BRAZZAVILLE, 4 jan (IPS) – Dans l'unique couloir du Centre de santé intégré (CSI) de Bissita, situé dans le quartier Bacongo à Brazzaville, la capitale du Congo, des femmes enceintes assises sur un long banc attendent le médecin pour des consultations prénatales.
Dans ce groupe bruyant, Sylvie Bakani (un nom d'emprunt), visage inquiet, attend un bébé dans quelques semaines, alors que le test du VIH/SIDA qu'elle a réalisé depuis quelques mois s'est révélé positif. “Je tiens à sauver mon enfant”, dit-elle à IPS, sans plus rien ajouter.
“Le médecin avait souhaité qu'elle fasse le test, lorsqu'elle est arrivée pour la première fois au centre, à trois mois de grossesse. Le test révélé positif, son mari l'a rejetée, l'accusant d'être une prostituée. Avec le temps, elle a pris courage et vient quotidiennement aux pesées”, explique à IPS, Eugénie Mbondji, la mère de Sylvie.
Mbondji assure que sa fille ne subissait pas de stigmatisation des autres femmes enceintes. Son cas de future mère séropositive n'est presque pas connu à Bissita. Dr Jean Angouono Moke, gynécologue et responsable national du projet de Prévention de la transmission de la mère à l'enfant (PTME) explique à IPS que ces femmes étaient régulières aux consultations prénatales. “Il n'y a pas de stigmatisation, elles sont toutes ensemble dans une parfaite ambiance. Nous ne pouvons pas éradiquer la contamination de la mère à l'enfant, mais nous voulons réduire le taux de transmission qui est encore de 6,2 pour cent chez nous”, dit-il. Selon Angouono Moke, quelque 400 femmes séropositives enceintes ont été reçues en 2006 dans les CSI du pays. “Il y a une prédominance des cas à Brazzaville et à Pointe-Noire, ville portuaire et capitale économique située dans le sud de ce pays d'Afrique centrale. Pour celles qui ont accouché, le pourcentage de contamination des bébés varie entre 2 et 3 pour cent”, dit-il.
Au Centre hospitalier de base de Talangaï, un quartier au nord de Brazzaville, 45 femmes enceintes séropositives sont suivies dans le service de maternité. “Jusqu'en novembre dernier, nous avons pu suivre 33 accouchements dont un seul bébé séropositif. La mère de cet enfant n'avait pas régulièrement suivi le traitement prescrit. Le bébé est actuellement suivi par le pédiatre de l'hôpital pour 18 mois”, indique Dr Angouono Moke à IPS.
“Je n'étais pas sûre que mon enfant naîtrait sans le SIDA. Aujourd'hui, le petit a 10 mois, et se porte bien. Vraiment, si je n'avais pas suivi les conseils des médecins, je n'aurais pas eu un enfant aussi jovial”, se satisfait Jeannine Obosso qui vient aux pesées à Talangaï. Le Centre de traitement ambulatoire (CTA) de Brazzaville, qui ne reçoit que les malades du SIDA, a ouvert en 2007 un service PTME en raison de l'affluence des cas. “Il s'agit des femmes qui arrivent chez nous déjà enceintes. Nous sommes obligés de les suivre pour que le bébé ne soit pas contaminé”, explique à IPS, une infirmière du CTA ayant requis l'anonymat, en l'absence des médecins du centre en formation actuellement en France. Le CTA suit actuellement 58 femmes enceintes séropositives. Jusqu'en décembre, 16 accouchements ont été enregistrés dans ce centre. “Tous les enfants sont séronégatifs et nous continuons à les suivre”, affirme l'infirmière, ajoutant que le CTA a amorcé les travaux de construction d'un bâtiment qui abritera la maternité des femmes séropositives. Le bâtiment est financé par la Croix-Rouge française. La prise en charge des femmes enceintes séropositives passe à l'échelle nationale. On compte actuellement à Brazzaville 14 CSI qui ont intégré la prise en charge des femmes enceintes séropositives, de même que dans les chefs-lieux des départements. Au total 98 médecins prescripteurs et plus de 200 sages-femmes ont été formés pour suivre ces cas spécifiques dans les hôpitaux du pays. Mais, plusieurs femmes enceintes hésitent encore de se faire dépister, redoutant de se retrouver séropositives et d'être rejetées par leur mari, ou d'être victimes de stigmatisation dans leur quartier. “Le pourcentage des femmes enceintes dépistées est très faible. Nous voulons faire du cent pour cent. Malgré les sensibilisations, moins de 60 pour cent acceptent le dépistage lors des consultations prénatales, c'est très bas”, regrette Dr Angouono Moke. “Les femmes sont menacées par leur mari au cas où elles feraient le dépistage et que le test se révélait positif. Malgré nos conseils, elles n'acceptent pas, elles ont peur”.
“J'ai cinq mois de grossesse, mais je ne veux pas faire ce test. Je préfère que cela se révèle plus tard à l'accouchement. Je ne supporterais pas être enceinte et séropositive. En plus, mon mari et ses parents ne l'admettront jamais”, avoue à IPS, Mélanie Mbioka, une jeune institutrice à Brazzaville. Portant son bébé, Obosso, séropositive, encourage les femmes à faire le test de dépistage. “Vraiment, j'appelle les jeunes femmes enceintes à faire le test. Si elles sont séropositives, les médecins les suivront jusqu'à l'accouchement. C'est grâce à leurs conseils que j'ai eu cet enfant”, qu'elle montre avec joie au reporter de IPS. Depuis janvier 2007, le traitement du SIDA est gratuit au Congo-Brazzaville. D'après le gouvernement, quelque 150.000 malades ont été enregistrés cette année dans le pays. Selon une enquête réalisée en 2004 par la Banque mondiale, 4,2 pour cent des Congolais de Brazzaville sont malades du SIDA. Malgré la gratuité des soins, certains examens de la PTME coûtent encore cher : entre 48 et 60 dollars pour le bilan biologique, alors que le traitement mensuel pendant la grossesse revient à 50 dollars. Et pour vérifier la sérologie de l'enfant, il faut payer 20 dollars. Ces montants sont encore hors de portée pour beaucoup de personnes au Congo.
Selon une enquête du gouvernement publiée en juillet 2007, 51 pour cent des Congolais vivent avec moins d'un dollar par jour. Ils étaient 70 pour cent, selon une étude de la Banque mondiale en 2004. La population congolaise est estimée à environ trois millions d'habitants.

