Q&R: 'Nous avons besoin des politiques qui s'attaquent au changement climatique'

HARARE, 31 juil (IPS) – L'année dernière, la seconde ville la plus grande du Zimbabwe, Bulawayo, a connu une crise d'eau paralysante, après que trois de ses cinq barrages d'approvisionnement sont devenus secs. Certaines banlieues à forte densité étaient restées pendant plus de trois mois sans eau.

Pour la première fois dans l'histoire de la ville, le Conseil municipal de Bulawayo a mis en garde contre une probable épidémie de maladies puisque la quasi-totalité des blocs sanitaires ne fonctionnaient pas. Au début de cette année, un certain nombre de régions au Zimbabwe ont été frappées par des inondations. La plupart des barrages seraient à 100 pour cent pleins. Mais malgré ce que le gouvernement a dit être des pluies record, il y a eu un échec des cultures dans la plupart des régions du pays, non pas en raison de la quantité excessive d'eau, mais à cause d'une période sèche prolongée. Le correspondant de IPS Ephraim Nsingo a interviewé récemment Washington Zhakata, le coordinateur national du Programme de sensibilisation sur le changement climatique au ministère de l'Environnement et du Tourisme au sujet de la science qui sous-tend ces conditions climatiques extrêmes, et comment les modèles pluviométriques changeants peuvent affecter la sécurité de l'eau dans la région. IPS : Pendant la dernière décennie à peu près, il y a eu des changements significatifs dans les modèles climatiques au Zimbabwe et en Afrique australe en général. Pourriez-vous mettre en évidence et expliquer certains de ces changements, et dire ce qui aurait pu les causer. Washington Zhakata (WZ) : Au cours de ces deux dernières décennies, il y a eu un accroissement de phénomènes extrêmes, ce qui n'est pas en fait une situation propre au Zimbabwe, mais qui prévaut actuellement à travers le monde. L'intensité des pluies a également augmenté. Tout ceci est dû au changement climatique, qui est aussi dû à l'activité humaine. Nous connaissons maintenant des périodes humides plus courtes et des périodes sèches plus longues à travers la région d'Afrique australe. Il y a eu un changement significatif dans la répartition de la pluviométrie. Nous recevons toujours approximativement les mêmes quantités de pluies, mais ce qui a changé est la manière dont cette pluviométrie est répartie. IPS: Quels sont certains des indicateurs importants de ces menaces du changement climatique, ou de leur absence au Zimbabwe?

WZ: Pendant la saison pluvieuse, vous avez normalement certaines périodes sèches qui permettent aux gens de travailler sur leurs champs. Mais si vous observez la tendance actuellement, ces périodes sèches sont devenues plus fréquentes. Les jours avec d'importantes pluies arrivent de moins en moins. Les sécheresses deviennent maintenant très fréquentes. Les six dernières années ont été les plus chaudes de ces 15 dernières, et il semble que la situation empire progressivement. IPS: Pouvons-nous dire sans trop nous avancer que seule l'agriculture sera affectée par le changement dans ces modèles pluviométriques, plutôt que la sécurité de l'eau en général, puisque nous continuons de recevoir approximativement les mêmes quantités de pluie?

WZ: Non. Nous avons maintenant plus d'évaporation qui se produit. C'est pourquoi si nous prenons par exemple l'année dernière, la plupart de nos barrages avaient des niveaux d'eau extrêmement bas, entraînant la fermeture de certains d'entre eux. Nous pouvons avoir assez de pluie, mais en raison de la forte évaporation causée par l'augmentation de la chaleur, il y a davantage une forte évaporation. De façon générale, il y a une légère diminution des volumes d'eau. IPS: Pensez-vous que, étant donné la manière dont les choses évoluent ces derniers temps, il pourrait y avoir des conflits provoqués par la rareté?

WZ: La plupart des fleuves de la région prennent leur source dans un pays, et coulent à travers un certain nombre d'autres. Les ressources en eau de l'Afrique australe sont en train de diminuer. Il y a une menace générale. Avec le temps, si la situation n'est pas bien gérée, il pourrait y avoir de conflit. A l'heure actuelle, il y a de solides Protocoles d'accord et accords entre les Etats riverains (Etats partageant des fleuves). Par exemple, certains fleuves tels que le Zambèze impliquent jusqu'à onze pays, et imaginez ce qui pourrait se passer si un pays viole sa part du marché. En ce moment, il semble que certains pays, par exemple l'Afrique du Sud, ont déjà des problèmes à survivre avec leurs ressources en eau, et ils doivent maintenant extraire de l'eau du Lesotho. C'est une question qui nécessite un effort collectif, ce qui se passe dans un pays affecte ce qui se passe dans un certain nombre d'autres. IPS: Vous avez dit que la cause sous-jacente de tout ceci est l'activité humaine. Quels sont les efforts qui sont actuellement en cours pour conscientiser les populations sur les effets du changement climatique vis-à-vis de la pollution?

WZ: Nous avons démarré une vaste campagne de sensibilisation à travers le pays sur le changement climatique, rassemblant des chefs d'entreprises et des leaders politiques. Toute l'idée est de les amener à prendre en compte les questions de changement climatique dans leur travail. Nous espérons qu'une fois que nous aurons conscientisé les responsables, ils transmettront à leur tour ce message à leurs subordonnés, et de cette manière, nous aurons bientôt tout le pays qui parlera et fera quelque chose à propos du changement climatique. IPS: Qu'est-ce qui pourrait vous empêcher d'atteindre cet objectif?

WZ: En ce moment, le défi principal pourrait être le financement. Nous recevons maintenant des financements raisonnables du Programme des Nations Unies pour le développement. Le Programme des Nations Unies pour l'environnement est aussi très favorable à certaines de nos activités. Présentement, le bureau du changement climatique est également très petit. Ceci l'empêche d'accomplir efficacement sa mission. La fuite des cerveaux a pratiquement affecté dernièrement tous les secteurs au Zimbabwe, et nous n'avons pas été épargnés. Nous sommes en train de perdre le personnel bien qualifié à une très grande vitesse, et cela prend beaucoup de temps pour former quelqu'un sur l'ensemble de la question. La compréhension du changement climatique au sein des décideurs est encore très limitée. La plupart d'entre eux ignorent ou ne connaissent pas bien le sujet, et par conséquent, il devient difficile pour eux de faire pression pour des politiques qui pourraient aider nos efforts. Il y a beaucoup de choses qu'on peut faire au niveau politique. Comme par exemple, nous pouvons suggérer des politiques qui permettent au changement climatique d'être prévu dans le programme scolaire, dès le niveau le plus bas. Nous avons besoin de politiques et de mesures pour retenir des experts à tous les niveaux. Ceci permettra une consistance dans la mise en œuvre de l'ensemble de la campagne de sensibilisation; c'est ce qu'est le développement durable. IPS: Comment la situation économique actuelle au Zimbabwe affecte-t-elle le changement climatique et les questions y afférentes?

WZ: Pour que les gens s'adaptent, ils devraient avoir les ressources pour être en mesure de s'adapter. En ce moment, les gens n'ont pas de nourriture et se débattent. Il en résulte que certains sont obligés de se lancer dans certaines activités qui pourraient en réalité empirer les menaces de changement climatique au Zimbabwe, affectant ainsi également toute la sous-région.