeria. Elle s'est rendue à l'hôpital une seule fois dans sa vie, lorsqu'elle s'est inscrite pour les consultations prénatales au cours de sa première grossesse. Elle n'a jamais honoré les rendez-vous parce que les frais étaient trop élevés pour elle. Son fils aîné est né dans un coin de sa maison. Elle ne s'est même plus dérangée pour s'inscrire pour ses autres grossesses. Au contraire, elle a utilisé des plantes que lui a données une matrone traditionnelle exerçant à Lafia-Lamurde. Ya'u est mère de quatre enfants et est actuellement en bonne santé, mais pour beaucoup de femmes au Nigeria, l'accouchement constitue un grand risque. Les professionnels de la santé dans le nord du pays affirment que les raisons pour lesquelles les femmes enceintes ne bénéficient pas de l'assistance d'un personnel médical qualifié sont nombreuses. Il y a, par exemple, l'absence de centres de santé dans les communautés rurales et l'état défectueux des routes qui rend difficile l'accès aux centres de santé environnants. Abare Galadima est le directeur régional de la 'Society for Family Health' (Société pour la santé familiale, SFH) basée à Abuja, qui travaille en étroite collaboration avec les services de santé publics pour améliorer la qualité des soins de santé et des traitements. Pour lui, “ce n'est pas que la région manque de professionnels de la santé. Elle en a, mais le problème est qu'ils ont tendance à se concentrer dans les capitales des Etats et dans d'autres grandes villes”. Galadima a expliqué qu'un autre facteur qui contribue à l'accroissement du taux de mortalité maternelle est le jeune âge auquel beaucoup de femmes dans le nord ont leur première grossesse. “Une femme ne doit pas commencer à faire des enfants trop tôt dans sa vie car son organisme n'est pas prêt pour recevoir la grossesse. Il est plus indiqué qu'elle commence autour de 18 ans ou à un âge plus avancé. En outre, beaucoup de femmes refusent de se faire assister par un médecin de sexe masculin au cours de l'accouchement”. Selon les statistiques les plus récentes de l'OMS, publiées en 2007, le Nigeria est le deuxième pays ayant le taux de mortalité maternelle le plus élevé dans le monde, après l'Inde : 1.100 décès en couches pour 100.000 naissances vivantes. Le pays abrite deux pour cent de la population mondiale, mais 10 pour cent des décès en couches surviennent là-bas. Dr Arabi Tukur, gynécologue basé à Yola, capitale de l'Etat d'Adamawa dans le nord-est du Nigeria, a déclaré qu'environ la moitié des décès en couches pouvait être attribuée aux hémorragies qui surviennent immédiatement après l'accouchement. “Le post-accouchement est la période la plus dangereuse. Le traitement doit être administré immédiatement après le déclenchement du saignement. Je crois que même les petits hôpitaux de campagne disposent de ce traitement — médicaments, œstrogène intraveineux et liquide de curetage intraveineux et autre matériel. Mais le traitement doit commencer dans l'intervalle de deux heures pour être efficace”, a confié Tukur à IPS.

Mais les membres de la famille dans les zones rurales ne décident pas promptement de conduire les femmes à l'hôpital. Le bas statut social de la belle-fille dans la culture nordique, ou un simple manque d'argent pour payer le traitement ou le transport peut être à l'origine du retard. “On va se précipiter pour l'amener à l'hôpital à la dernière minute, et à ce moment-là, il est trop tard de la sauver”, indique Arabi. Donnant un aperçu de la situation dans le nord du Nigeria au cours d'une table ronde organisée à l'intention des femmes politiques à Kano, la plus grande ville de la région, Dr Hadiza Galadanchi a reconnu que les retards dans la recherche du traitement sont souvent fatals. Selon elle, en dehors du statut social des femmes, les retards sont dus à une méconnaissance des indicateurs de risques au cours de la grossesse et du travail ou à une simple inaccessibilité des sites de soins de santé. Galadanchi, une gynécologue exerçant au Centre hospitalier universitaire Aminu Kano, a déclaré aux femmes politiques, lors d'une table ronde organisée par le 'Development Research and Project Center' (Centre de recherche pour le développement et de projet), le centre de recherche selon lequel le Nord-ouest détient le deuxième taux de mortalité maternelle le plus élevé au Nigeria. Elle a affirmé que les “statistiques des décès en couches sont sous-estimées de 50 pour cent parce que le plus souvent, les décès en couches ne sont pas du tout enregistrés”. Le Nigeria tarde à faire des progrès Ce dont nous avons le plus besoin est de sensibiliser les populations des zones rurales sur la pratique de la maternité sans risque. Cela est possible même dans une situation aussi difficile que la nôtre”, a déclaré à IPS, Ustazu Mu'azu Gombe, coordonnateur de la communauté musulmane Ahlul Bayt. Le groupe s'emploie à susciter le changement de comportement au sein de la société et travaille en collaboration avec des agences gouvernementales et d'autres organisations non gouvernementales (ONG) pour parvenir aux résultats escomptés. Ustaz Gombe a indiqué que la réussite de la promotion du planning familial et la prise de conscience de l'importance d'une assistance médicale appropriée, pendant l'accouchement, dépendent de la façon dont les ONG abordent les pratiques culturelles et religieuses spécifiques aux habitants du nord. Il affirme que son groupe fait des progrès : “(Par rapport à) la question de la religion, ce que nous avons commencé à faire est de travailler avec d'autres organisations confessionnelles susceptibles de nous aider à préparer les informations; nous travaillons aussi étroitement avec des organisations à base communautaire qui nous aident également à rendre les informations très accessibles à différentes catégories de personnes”, a-t-il dit.

Le chercheur islamique ajoute que des groupes confessionnels musulmans admettent que le planning familial, la contraception et l'examen des femmes enceintes par des médecins de sexe masculin sont conformes aux enseignements de l'islam.

Son groupe et d'autres travaillent avec le gouvernement nigérian et plusieurs organisations internationales pour aider le Nigeria à atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies visant à réduire les taux de mortalité maternelle et infantile de trois quarts d'ici à 2015. Deux forums ont été organisés par les gouverneurs des Etats du nord en novembre 2007 — sur la santé — et en mars 2008 — sur l'éducation — et ont permis de définir des réformes susceptibles d'accélérer la réalisation de ces OMD. Les gouverneurs se sont engagés à rendre gratuits les soins prénataux et postnataux, les soins aux enfants de moins de cinq ans et à rendre l'éducation gratuite et obligatoire pour les filles jusqu'au second cycle de l'école secondaire. “Il n'y a certainement pas de contraintes financières”, a affirmé à IPS, Usman Garba Santuraki, un commentateur social basé dans la ville de Jimeta au nord-est. “Le montant alloué par le gouvernement fédéral aux 19 Etats du nord de 1999 à 2007 s'élève à 2,4 milliards de naira (100 millions de dollars). Ce qui fait défaut, c'est la volonté politique et l'engagement du public. Si les gouverneurs y mettent de la volonté politique, il y a espoir que le monde verra des avancées appréciables dans la réalisation des OMD”. Mais, il a mis l'accent sur le fait que la réalisation de ces objectifs ne saurait être l'affaire du gouvernement seul. “Le gouvernement ne doit pas supporter toutes les charges financières et logistiques. La communauté peut également contribuer. C'est peut-être là notre seul espoir et la solution la plus pratique”.