ACCRA, 15 mai (IPS) – Vous avez entendu parler d'énergie solaire, et également d'énergie éolienne. Maintenant, vous pourriez commencer à entendre parler aussi d'énergie terrestre.
Les Piles à combustible microbiennes (MFC), qui utilisent l'énergie dégagée par les microbes du sol, sont parmi les technologies prometteuses pour apporter de l'énergie aux Etats en développement, où l'électricité est souvent rare. Ces piles font également partie d'un projet qui vient de gagner une subvention de presque 200.000 dollars dans le concours du 'Development Marketplace', dont les résultats ont été annoncés à 'Eclairer l'Afrique 2008'; cette conférence du s'est tenue à Accra, la capitale ghanéenne, du 5 au 8 mai. Ce projet, développé par six étudiants de l'Université de Harvard, aux Etats-Unis, était l'un des 16 gagnants sélectionnés dans 52 finalistes qui ont concouru pour apporter des produits d'éclairage originaux aux 74 pour cent d'Africains sans accès à l'électricité. Le concours du 'Development Marketplace' s'est tenu dans le cadre de la campagne 'Eclairer l'Afrique', lancée vers la fin de l'année dernière par le Groupe de la Banque mondiale. 'Eclairer l'Afrique' vise à fournir à 250 millions de personnes sur le continent des produits d'éclairage sûrs, fiables et économiques et des services d'énergie qui n'utilisent pas des combustibles fossiles, d'ici à 2030. Les étudiants de Harvard, dont quatre sont originaires de l'Afrique, ont créé les Solutions Lebônê pour livrer de l'énergie à bon marché en utilisant des piles à combustible microbiennes. Leur subvention sera complétée par l'industrie privée. Le Sud-Africain, Hugo Van Vuuren, fondateur et associé gérant de Lebônê, déclare que ces piles sont très simples à faire et peuvent être fabriquées localement. Il s'est entretenu avec le correspondant de IPS en charge de l'environnement, Stephen Leahy, pour parler de la subvention juste après l’annonce des résultats du concours.
IPS: Félicitations pour votre victoire. Comment vous sentez-vous?
Hugo Van Vuuren (HV) : Nous sommes tous encore très excités. C'est une innovation qui pourrait être grande et je dois remercier la SFI pour avoir soutenu des idées novatrices plutôt que de juste développer la technologie actuelle. Nous ne pouvons pas attendre d'être lancés et de voir si nous pouvons apporter cette technologie en Afrique. (La SFI, Société financière internationale, aide à construire le secteur privé dans des nations en développement; elle fait partie du Groupe de la Banque mondiale.) IPS: Comment fonctionne exactement la pile à combustible microbienne?
HV : Une pile à combustible microbienne puise dans l'énergie que les microbes du sol génèrent lorsqu'ils décomposent la matière organique. Littéralement, c'est de l'énergie provenant de la saleté : aucun microbe ou aucune condition spéciale n'est requise autre qu'assez d'humidité pour que les microbes fassent leur travail. Ce que vous faites essentiellement est de creuser un trou, disposer en couches une anode, de la terre, du sable et une cathode — et relier l'anode et la cathode à une carte de circuits pour charger une batterie qui peut alimenter une lampe à LED (diode électroluminescente), faire fonctionner une radio ou charger un téléphone mobile. Le professeur de biologie de Harvard, Peter Girguis, a développé la technologie, appelée 'Living Power Systems', et il est notre partenaire en technologie.
IPS: Comment ces piles peuvent-elles être utilisées en Afrique?
HV : En Afrique, le problème n'est pas l'éclairage, c'est vraiment l'énergie. Il y a toute sorte de lampes à LED de haute efficacité disponibles actuellement. Ce qui est important est de créer de l'énergie hors réseau à très bon marché. Nous estimons que les MFC seront beaucoup moins coûteuses que les piles solaires parce les anodes et les cathodes peuvent être fabriquées à base de matériaux locaux — de la ferraille ou autre matériau — et leur maintenance est gratuite. Elles sont également robustes et fonctionneront à n'importe quelle température, tant qu'il y a de l'humidité et de la matière organique dans le sol. Elles fonctionneront mieux lorsqu'elles décomposent des déchets humains ou animaux. IPS: Mais, la carte de circuits paraît complexe. Sera-t-elle fabriquée localement?
HV : Notre prototype de carte de circuits possède ici d'autres circuits pour l'essai, donc les 20 cartes de circuits que nous utiliserons sur le terrain seront plus simples. Nous introduirons ces composants; ils seront montés localement sur notre projet pilote en Tanzanie dans les deux prochains mois. Finalement, nous croyons que les cartes seront assez simples pour être fabriquées localement.
IPS: Quels sont les inconvénients de la MFC?
HV : Faible énergie. Un mètre cube de matière organique produira une énergie seulement suffisante pour allumer une lampe à LED de haute efficacité. Contrairement à la pile solaire, elle produit de l'énergie 24 heures par jour et fera ainsi pendant des années. Des unités peuvent facilement être reliées ensemble pour générer 10 à 15 fois autant d'énergie. Un autre avantage est que ces systèmes sont souterrains et il n'y a rien à voler. Les MFC ne produiront jamais autant d'énergie que les turbines à vent, mais constituent une solution idéale pour remplacer l'éclairage au pétrole dans des ménages dans une grande partie de l'Afrique. IPS: Combien coûterait un système comme celui-ci?
HV : Nous comptons accroître l'efficacité du système dans nos analyses et essais au cours des 18 prochains mois. Lorsque nous serons prêts à augmenter la production dans trois ans, un système comprenant la MFC, la batterie, la carte de circuits et certaines lampes à LED coûtera moins de 10 dollars. IPS: Pourquoi vous et vos partenaires êtes-vous lancés dans ce projet?
HV : Cela a commencé comme un projet de classe à Harvard. Nous étions supposés proposer une méthode pour faire une exposition de LED attrayante à 'London Olympics'. Nous, Africains et les deux Américains, voulions faire quelque chose de plus utile que cela et connaissions la nécessité de disposer de l'énergie bon marché en Afrique. Laissez-moi vous parler d'eux. Stephen Lwendo de la Tanzanie étudie l'informatique et dirige le projet pilote. David Sengeh de la Sierra Leone est dans l'ingénierie et travaille sur le côté technologie avec l'Américain Avia Presser, un diplômé en biologie du MIT (Massachusetts Institute of Technology). Zoe Sachs-Arellano a co-fondé le 'Namibia Connection Youth Network' et travaille sur les aspects de développement, et Alexander Fabry des Etats-Unis examine l'impact de cette technologie et gère les demandes de subventions. (Van Vuuren a obtenu son diplôme en économie l'année dernière.) IPS: Qu'est la prochaine étape, maintenant que vous avez gagné la subvention?
HV : La subvention nous permettra de faire un projet pilote de 18 mois avec 20 systèmes en Namibie afin que nous puissions le tester sur le terrain, le peaufiner et l'améliorer. Nous avons également reçu un financement complémentaire d'un investisseur privé pour faire la transition vers les PLED (diodes électroluminescentes à polymères, la prochaine génération de LED).
Les PLED constituent une découverte capitale dans la technologie de l'éclairage, qui peuvent être aussi planes et flexibles qu'une feuille de papier. Complètement malléables, elles peuvent être utilisées de différentes manières… Lorsque nos MFC seront prêtes pour être introduites dans trois ans, les PLED seront assez bon marché et un match parfait pour satisfaire aux besoins d'éclairage en Afrique. IPS: Je suis curieux de connaître le nom de votre entreprise…
HV : En Afrique du Sud, le mot de 'Northern Sotho' pour désigner la lumière, la lampe ou la bougie est "lebônê" — qui se prononce "la-bo-ney".

