DEVELOPPEMENT-GHANA: La 'maladie jaune mortelle' désarçonne des scientifiques

ACCRA, 7 juil (IPS) – Des Ghanéens plus âgés se rappellent quand la côte du pays était bordée de cocotiers. Des pêcheurs réparaient leurs filets à l'ombre que donnaient les arbres, buvaient l'eau et mangeaient le fruit. Des milliers de femmes gagnaient leur vie en extrayant de l'huile de copra — la chair séchée de la noix de coco. Mais aujourd'hui, les plages sont dépouillées par la 'maladie jaune mortelle' (Lethal Yellow Disease, LYD).

Eric Buerki, un pêcheur dont la plantation familiale de cocotiers, près de la ville de Ada, a été détruite, décrit la maladie. "Elle détruit d'abord les branches et détruit progressivement l'arbre lui-même. En conséquence, dans les régions où les arbres tenaient, aujourd'hui il y a des souches".

Des scientifiques, lors d'un récent atelier à Accra, déclarent que la LYD est l'un des principaux destructeurs des cocotiers à travers le monde. Ils estiment qu'environ un million d'arbres ont été touchés au Ghana au cours des 30 dernières années, avec un impact sévère sur l'activité économique des populations qui vivent le long de la côte. Phillippe Courbet, un chercheur français étudiant la LYD au Ghana, a déclaré que "La maladie a été d'abord identifiée autour de la région du Cap Saint-Paul dans la Volta Region et s'est depuis propagée à travers toute la région côtière". L'ampleur des dégâts est clairement visible dans la région d'Ankobra, dans la Région occidentale, où les souches dénudées des cocotiers autrefois florissants s'étendent le long de la plage. Augustine Yanney, qui aidait sa mère à produire de l'huile végétale, a indiqué à IPS : "La maladie aurait pu causer la mort de ma mère parce que tout ce qu'elle savait faire était de produire de l'huile végétale que les commerçants des villes venaient acheter".

Yanney dit que le revenu de sa mère a brusquement baissé du fait de la mort des arbres dévastés par la maladie. "Elle n'a pas mis longtemps à mourir lorsque juste après trois ans, nous avons vu seulement des souches d'arbres au lieu des feuilles vertes florissantes qui ornaient la région". Le chercheur Courbet déclare que tous les arbres sont morts sur une étendue de quatre kilomètres, mais Yanney affirme que la zone morte est même plus longue. A Denu, une petite ville de pêche côtière dans la partie sud-est du pays, Faustina Sewornu montre la cabane vide où elle produisait de l'huile végétale à partir des noix de coco. "Voilà tout ce que j'ai à montrer maintenant". En regardant le bâtiment dans lequel elle vit aujourd'hui — un immeuble en ciment avec une peinture décolorée, et des fenêtres vitrées remplacées par des planches en bois, — l'on peut voir qu'elle a bien vécu autrefois du commerce de noix de coco. Actuellement, dit-elle, elle essaie de joindre les deux bouts en vendant tout ce qui passe par elle. La communauté scientifique a encore tellement de choses à faire pour comprendre cette maladie. William Shooter, un scientifique jamaïcain, qui a également participé à l'atelier de quatre jours le mois dernier à Accra, a déclaré à IPS que "Les expériences menées jusqu'ici sur la maladie au Ghana n'ont pas pu identifier comment la maladie est transmise, ce qui rend difficile la lutte contre elle. Pour le moment, la seule issue est de couper les arbres touchés par la maladie". Shooter ajoute que la maladie jaune mortelle n'a pas touché les cocotiers en Côte d'Ivoire, le voisin de l'ouest du Ghana. "Toutefois, environ 50 pour cent de cocotiers au Togo, qui a une frontière commune avec le Ghana à l'est, ont été également détruis pendant la même période". Pendant ce temps, le mieux qu'ils puissent faire est de remplacer les arbres perdus par de meilleures variétés. "Avec l'aide du gouvernement français, il y a un projet pour introduire des cocotiers hybrides dans les zones touchées, affirme Courbet. Jusqu'ici, environ 1.200 hectares sont connus pour avoir été plantés dans les Régions occidentale et centrale. Le gouvernement ghanéen a cherché de l'aide auprès des Français pour mettre sur pied un projet de Développement du secteur des noix de coco avec une subvention de 3,9 millions d'euros. Le ministre de l'Alimentation et de l'Agriculture Debrah a déclaré qu'entre 1999 et 2005, le projet a connu la replantation de 1.300 hectares d'hybrides, et le développement de deux nouveaux jardins de semences comprenant 21,2 hectares de 'Malaysian Yellow Dwarf' (cocotiers nains jaunes malaisiens et 10 hectares de 'Sri Lankan Green Dwarf' (cocotiers nains verts sri lankais) à Bonsaso, près de Tarkwa dans la région occidentale, pour aider dans la propagation des hybrides. Mais Courbet dit que ce sont des mesures pour combler au mieux les lacunes. "Même les hybrides ne sont pas totalement en sécurité. Leur seul avantage est qu'ils prennent moins d'années pour rendre", indique Courbet. Les hybrides prennent environ deux ans pour rendre, tandis que l'ancienne variété prend environ cinq ans. Ceci donne au moins une opportunité aux gens de cueillir les noix de coco des arbres avant que la maladie ne frappe de nouveau. Les populations côtières ont peu d'alternatives — la pêche qui était l'autre principale source de revenu de la région échoue également à cause des stocks de poissons en baisse. Ainsi des gens comme Yanney sont reconnaissants pour même un répit temporaire. "Le cocotier est ce dont nos aînés vivent leur vie, c'est ce qu'ils nous ont enseigné, et sans cela, nos vies ne sont rien". Malheureusement, elle ajoute : "Nous ne sommes pas sûrs si ces nouvelles (variétés) mourraient aussi subitement comme les anciennes. Même les scientifiques ne le savent pas".