GRAHAMSTOWN, 6 mai (IPS) – Plus de personnes sont mortes de choléra suite aux récentes inondations survenues au Mozambique que le nombre de ceux qui ont péri dans les eaux de crue montantes. La plupart des rivières dans le centre et le nord du Mozambique ont rompu leurs digues après d'abondantes pluies en décembre, janvier et en février, et du fait du cyclone Jokwe — qui a frappé au début de mars.
Des chiffres exacts ne sont pas facilement accessibles, mais on croit qu'environ une douzaine de personnes ont perdu leur vie dans ces inondations, tandis que trois ont été dévorés par des crocodiles qui avaient fui leurs habitats habituels. Toutefois, l'organisation humanitaire internationale, Médecins sans frontières (MSF), déclare qu'au moins 72 personnes sont mortes de choléra et un nombre équivalent, à cause d'autres maladies d'origine hydrique comme la dysenterie. Ces chiffres révèlent que bien que les autorités mozambicaines aient su atténuer les conséquences immédiates des inondations massives, elles continuent de se battre pour faire face aux maladies qui se propagent inévitablement à près de telles inondations. L'Institut national de gestion des calamités (INGC) du Mozambique a décrit les récentes pluies torrentielles comme les plus abondantes, de mémoire d'homme. Toutefois, puisque l'inondation a suivi les modèles similaires aux grandes inondations de 2000 et de 2007, les autorités ont pu évacuer à temps presque tous les citoyens vivant dans les régions qui risquaient d'être inondées. Plus de 100.000 personnes ont été déplacées, certaines d'entre elles par la force, des zones inondables et transférées dans des camps de réinstallation à de bonnes distances des rivières. Dès qu'il a semblé que les pluies torrentielles commençaient à se calmer, le cyclone Jokwe a frappé le littoral près de Nampula dans le nord, déplaçant de milliers d'autres personnes et causant 17 décès. Le gouvernement aimerait transformer certaines de ces zones de réinstallation en villages permanents dans le but d'éviter les opérations de sauvetage des inondations, qui s'organisent presque tous les ans. Plus de 20.000 maisons ont été emportées au cours des derniers mois. La majorité des villageois ne veulent pas de réinstallation permanente parce cela signifie qu'ils perdraient leurs lopins de terre fertiles près des berges des rivières. Dans le but de surmonter cette réticence, les autorités ont lancé un programme dénommé "inondation pour la reconstruction" qui encourage les 30.000 personnes qui vivent encore dans les zones de réinstallation à installer des conduites d'eau, à construire des maisons et des infrastructures qui sont nécessaires pour maintenir des niveaux d'hygiène de base. En échange de leur travail, des familles reçoivent assez de nourriture pour subvenir à leurs besoins. Le directeur général de l'INGC, João Ribeiro, a déclaré dans une interview à la radio que le gouvernement avait pris l'engagement d'aider les victimes des inondations, non seulement à travers l'installation des centres médico-sociaux et d'un système d'assainissement adéquat, mais aussi avec la fourniture de matériaux de construction rentables et une assistance dans les méthodes de construction. Bien que le gouvernement mozambicain ait pu satisfaire aux besoins vitaux de plus de 21.000 familles qui ont été contraintes de quitter leurs maisons, un grand nombre de Mozambicains vivant dans la Vallée du Zambèze ont cherché refuge dans le Malawi voisin dont les dirigeants surveillent les efforts humanitaires. Aussitôt après que les inondations ont commencé à se calmer, plusieurs cas de choléra ont été enregistrés dans le District de Mutarara dans la partie occidentale du Mozambique, qui a une frontière avec le Malawi.
Le choléra est une infection des intestins, causée par l'eau contaminée. Il provoque des diarrhées et vomissements chroniques, entraînant une grave déshydratation et souvent la mort. Les autorités savaient que le choléra devait suivre les inondations, mais elles n'ont pas pu empêcher cette maladie de se propager. Le Mozambique est encore un pays très pauvre, et ne dispose pas de moyens pour fournir des infrastructures d'assainissement adéquates à travers le pays.
Richard N'kurunziza de MSF a affirmé que les camps de réinstallation sans des toilettes correctes ou l'eau potable étaient particulièrement vulnérables au choléra. Il a qualifié les conditions d'hygiène dans ces camps d'inappropriées, indiquant que le manque d'infrastructures adéquates sur juste quelques jours suffisait pour permettre à la maladie de se propager. Durant les jours où les premiers cas ont été annoncés, le ministère mozambicain de la Santé a publié une déclaration indiquant que le choléra avait été diagnostiqué dans neuf des 11 provinces du pays. La situation est devenue critique si rapidement que des ressources ont été même détournées des programmes alimentaires dans certaines régions afin que des responsables puissent travailler pour fournir une hygiène appropriée, a annoncé le directeur de l'INGC, Paulo Zucula, soulignant que le manque d'hygiène constituait une menace plus immédiate que la faim. Néanmoins, la pénurie alimentaire au Mozambique a été aggravée par ces inondations qui, selon l'INGC, ont détruit plus de 117.000 hectares de cultures.
Des pénuries locales ajoutées à l'accroissement des prix des produits alimentaires sur les marchés internationaux ont laissé de milliers de Mozambicains incapables de subvenir convenablement à leurs besoins et à ceux de leurs familles. Cette crise a déjà déclenché des émeutes de la faim dans plusieurs villes, au cours desquelles au moins six personnes sont mortes.

