NATIONS UNIES, 21 avr (IPS) – Malgré les pressions croissantes venant de certaines grandes puissances occidentales d'intervenir dans la crise électorale du Zimbabwe, l'implication de l'ONU demeure une possibilité lointaine.
Lors du Sommet ONU-Union africaine (UA) qui s'est tenu aux Nations Unies mercredi dernier, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont soutenu qu'une présence de l'ONU était importante au Zimbabwe pour mettre fin à l'impasse, mais leur position n'a pas pu l'emporter sur la plupart des membres de l'UA. "Cette question devrait être laissée au gouvernement du Zimbabwe", a déclaré aux journalistes, le président sud-africain, Thabo Mbeki.
Le gouvernement du président Robert Mugabe affirme que le retard dans la publication des résultats des élections du 29 mars est dû aux anomalies qui sont intervenues au cours des scrutins. La Commission électorale du pays déclare qu'elle ne peut pas publier les résultats jusqu'à ce qu'elle finisse un recomptage partiel, prévu pour le week-end dernier.
Mais le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de l'opposition a refusé d'accepter l'assertion du gouvernement et indique que le recomptage est juste une stratégie pour couvrir la défaite du parti au pouvoir. Dans une déclaration jeudi dernier, le leader du MDC, Morgan Tsvangirai, a affirmé que Mbeki devrait démissionner de son poste de médiateur pour le Zimbabwe. Il a également accusé le gouvernement de Mugabe de commettre de choquantes violations des droits de l'Homme et a appelé l'ONU à porter l'affaire devant la Cour pénale internationale (CPI). Mbeki et Mugabe sont de vieux camarades dans leur lutte commune contre le système d'apartheid des Blancs en Afrique du Sud et au Zimbabwe, connu autrefois sous le nom de la Rhodésie, avant la période d'indépendance. Mbeki a déclaré mercredi dernier que si les résultats des élections indiquaient qu'aucun candidat n'a atteint la majorité absolue de plus de 50 pour cent, alors il y aurait un second tour. "Ce second tour devrait être géré de la même manière comme le premier tour, sans aucune violence", a-t-il dit. Mbeki, dont le pays détient actuellement la présidence des 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU, a indiqué que la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) est pleinement en mesure de gérer la crise politique actuelle du Zimbabwe. La SADC attend actuellement la publication des derniers résultats.
"Si la situation se détériore et devient une menace à la paix et à la sécurité, alors l'affaire devrait être à l'ordre du jour du Conseil de sécurité", a-t-il déclaré aux journalistes. Toutefois, il a immédiatement ajouté : "La solution est dans les mains du peuple du Zimbabwe".
L'opposition zimbabwéenne ne veut pas un second tour des élections. "On n'a pas besoin d'un second tour parce que nous avons gagné les élections", a souligné dans une déclaration, Tsvangirai, qui était récemment encore au Botswana. En réponse, le gouvernement de Mugabe l'a accusé de faire le jeu des puissances occidentales. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, de même que la Commission européenne, disent qu'ils veulent une publication immédiate des résultats des élections du 29 mars. Dans une déclaration faite jeudi, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a décrit la situation comme une "abomination" et a sévèrement critiqué la position de l'UA. "Il est temps pour l'Afrique d'intensifier ses efforts", a déclaré Rice. "Où est l'inquiétude de l'Union africaine et des voisins du Zimbabwe au sujet de ce qui se passe au Zimbabwe?" Le Premier ministre britannique Gordon Brown a également fait une déclaration mercredi dernier, indiquant que le monde doit empêcher Mugabe de "voler les élections". Il a également soulevé la perspective d'un second tour sous la supervision des observateurs de l'ONU. "Personne ne pense, ayant vu les résultats dans les bureaux de vote, que le président Mugabe a gagné cette élection", a-t-il déclaré au Sommet ONU-UA. "Une élection volée ne serait pas du tout une élection démocratique". Contrairement à la position américaine et britannique sur le Zimbabwe, la Russie et la Chine, toutes deux membres détenteurs de veto au Conseil de sécurité de l'ONU, se sont abstenues de faire des déclarations publiques à ce sommet. Toutefois, des diplomates de ces deux pays ont indiqué que les organisations régionales comme l'UA étaient en train de faire preuve de plus de volonté pour résoudre les problèmes africains. Le leader de l'opposition zimbabwéenne affirme qu'il veut que la communauté internationale bloque l'envoi d'armes vers son pays, bien qu'il n'y ait aucune résolution du Conseil de sécurité en place qui exige un embargo d'armes contre le Zimbabwe. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon est resté largement neutre dans cette discussion. "Les autorités zimbabwéennes et les pays de la région ont insisté qu'il revient à la région de résoudre ces questions", a-t-il dit, "mais la communauté internationale continue d'observer et d'attendre une action décisive".
"La crédibilité du processus démocratique en Afrique pourrait être en jeu ici", a-t-il déclaré au sommet. "S'il y a un second tour des élections, elles doivent être conduites de manière juste et transparente, avec des observateurs internationaux".

