LE CAP, 17 mars (IPS) – Jacob Zuma, président du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud, a été désigné dernièrement comme un caméléon qui adapte ses discours à ce que son auditoire veut entendre. C'est une tactique qui s'est avérée sujette à controverse, notamment quand Zuma a abordé la question de la peine de mort.
Depuis sa récente élection comme chef du parti en décembre, Zuma a indiqué qu'il était d'avis pour ouvrir un débat sur la question de la peine capitale. La peine de mort a été retirée de l’arsenal juridique en 1995, mais plusieurs personnes demandent son rétablissement afin d'aider à réduire le taux élevé du crime.
L'Afrique du Sud était en crise et avait besoin de "lois radicales" pour s'attaquer au crime, a déclaré Zuma lors d'un discours à un forum organisé le 4 mars à Johannesburg par Chief Rabbi Warren Goldstein. Zuma a indiqué que s'il devenait le prochain président du pays, il essayerait de convaincre l'ANC de commencer un débat sur la tenue d'un référendum pour faire sonder l'opinion publique sur la possibilité de ramener les pendaisons. Ses commentaires faisaient écho à un discours prononcé en décembre dans lequel il lançait un appel pour une discussion renouvelée sur la peine de mort. Toutefois, ceux-ci sont les propos "d'un leader populiste qui dit ce que les gens veulent entendre", a déclaré à IPS, Pierre de Vos, professeur de droit constitutionnel à l'Université du Cap occidental.
"Pour que la peine de mort soit rétablie, une majorité des deux tiers de l'Assemblée nationale (la chambre basse du parlement), ainsi que six des neuf délégués provinciaux au Conseil national des provinces (la chambre haute du parlement), doivent s'accorder sur le changement". La constitution actuelle, qui déclare illégale la peine de mort, a été adoptée après les premières élections démocratiques d'Afrique du Sud en 1994.
"Il n'y a aucune indication de la part du reste des dirigeants de l'ANC qu'ils sont d'avis pour ramener la peine capitale", a ajouté De Vos. "Même si un référendum se tient, c'est seulement un test des points de vue de la population. Bien que le résultat d'un référendum puisse placer une obligation morale sur les dirigeants, il n'y a encore aucune obligation légale à modifier la constitution". De Vos a souligné davantage qu'il serait extrêmement dangereux de commencer à "faire des retouches à la constitution".
"Cela enverrait un message à la population d'Afrique du Sud et au reste du monde que le pays veut changer des lois pour des avantages politiques à court terme". Et, la réintroduction de la peine capitale n'offrirait aucune garantie que le crime diminuerait, a-t-il dit.
Ebrahim Fakir, chercheur principal au Centre indépendant pour les études de politiques, basé à Johannesburg, partage cet avis, indiquant que "sur le plan mondial, il n'y a aucune preuve que la peine capitale est efficace". En outre, il y avait de sérieuses faiblesses dans les systèmes de la police et de la justice en Afrique du Sud, qui devaient être prioritaires dans les efforts de réduction du crime. "Il n'y a aucune garantie que si un criminel agit mal, il sera appréhendé. Personne ne peut non plus garantir que ces affaires feront l’objet d’enquêtes approfondies, que des poursuites seront proprement engagées, et des sentences appropriées prononcées et exécutées", a déclaré Fakir à IPS. "Voici des exigences fondamentales pour que la menace de la peine (capitale) exerce un effet de dissuasion. Si ces choses font défaut actuellement, le rétablissement de la peine de mort ne fera aucune différence", a-t-il affirmé. "Par ailleurs, la peine de mort est irréversible, ce qui est problématique… Nous avons plusieurs exemples — aux Etats-Unis et dans d'autres endroits — de suspects qui sont mis à mort simplement pour que leur innocence soit prouvée des années plus tard sur la base de nouvelles informations mise en lumière". Steven Friedman, un analyste politique à l'Institut pour la démocratie en Afrique du Sud, un groupe de réflexion non gouvernemental, est d'accord avec De Vos que le reste de l'ANC ne soutiendrait pas un appel à un référendum sur la peine de mort. "Bien je pense vraiment que Zuma dit ce que les gens veulent entendre, il est encore trop tôt pour savoir réellement s'il est sérieux ou pas. Il peut faire certaines déclarations maintenant, mais il n'a pas le pouvoir réel de faire la différence. Il est le leader de l'ANC, mais il n'est pas à ce stade un député", a expliqué Friedman à IPS. "S'il devait devenir le dirigeant du pays, — quelque chose qui sera déterminé par les élections générales de 2009 — il devra mettre sa parole à l'épreuve. Il devra opérer des choix. En tant que dirigeant, l'on ne peut pas être tout pour tout le monde".
Deon Geldenhuys, un maître de conférences de sciences politiques à l'Université de Johannesburg, a désigné Zuma comme un "homme de toutes les saisons" sur la question de la peine capitale.
"Il adapte ce qu'il dit à son auditoire, mais il fait très attention à ne pas dire qu'il fera des changements constitutionnels. Il a soigneusement choisi ses mots, disant qu'il ouvrira un débat", a déclaré Geldenhuys à IPS. "Des gens attendent des déclarations morales de sa part en tant que leader de l'ANC, et le crime en Afrique du Sud est une question morale. En faisant ces genres de déclarations, il prouve qu'il est un politicien à la base qui prend sérieusement les préoccupations du citoyen ordinaire", a-t-il ajouté.
"Ceci va à l'encontre du président Thabo Mbeki, qui est souvent considéré comme distant et arrogant. Toutefois, le problème avec un leader populiste qui souffle avec le vent, est qu'il crée l'incertitude au sujet de sa capacité à prendre des décisions fermes". Fakir doute que Zuma veuille réellement ramener la peine capitale. "Zuma lui-même aurait été condamné à mort il y a 25 ans s'il avait été arrêté par l'ancien régime d'apartheid en Afrique du Sud", a-t-il dit.
Zuma était un leader de premier plan dans 'Umkhonto we Sizwe', l'aile militaire de résistance de l'ANC au cours de sa lutte armée contre l'apartheid. 'Umkhonto we Sizwe' est un terme zulu qui signifie "lance de la nation". Les déclarations de Zuma sur le rétablissement de la peine de mort devraient être perçues comme une manière de dire aux Sud-Africains qu' "il les entend et qu'il est sensible à leurs préoccupations", a ajouté Fakir. Selon De Vos, l'Afrique du Sud n'aimerait pas risquer à porter atteinte à son monde en se mettant à revenir sur ses engagements –- des traités internationaux — de ne jamais appliquer la peine de mort.

