DAR ES SALAAM, 14 mars (IPS) – Justina Bkole (38 ans) était encore toute petite quand ses parents ont fui vers l'ouest de la Tanzanie en 1972, pour échapper aux clivages ethniques dans le Burundi voisin. A l'instar de milliers d'autres réfugiés qui ont fait le même voyage, elle est restée dans ce pays d'Afrique orientale : un endroit avec lequel elle a actuellement des liens forts, même si ses racines sont au Burundi.
"Ici, mes enfants sont dans une école et j'ai de la nourriture à manger", a déclaré Bkole, une mère de cinq enfants qui gère un lopin de terre plein de tabac et de plantes de maïs. "Mais je suis toujours une réfugiée parce que ma maison est au Burundi et j'ai été obligée de quitter".
Actuellement, le Burundi abritera de nouveau plusieurs réfugiés, sans compter Bkole.
Le président tanzanien Jakaya Kikwete a dit que le temps est venu pour écrire le dernier chapitre de l'une des situations de réfugiés les plus prolongées du monde : toutes les trois habitations installées dans l'ouest de la Tanzanie pour les exilés burundais — Ulyankulu, Katumba et Mishamo — fermeront leurs portes d'ici à 2010. Les camps sont dirigés par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le gouvernement de la Tanzanie.
En conséquence, les 218.000 exilés, généralement désignés comme les "réfugiés du Burundi de 1972", et leurs descendants sont confrontés au choix de retourner dans leur patrie ou de demander la citoyenneté tanzanienne.
Environ 80 pour cent ont indiqué leur bonne volonté de devenir des citoyens de Tanzanie, selon une enquête de l'ONU, tandis que 45.000 autres ont dit qu'ils souhaitaient retourner au Burundi (certains sont déjà sur leur chemin du retour). Un petit nombre pourrait demander la re-localisation dans des pays tiers. Bkole, pour sa part, pense qu'elle demandera la naturalisation : "Je suis heureuse ici", a-t-elle répondu, quand on lui a demandé les raisons pour lesquelles elle veut rester. Ceci, malgré le fait que des réfugiés soient enfermés dans des camps et doivent demander une permission spéciale pour sortir — ce qui veut dire qu'ils restent isolés des autochtones et que plusieurs ont peu de bonnes raisons de faire partie de la Tanzanie. Des souffrances quotidiennes La vie pour la majorité des gens en Tanzanie est modeste, et il en est de même pour les habitations. Des emplois sont difficiles à trouver, le taux de chômage tourne autour de 30 pour cent et seulement un quart de la population est inscrit à l'école.
Des réfugiés vivotent en faisant de petits travaux comme la taillerie, l'apiculture ou la vente des denrées de base quotidiennes dans des boutiques délabrées ou sur des tables au bord de la rue. Près de la moitié sont de petits agriculteurs qui cultivent une variété de plantes — le tabac, le maïs, le manioc, les arachides, le riz, les pommes et autres cultures de ce genre — qui sont ensuite commercialisés.
Toutefois, ceux qui sont dans des installations jouissent de certains avantages, notamment un meilleur traitement médical que des Tanzaniens voisins. "Le HCR est comme nos parents. Ils nous procurent de l'amour, mais il y a également des lois spéciales que nous devons respecter", a déclaré Thomas Mabruck (44 ans), un enseignant volontaire à Ulyankulu et le père de cinq enfants âgés de un à 19 ans.
"Un réfugié est quelqu'un qui a quitté pour des raisons de guerre, mais maintenant, je veux dire 'je suis résident de quelque part'." L'idée de retourner au Burundi décourage certains, notamment parce qu'un filet de sécurité sera retiré de leur pied. "Ici la vie est très belle", a affirmé un vieil agriculteur qui a donné seulement le nom de Ananais. "S'ils ne me donnent pas la citoyenneté (en Tanzanie), où irai-je? Je mourrai. Je n'ai pas de choix". Toutefois, des efforts ont été consentis pour offrir au moins certaines options : ceux qui veulent retourner au Burundi auront une allocation unique d'environ 42 dollars et une ration alimentaire de six mois — même si c'est sans aucune garantie de terre. Un autre problème peut venir dans la forme de la langue. La plupart des réfugiés parlent couramment la langue nationale de la Tanzanie, le Kiswahili; mais très peu comprennent la langue nationale du Burundi : le français.
Des fonds nécessaires Le Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Antonio Guterres, lors d'une visite de quatre jours en Tanzanie cette semaine, a lancé un appel pour 34 millions de dollars en vue de re-localiser cette population de réfugiés — un groupe qui a échappé au radar international dans une certaine mesure. Davantage de fonds seront cependant nécessaires, dit-il, dans le but de réinstaller des gens et d'offrir des services sociaux de base.
Dimanche dernier, Guterres a raccompagné le premier groupe de 252 réfugiés des installations de Katumba, dont certains sont des enfants de ceux qui ont fui le Burundi il y a plus de 35 ans. "Il n'y a aucun endroit comme chez soi", a-t-il dit, applaudi par des artistes et hommes de bonne volonté qui se sont regroupés pour leur dire un adieu tumultueux à la gare d'où les exilés partaient. "Ce n'est pas bon pour quelqu'un de demeurer réfugié à jamais".
Cassian Benedict, un père de deux enfants âgé de 26 ans, a déclaré qu'il envisageait de partir au Burundi, la patrie de ses parents, en octobre. Quand on lui a montré une carte de cette nation d’Afrique centrale, il ne pouvait pas montrer du doigt exactement là où il partirait, mais semblait ne pas être intimidé par cela. "Je suis né réfugié de même que mes enfants, mais ce n'est pas trop tard pour nous", a affirmé Benedict, debout dans une église à Katumba. "Nous aurons une vie meilleure là-bas. Je ne suis pas inquiet, même pas un peu".
La Tanzanie abrite d'autres 206.500 réfugiés qui ont fui des conflits plus récents au Burundi et en République démocratique du Congo. Kikwete a demandé à ceux hébergés dans des camps dans le nord-ouest de la Tanzanie de quitter volontairement d'ici à la fin de l'année.

