NATIONS UNIES, 2 avr (IPS) – Alors que les Nations Unies s'apprêtent à célébrer le 20ème anniversaire de leur importante Convention sur les droits de l'enfant l'année prochaine, les 2,2 milliards d'enfants du monde continuent de subir les conséquences de la pauvreté grandissante, de l'analphabétisme croissant, des abus sexuels en hausse et de la conscription militaire généralisée dans des conflits à l'échelle mondiale.
"A l'instar de plusieurs autres accords mondiaux, protocoles et conventions internationales, nous voyons qu'il y a un fossé entre la promesse et la réalité sur le terrain", déclare Agneta Ucko, directrice de Arigatou International, un bureau de liaison de la Fondation Arigatou basée à Tokyo et du Réseau mondial des religions en faveur des enfants (GNRC). Elle cite les promesses de milliards de dollars non réalisées faites par la communauté internationale à l'Afghanistan déchiré par des combats, où un conflit militaire en cours a détruit la vie de la plupart des femmes et enfants.
"Mais la population d'Afghanistan attend toujours que le monde respecte ses promesses", souligne Ucko, qui est également secrétaire générale du Conseil inter-religieux pour l'enseignement de l'éthique en faveur des enfants.
Selon l'Organe de coordination des secours en Afghanistan (ACBAR)', la communauté internationale a manqué à sa promesse de donner environ 25 milliards de dollars en aide, depuis 2001, pour l'Afghanistan ravagé par la guerre.
"Juste une aide de 15 milliards de dollars a été jusqu'ici dépensée, dont une estimation stupéfiante de 40 pour cent retourne aux pays donateurs dans le cadre des profits d'entreprises et des salaires de consultants", indique ACBAR, dans un rapport publié la semaine dernière. Dans une interview avec le chef du bureau de IPS à l’ONU Thalif Deen, Ucko a déclaré : "Il y a certainement un engagement pour aborder la situation critique des enfants, mais la communauté mondiale doit également lutter pour venir à bout d'une réalité enracinée et d'une tradition qui ne met pas l'enfant au centre". La Convention de 1989 de l'ONU sur les droits de l'enfant a été suivie par un Plan d'action intitulé "Un monde propice aux enfants" adopté par une session spéciale de l'Assemblée générale de l'ONU en 2002.
Mais malgré ces deux engagements internationaux, un enfant né en Afrique subsaharienne a une chance sur six de mourir avant son cinquième anniversaire, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).
Interrogée pour savoir si un manque de volonté politique est en premier lieu responsable des défaillances de la communauté internationale, Ucko a indiqué : "Peut-être ce n'est pas un manque de volonté politique, mais une conséquence de notre incapacité à se rendre compte du fait qu'un 'monde propice aux enfants' demande du courage pour se lever contre un monde qui tire profit des enfants comme d'une marchandise, que cela soit dans le commerce du sexe infantile, le travail des enfants, les enfants soldats". En moyenne, souligne l'UNICEF, plus de 27.000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour, principalement de maladies évitables. Dans les 11 pays où 20 pour cent, ou plus, d'enfants meurent avant l'âge de cinq ans — Afghanistan, Angola, Burkina Faso, Tchad, République démocratique du Congo, Guinée équatoriale, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger et Sierra Leone – plus de la moitié subit un conflit armé majeur depuis 1989.
"N'oublions pas que c'est seulement en notre temps que nous avons eu la chance de voir l'enfant au centre", a affirmé Ucko. Auparavant, des enfants étaient considérés plus comme de potentiels adultes productifs, a-t-elle ajouté.
Voici des extraits de l'interview. IPS : Selon les dernières statistiques de l'UNICEF, près de 93 millions d'enfants en âge d'aller à l'école primaire à travers le monde n'y vont pas, notamment environ 41 millions en Afrique subsaharienne, 31,5 millions en Asie du sud, et 6,9 millions au Moyen-Orient et en Afrique du nord. Que devrait-on faire dans le sens de l'éducation de ces enfants? Agneta Ucko (AU) : Tout le monde affirme que l'éducation est très importante. Ce dont on a besoin est un mouvement qui mobilise des fonds et des infrastructures qui pourraient mettre sur place des systèmes éducatifs durables. Toutefois, l'éducation est également une menace pour plusieurs sociétés mono-politiques où l'éducation est utilisée pour défendre des points de vue politiques favorables au régime au pouvoir. La société civile pourrait défendre plus délibérément le droit des enfants à l'éducation, qui doit être disponible, accessible, acceptable et adaptable. IPS : En 2002, l'Assemblée générale a adopté une déclaration et un plan d'action pour créer un "monde propice aux enfants". A quelle distance — proches ou très loin — sommes-nous de ce nouveau monde souhaité? AU : Nous devons nous rappeler qu'un monde propice aux enfants est une manière relativement nouvelle de considérer les enfants. Mettre l'enfant au centre demande un changement révolutionnaire dans notre pensée, même dans les traditions religieuses, dans lesquelles nous pourrions trouver de beaux textes qui ont mis l'accent sur l'enfant. Un monde propice aux enfants demeure un impératif et c'est ici que je pense que le GNRC a un rôle à jouer. Inviter des personnes de diverses religions à se mettre ensemble pour contribuer à un monde propice aux enfants est une manière de nous rappeler de donner un sens à nos traditions religieuses et de mettre l'accent de nouveau sur l'intégrité de l'enfant. Le Plan d'action du document "Un monde propice aux enfants" fixe trois résultats nécessaires : le meilleur départ possible dans la vie des enfants; l'accès à une éducation de base de qualité, notamment l'éducation primaire gratuite et obligatoire; et beaucoup d'occasions pour les enfants et adolescents de développer leurs capacités individuelles. Les équipements scolaires qui seront lancés au Troisième Forum du GNRC à Hiroshima en mai constituent une tentative de réponse à ces objectifs. Nous voulons renforcer les capacités des enfants à mieux comprendre et à respecter des personnes en provenance d'autres cultures et religions en développant un sens élevé de l'éthique. Nous voyons ceci comme une contribution à la mise en œuvre de la Convention sur les droits de l'enfant en vue d'atteindre les objectifs du plan d'action pour un monde propice aux enfants.
IPS : L'église catholique déclare qu'elle gère plus de 250.000 écoles sur tous les continents, avec 3,5 millions d'enseignants donnant l'instruction à 42 millions d'élèves. Comment d'autres grandes religions, notamment l'Islam, le Hindouisme et le Bouddhisme, jouent-elles leurs rôles dans la religion et l'éducation? AU : La religion et l'éducation vont de pair, bien qu'il soit probablement juste de dire que l'éducation au sein de la religion signifiait principalement l'éducation à propos de sa religion et de son instruction religieuse. Le but de l'éducation était de transmettre la tradition religieuse à travers l'instruction formelle dans les classes, mémorisant des textes. L'instruction religieuse était particulièrement importante quand un individu se préparait pour l'appartenance totale à la communauté religieuse. Les croyances religieuses étaient et sont transmises à travers un processus graduel d'immersion dans la vie religieuse de la communauté. Dans certaines traditions, la pratique des disciplines spirituelles permet à l'individu de réaliser les objectifs qu'il s'est fixé dans la vie. Dans certains pays, l'éducation religieuse se fait à travers le système scolaire séculier et celui-ci peut donner l'instruction dans toutes les traditions de ce pays particulier.
La tradition chrétienne a en effet offert plusieurs possibilités pour l'éducation, gérant des écoles chrétiennes dans plusieurs parties du monde. Mais aussi d'autres traditions offrent les mêmes possibilités. Je pense ici au système éducatif et aux écoles initialisés dans plusieurs parties de l'Asie centrale sous la direction du mouvement musulman turc Hizmet et la direction de Fethullah Glen. La contribution du GNRC serait ici de promouvoir cette tradition religieuse et d'endosser une responsabilité, dans laquelle l'éducation est donnée délibérément avec une conscience du monde multiculturel et à croyances multiples, dans lequel nous vivons, donc une dimension inter-religieuse à et dans l'éducation.

