LE CAP, 9 mai (IPS) – Le nouveau grand est-il petit lorsqu'il s'agit de l'agriculture en Afrique australe? Comme la flambée des prix des produits alimentaires met fortement ce secteur en vedette, il y a des exemples convaincants à portée de main pour plaider en faveur d'investissements plus grands dans la petite agriculture.
Dans un entretien avec IPS, Pedro Sanchez — directeur de l'agriculture tropicale à l'Institut de la terre de l'Université Columbia, aux Etats-Unis — a déclaré qu'en Afrique australe, il était possible de remettre une économie sur pied et d'améliorer la sécurité alimentaire en investissant dans des petits agriculteurs. Il y a quatre ans, la menace de pénuries alimentaires graves au Malawi a été évitée lorsque les Nations Unies, sur la demande du gouvernement, ont aidé ces agriculteurs à obtenir de l'engrais, des semences et d'autres éléments agricoles nécessaires. "La culture d'une tonne de maïs coûte 70 dollars contre 700 dollars pour son importation. En 2006, il y avait un surplus de 25 pour cent; en 2007, ce chiffre a atteint 45 pour cent. Le Malawi est un pays qui est parti pour (être) un récipiendaire de l'aide alimentaire à un exportateur de maïs; les bénéficiaires sont le Zimbabwe, le Lesotho et le Swaziland", a déclaré Sanchez. Toutefois, l'accent mis sur la petite agriculture n'équivaut pas au rejet des fermiers commerciaux cultivant sur de vastes domaines. "Au Zimbabwe, par exemple, l'agriculture peut être remise sur pied en un rien de temps si les fermiers commerciaux, qui ont quitté le pays, sont invités à revenir", a affirmé Sanchez. Il y a environ huit ans, le gouvernement de Harare s'est engagé dans un programme de redistribution des terres controversé pour corriger les déséquilibres raciaux dans la possession, qui remontaient à l'ère coloniale; cette initiative a vu des centaines de fermiers commerciaux blancs abandonner leurs propriétés. Ceux qui critiquent le programme affirment qu'il a profité aux hauts fonctionnaires, au détriment des Zimbabwéens noirs pauvres. En plus de la volonté politique et de l'aide des donneurs, la mise en œuvre appropriée de la technologie était nécessaire pour réaliser une petite agriculture optimale, a ajouté Sanchez. La recherche devrait être faite pour déterminer l'utilisation la plus appropriée de la technologie dans ces conditions, et une formation adéquate devrait être donnée aux agriculteurs sur la manière de la mettre en œuvre. L'Afrique du Sud donne une leçon dans ce qui peut arriver quand l'aide n'est pas fournie.
La restitution des terres dans le pays, en vue de résoudre les inégalités créées par l'apartheid, a augmenté le nombre de petits agriculteurs, a affirmé Frik de Beer, un chercheur au Département des études de développement à l'Université d'Afrique du Sud.
"Toutefois, dans plusieurs cas, les agriculteurs ont été livrés à eux-mêmes", a-t-il dit à IPS. "Ils n'ont eu aucun conseil sur comment produire à l'échelle commerciale et comment faire parvenir leurs produits au marché. De petits agriculteurs peuvent être d'un grand apport, mais ils ont besoin du soutien du gouvernement". La nécessité pour une meilleure utilisation des ressources sur les petites fermes a été également soulevée à l"International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development' (IAASTD). Cette étude déterminante, dont les résultats ont été présentés le mois dernier, a enquêté sur les points de vue des gouvernements, du secteur privé et de la société civile afin d'aider à concevoir une direction à l'agriculture dans le futur.
"L'augmentation du rendement de l'agriculture exige une amélioration de la productivité sur les 80 pour cent des fermes de l'Afrique subsaharienne qui sont inférieures à deux hectares", observe l'IAASTD dans son bilan de l'agriculture sur le continent, indiquant que les méthodes actuelles pour informer les agriculteurs sur les plus récentes techniques agricoles sont plus adaptées aux exigences de l'agriculture commerciale qu'aux opérations à petite échelle. L'évaluation souligne davantage que "… des approches intégrées et participatives… peuvent augmenter la probabilité que des technologies appropriées à la production soient développées et adoptées par de petits agriculteurs".
En termes concrets, ceci peut signifier impliquer des petits agriculteurs dans la fixation des priorités pour la recherche, et les entraîner dans la collaboration avec des scientifiques.
Toutefois, Johan Willemse, un professeur d’économie rurale à l'Université du 'Free State' en Afrique du Sud, met en garde contre le fait de considérer la petite agriculture comme une panacée. "Des études réalisées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international montrent que les agriculteurs, qui produisent le minimum vital, ne peuvent pas nourrir les villes du monde", a-t-il observé dans un entretien avec IPS. Willemse a dit que l'histoire à succès du Malawi pourrait être attribuée en partie au fait que le pays a un climat sub-tropical et ne connaît pas de pénurie d'eau. "En Afrique du Sud, il y a une rareté d'eau… L'Afrique du Sud ne peut pas satisfaire à ses propres besoins en blé et importe 1,5 million de tonnes de blé. Nous importons également d'autres produits agricoles, de même que du pétrole, en vue d'approvisionner les citadins en aliments. La seule solution est de stimuler l'agriculture commerciale à grande échelle". L'année dernière marquait un point de bascule pour la planète en termes de répartition de la population. Pour la toute première fois, il y avait autant de citadins que de personnes vivant dans des zones rurales. La plupart des pays d'Afrique australe sont des importateurs de céréales de base, a ajouté Willemse : "Et, nous voyons la montée en flèche des prix. Si les gouvernements ne reconsidèrent pas sérieusement la question des fermiers commerciaux, les chiffres de la famine augmenteront et nous connaîtrons une escalade des émeutes de la faim dans la région". Cette flambée des prix des produits alimentaires est attribuée à la coïncidence de plusieurs facteurs, notamment l'utilisation accrue des cultures pour des biocarburants, et une plus grande demande d'approvisionnements dans des économies en expansion — notamment celles de la Chine et de l'Inde. Une demande croissante de la viande dans ces pays a augmenté la demande de céréales pour nourrir lé bétail, mettant davantage de pressions sur les prix des denrées alimentaires — comme le font les effets de l'échec des récoltes dans divers Etats, et des prix du pétrole records qui ont entraîné avec eux des coûts d'engrais plus élevés. Des prix du pétrole élevés ont également poussé à la hausse du coût de transport des aliments. Des chiffres de la Banque mondiale montrent un accroissement de 83 pour cent au total des prix des produits alimentaires, sur le plan international, au cours de la période de trois ans avant février 2008.

