RABAT, 7 jan (IPS) – Les deux principales parties belligérantes dans le conflit du Sahara occidental — le Maroc et le Front Polisario — reprennent leurs négociations directes sous l'égide des Nations Unies entre le 7 et le 9 janvier 2008 à Manhasset, dans la banlieue de New York, selon le calendrier prévu après les premières rencontres.
Les deux parties étaient entrées depuis l'année dernière dans des négociations directes supervisées par l'ONU, dont deux premiers rounds s'étaient tenus en juin et août 2007 au même endroit, sans grand résultat tangible, selon des analystes. Mais, de nouveaux acteurs sahraouis veulent faire entendre leurs voix dans le processus de règlement de ce conflit vieux de 32 ans dans cette ancienne colonie espagnole d'Afrique du nord. Le mouvement indépendantiste “Jat Achahid” — né d'une scission au sein du Front Polisario au Sahara occidental — appelle les Nations Unies à traiter avec lui “en tant que représentant d'une partie de l'opinion publique sahraouie à l'intérieur et à l'extérieur, notamment pour ce qui est des négociations avec le royaume du Maroc”. Ce mouvement sahraoui “Jat Achahid” (ligne du martyr, en arabe) — fondateur du Front Polisario — qui est actif dans les camps de réfugiés de Tindouf (sud-est de l'Algérie), a fustigé, par ailleurs, le dernier congrès (en décembre) du Polisario en raison de son “illégitimité”, dit-il dans un communiqué publié le 24 décembre, dont IPS a reçu copie. “Jat Achahid” a encore appelé à boycotter “cette direction corrompue”, faisant allusion au Polisario qui lutte pour l'indépendance du Sahara occidental, un territoire annexé et sous administration marocaine depuis le départ du colonisateur espagnol en 1975. Le mouvement, qui s'interroge au passage sur le sort des recettes et subventions financières que reçoit la direction du Polisario de l'étranger, a dénoncé le critère d'appartenance tribale comme une raison d'accès de beaucoup de membres du front à la direction politique, comme Khadija Hamdi, ministre de la Culture et épouse du chef du Polisario, Mohamed Abdelaziz qui est également président de la République arabe sahraouie démocratique autoproclamée. De son côté, le Front Polisario menaçait de recourir aux armes lors de son 12è congrès, le 18 décembre dernier à Tifarity (Sahara occidental). Tifarity est considéré comme un “territoire libéré” pour les partisans du Polisario, alors que pour le Maroc, c'est une “zone tampon” après le cessez-le-feu des Nations Unies en vigueur depuis 1991.
Le Polisario a appelé l'ONU, Madrid et Paris à exercer des pressions sur le Maroc afin de “l'obliger à accepter l'organisation d'un référendum” pour décider du sort du Sahara occidental. Dans une déclaration finale rendue publique après son congrès, le Front Polisario estime que “le gouvernement marocain assumera pleinement les conséquences qui découleraient de l'échec du processus de négociations et notamment la reprise des hostilités militaires”. Le congrès du Polisario a également recommandé de donner “la priorité à l'Armée populaire de libération sahraouie, de façon à lui fournir tout ce dont elle a besoin, moralement et matériellement, et d'augmenter ses capacités combatives”. Mais, “Jat Achahid”, qui revendique le retour aux principes originaires de la constitution du Polisario, estime que “ce congrès manque de légitimité et de démocratie, et la direction actuelle n'a nullement le droit de négocier au nom du peuple sahraoui avec le royaume marocain”. Fadli Ould Baba Ould Jouly, le coordinateur du Front Polisario “Jat Achahid” dans les campements, se demande sur quel bases juridiques se fonde le chef actuel du Polisario pour “monopoliser la décision dans toutes les affaires, à commencer par les postes de commandement, jusqu'aux quotas de subventions reçues par les organismes internationaux”.
Mohamed Moutawakil, un activiste sahraoui favorable au droit des Sahraouis à l'autodétermination, estime, dans un entretien téléphonique avec IPS depuis Casablanca, que les autres groupes, qui agissent sur la question du Sahara, à l'extérieur du Polisario, ne jouissent pas d'une importante représentativité ni d'une crédibilité politique. “Outre leur isolement des masses sahraouies, ils n'agissent que sur la demande de l'administration centrale marocaine qui met à leur disposition des budgets colossaux”. Interrogé sur le soutien algérien au Polisario sur les plans financier et logistique, Moutawakil a déclaré : “L'on ne peut dans l'état actuel faire une séparation entre l'Algérie et le Polisario étant donné que le premier a offert la sécurité au peuple sahraoui, assuré le soutien matériel et permanent, et soutenu diplomatiquement la cause sahraouie”. Ce qui contredit, toutefois, les déclarations d'Alger relatives à sa neutralité sur la question. Pour sa part, le Conseil royal consultatif des affaires sahariennes (CORCAS) — une institution constituée uniquement de Sahraouis favorables à une union au sein du Maroc — déclarait, le même jour à Smara (Sahara occidental), que le plan d'autonomie proposé par Rabat — dans cette union dans le royaume chérifien — donnait aux Sahraouis la possibilité de gérer eux-mêmes leurs affaires. Le CORCAS a appelé la direction du Polisario "à retourner à la mère patrie et à adopter l'initiative d'autonomie et faire ainsi prévaloir la logique de la raison et de l'histoire".
“Nous vous exhortons, individus et groupes, à répondre favorablement à cet appel… Ne laissez pas passer cette opportunité historique, car l'autonomie constitue la solution définitive pour réaliser la réconciliation et le retour dans la dignité”, souligne la déclaration du CORCAS dénommée “l'Appel de Smara”.
Réunis en session ordinaire, les 150 membres du CORCAS, tous d'origine sahraouie, affirment, dans cet appel, que “Cette initiative historique et audacieuse est le moyen idéal de résoudre ce conflit qui n'a que trop duré, et est l'unique option applicable dans le cadre de la légalité internationale”.
Evoquant le discours d'autodétermination, Abdelamajid Belghzal, Membre du CORCAS et défenseur sahraoui des droits de l'Homme, déclare à IPS que le Polisario, qui adopte ce langage, devrait avant tout dissoudre les institutions qu'il a mises en place dans les camps, car parler, selon lui, d'un “Etat sahraoui” serait un saut au travers de l'autodétermination des Sahraouis.
Parallèlement aux déclarations de ces trois différents groupes politiques sahraouis, trois chaînes de télévision satellitaire arabes 'Al Jazeera', 'Al Arabia' et 'Al Hourra' ont diffusé, toujours en décembre, les informations d'un autre congrès tenu par près d'un millier d'autres Sahraouis dans la localité de Gjijimat, dans le nord de la Mauritanie, frontalière avec le Sahara occidental. Longtemps restée en faveur de l'indépendance du Sahara occidental, la tribu sahraouie peuplant la zone de Gjijimat, s'est prononcée cette fois-ci en faveur de la solution politique proposée — le plan d'autonomie — par le Maroc.
Ces derniers développements, liés aux déclarations des quatre différents groupes politiques sahraouis, font apparaître, au devant de la scène, une nouvelle donne dans le conflit du Sahara occidental, notamment sa transformation en une belligérance entre Sahraouis. Ceci soulève manifestement, selon des analystes, la question de la légitimité de la représentativité des populations sahraouies. Si durant les trois premières décennies de ce conflit, seuls le Maroc et l'Algérie — qui soutient le Front Polisario — étaient au devant de la scène, les cinq dernières années ont connu l'apparition de plusieurs acteurs sahraouis.

