GHANA: Relations avec la Chine – Dans les griffes d'un autre prédateur?

ACCRA, 4 août (IPS) – De plus en plus, la Chine semble prendre tout produit qu'elle peut obtenir au Ghana. Les déchets et ferrailles de cuivre, le bois et le caoutchouc naturel, les déchets et ferrailles d'aluminium ainsi que les légumes sont exportés vers la superpuissance asiatique montante.

Le cacao constitue le dernier élément ajouté à la liste. Le Ghana est supposé en exporter 6.500 tonnes métriques vers la Chine cette année, déclare Isaac Osei, directeur général de 'Ghana Cocoa Board' (COCOBOD). La vente de ce cacao est destinée à financer le projet de construction du barrage hydroélectrique de Bui, au nord-est de la capitale Accra. Des sources gouvernementales ont indiqué l'année dernière qu'un accord avait été passé et qu'aux termes duquel la production de cacao serait augmentée pour fournir des quantités supplémentaires à la Chine. Le commerce entre les deux pays a prospéré au fil des années, mais c'est la Chine qui en tire le plus grand bénéfice. En 2000, les exportations vers la Chine ont atteint 25 millions de dollars pour des importations de 93 millions de dollars. Les exportations sont passées à 32 millions de dollars en 2003 pour des importations de 180 millions de dollars. En 2006, le volume des exportations a atteint 39 millions de dollars alors que les importations sont passées à 504 millions de dollars. En dépit du projet de Bui, certains Ghanéens s'inquiètent du fait que la Chine profite de la libéralisation du commerce par les pays africains alors que ce n'est pas le cas pour ces derniers. Tous les pays africains ont pratiquement ouvert leurs portes aux importations bon marché en provenance de la Chine.

Au cours de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) qui s'est réunie à Accra en avril de cette année, Osei a montré que les efforts du Ghana pour promouvoir le commerce du cacao avec les puissances industrielles émergentes telles que la Chine et l'Inde étaient minés par les tarifs commerciaux appliqués aux producteurs des pays en développement.

Osei a déclaré que l'exportation du cacao par les pays en développement tels que le Ghana et la Côte d'Ivoire vers la Chine et l'Inde est assujettie à des tarifs plus élevés que ceux appliqués à des pays moins développés comme le Bénin, la Guinée, Haïti, le Togo ou l'Ouganda. “Pour nous, cela décourage l'investissement dans la filière cacao ici”. Il y a une inquiétude au sein de l'industrie du cacao en raison des distorsions que les nations consommatrices continuent de créer dans la fixation du prix du produit. Prenant la parole à la même tribune que Osei, le ministre des Finances, Kwadwo Baah-Wiredu, a déclaré qu'il y avait un déséquilibre dans le système de fixation du prix du cacao et a exhorté les pays producteurs de cacao à mettre en commun leurs forces. “La chaîne de valeur cacao-chocolat actuelle est caractérisée par un déséquilibre en ce sens que la transformation et la fabrication occupent une place privilégiée avec une valeur très élevée à la fin, comparativement aux producteurs de cacao qui reçoivent une portion congrue du prix final”, a-t-il affirmé. Avec la visibilité accrue de la Chine à travers des marchandises bon marché, certains Ghanéens sont particulièrement mécontents de l'approche de ce pays asiatique vis-à-vis du Ghana.

Alfred Neimann, un analyste de produits à 'BMT Associates' à Londres, a indiqué à IPS que cet état de choses “est vraiment surprenant dans la mesure où la Chine et l'Inde ont prétendu être les défenseurs de la cause du développement des pays du monde en développement”. “La Chine doit s'ouvrir davantage et être flexible, notamment lorsqu'elle traite avec les pays du Sud. Ce n'est que de cette seule manière qu'elle peut montrer qu'elle est du côté du développement”, a-t-il ajouté.

Neimann a dit qu'il n'était pas juste que la Chine — après avoir profité de l'environnement de libre échange pour inonder les pays les plus pauvres, en particulier l'Afrique, d'articles d'importation qui peuvent ne pas être nécessairement de très bonne qualité — empêche en retour l'entrée de marchandises sur son territoire.

Gabriel Orji, un responsable en service au ministère du Commerce du Nigeria, a indiqué “qu'il n'y pas d'amitié en matière de commerce. Ce qui se passe actuellement entre la Chine et les pays africains constitue une relation en pleine évolution qui doit être définie et entretenue de façon adéquate”. “L'Afrique ne saurait se débarrasser d'un prédateur pour tomber encore dans les griffes d'un autre”, a déclaré Orji. Les dirigeants des pays africains devraient profiter des rencontres avec leurs homologues chinois pour les amener à se mettre dans la vision des Africains, a-t-il ajouté. Il est important pour le Ghana d'établir des règles appropriées. Le pays est sur le point d'atteindre une production nationale d'un million de tonnes de cacao par an d'ici à 2010. Par conséquent, il doit s'efforcer de diversifier les marchés de son produit, en dehors des efforts déployés pour ajouter de la valeur aux produits sur le plan local. La Chine est un marché potentiel et, avec l'amélioration des relations commerciales, il est probable que le Ghana lui vende plus de cacao étant donné que les infrastructures de transformation ne sont pas encore bien développées sur place.

Une autre solution est de trouver d'autres débouchés. Des démarches diplomatiques ont été déjà menées pour exporter le cacao vers Cuba, mais cela prendra du temps. Il est alors nécessaire de créer des environnements commerciaux favorables, sans entraves.

Employant plus d'un million de personnes dans les six districts producteurs de cacao à travers ce pays d'Afrique de l'ouest, l'industrie du cacao apporte une grande contribution au budget de l'Etat ghanéen. Elle a rapporté environ 1,2 milliard de dollars l'année dernière.