ACCRA, 14 mai (IPS) – Dans plusieurs villes et villages d'Afrique, seules les lampes à pétrole qui fument tiennent à distance l'obscurité après le coucher du soleil. Toutefois, le pétrole est une source de lumière dangereuse et de plus en plus coûteuse pour les Africains qui n'ont pas accès à l'électricité — environ trois-quarts de ceux vivant sur le continent, selon la Banque mondiale.
Des entrepreneurs de l'industrie d'éclairage espèrent que des appareils alternatifs tels que des lampes à LED alimentées à l'énergie solaire, remplaceront les lampes à pétrole.
"Des Africains dépensent plus de 18 milliards de dollars par an pour acheter du pétrole", a déclaré Russell Sturm, qui dirige l'équipe en charge de l'énergie durable à la Société financière internationale (SFI), un membre du Groupe de la Banque mondiale. "Et cette estimation a été faite lorsque le pétrole coûtait 35 dollars le baril, donc il y a un grand marché pour l'éclairage", a-t-il dit à IPS, ajoutant que les prix des appareils à LED et des panneaux solaires avaient considérablement baissé au cours des trois dernières années, et sont maintenant compétitifs avec les coûts du pétrole. Le prix du pétrole a franchi la barre des 120 dollars par baril pour la première fois au début de la semaine dernière. C'était contre ces antécédents que le Groupe de la Banque mondiale a lancé en septembre dernier la campagne 'Eclairer l'Afrique'. Cette initiative vise à fournir des produits d'éclairage et d'autres services d'énergie qui ne dépendent pas des combustibles fossiles — et qui sont sûrs, fiables et à des coûts bas — à environ 250 millions de personnes en Afrique subsaharienne d'ici à 2030. Actuellement, on estime que des Africains dépensent environ 40 milliards de dollars par an pour les produits d'éclairage alimentés par des combustibles fossiles. "Sous les auspices de la campagne, 'Eclairer l'Afrique 2008' — surnommée la "First Global Business Conference" pour l'éclairage hors réseau sur le continent — s'est tenue la semaine dernière à Accra, la capitale ghanéenne. La rencontre du 5 au 8 mai visait à attirer des investissements vers le secteur de l'éclairage africain, et a regroupé des représentants des gouvernements, de l'industrie et des organisations non gouvernementales (ONG). Quelques appareils à LED fonctionnant à l'énergie solaire ont été conçus pour l'Afrique, et des entreprises doivent mener des études de marché pour trouver comment de telles lampes pourraient être utilisées. "Nous savons vraiment qu'elles doivent être solides, simples et abordables", a indiqué Sturm. Les LED (diodes électroluminescentes) sont éclairées par le mouvement des électrons dans une matière qui est capable de conduire l'électricité, plutôt que par des filaments chauffés. Ces appareils sont plus efficaces en matière d'énergie et durent plus longtemps que les ampoules à incandescence conventionnelles, bien que les coûts initiaux de leur installation puissent toujours être plus élevés. Les études de marché pilotes, dans certains pays pour gagner une meilleure compréhension de ce qui est nécessaire, ont été sponsorisées par la SFI, qui soutient le secteur privé dans des nations en développement. Un grand nombre de sociétés "sont hors du réseau au Kenya", a confié aux délégués Melissa Baker, de 'Research International', une entreprise mondiale d'études de marché. Nombre de ces sociétés indiquent qu'elles resteraient ouvertes pendant trois ou quatre heures de plus si elles avaient un meilleur éclairage, a-t-elle ajouté. Des familles racontent qu'elles sont obligées d'utiliser des seaux dans des maisons comme toilettes, la nuit, parce qu'elles n'ont pas une lampe portable pour aller dans les latrines à fosse plus hygiéniques. Le géant de l'industrie d'éclairage, Osram GmbH de Munich, en Allemagne, a également fait des études de marché et envisage de fournir de l'énergie solaire aux Africains à des taux qui sont compétitifs grâce aux économies d'échelle. Cette entreprise veut construire ce qu'on appelle des "O-HUB" : des centres où des résidents ruraux peuvent acheter de l'énergie solaire en petites quantités abordables. "Des gens viendront dans le O-HUB et payeront pour se faire charger leurs téléphones mobiles par exemple", a déclaré Rodd Eddy Senior, le directeur de la société pour la durabilité mondiale hors réseau. Osram louerait également à bail certains produits, notamment des lampes à LED et les "O-BOX" — une grosse batterie avec des composantes électroniques qui feront fonctionner des lampes, des radios et d'autres appareils. "Nous fabriquons tout et nous voulons assurer la maintenance et le recyclage des produits à la fin de leur cycle de vie", a indiqué Eddy. Par ailleurs, les O-HUB vendront de l'eau buvable purifiée. "Nous pensons que ce sera une bonne manière de faire entrer des gens", a déclaré Eddy. Au départ, Osram avait prévu de fournir l'eau gratuitement, mais des ONG, entre autres, le lui ont déconseillé. La société n'envisage pas de gérer ces O-HUB; elle voudrait plutôt les louer à bail aux autorités locales, ONG et entrepreneurs. Le premier O-HUB pilote a ouvert ses portes en avril dernier dans le village de Mibta, au Kenya, où la pêche nocturne sur le lac Victoria est la principale source d'alimentation et de revenu. "Des pêcheurs utilisaient des lanternes à pétrole et c’est difficilement que quelqu'un s'en sort sans brûlures de pétrole", a affirmé Eddy, indiquant que bien que Mibta ait des lignes à haute tension, peu de personnes pouvaient payer les frais de branchement d'à peu près 460 dollars. Trois autres O-HUB sont prévus pour le Kenya. Osram envisage d'amener le concept en Inde, où il y a également de grands nombres de personnes sans électricité. De meilleures sources d'énergie sont nécessaires pour aider des pays à atteindre les huit Objectifs du millénaire pour le développement retenus par les dirigeants du monde en 2000, et qui cherchent en partie à diminuer de moitié le nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour. "Un éclairage adéquat est important pour améliorer les moyens de subsistance des pauvres", a souligné Christine Peterson, directrice exécutive de la Fondation Freeplay, une ONG basée en Afrique du Sud et aux Etats-Unis, et qui est bien connue pour la distribution de centaines de milliers de radios solaires en Afrique orientale et australe. La fondation a été créée, il y a une décennie par le 'Freeplay Energy Group', une entreprise basée à Londres qui conçoit, fabrique et commercialise une variété de produits portables — notamment des torches et des chargeurs de téléphone mobile — qui utilisent l'énergie solaire et d'autres sources d'énergie propres.

