FREETOWN, 29 déc (IPS) – L'économie de la Sierra Leone a, au cours des années, beaucoup compté sur le secteur minier en général et sur les diamants en particulier. Toutefois, entre 1991 et 2000, le pays a été complètement détruit dans une guerre civile brutale qui a plongé cet Etat d'Afrique de l'ouest dans un gouffre.
Sept ans après la proclamation de la fin de la guerre, le pays continue de lutter pour réactiver les activités économiques des années passées — malgré les éloges de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) pour ses progrès économiques pendant la transition d'après-guerre.
Avant la guerre civile, la Sierra Leone gagnait ses devises avec des produits agricoles comme le cacao, le café, les noix de palme, le piassava, le caoutchouc et le gingembre. Aujourd'hui, la situation a changé de façon spectaculaire avec seulement le cacao qui apparaît comme un produit d'exportation important, de même que les exportations du gari (farine de manioc), de l'huile de palme et du riz vers le reste de la région. Des experts estiment que la Sierra Leone possède des ressources en termes de terre arable, d'eau et de climat pour redevenir un exportateur agricole, mais la guerre civile a été un coup terrible à un secteur déjà malade. Actuellement, les infrastructures sont délabrées, il y a une pauvreté rurale chronique et une insécurité alimentaire, et le secteur privé semble manquer d'assurance pour entreprendre des investissements à long terme. La guerre a également accéléré l'exode des jeunes gens de l'agriculture, laissant une pénurie de ressources humaines dans les zones rurales. Le nouveau président de la Sierra Leone, Ernest Bai Koroma, est conscient du besoin urgent de revitaliser l'économie, comme on peut le constater dans son premier discours lors de l'ouverture officielle du parlement début-octobre. Il a déclaré : "Mon gouvernement, avec la participation du secteur privé, améliorera la productivité agricole en fournissant aux agriculteurs des intrants agricoles nécessaires, des prix de location des machines et des services d'extension agricole. "Nous encouragerons également le passage de l'agriculture de subsistance à l'agriculture commerciale. La production de cultures commerciales est un élément important dans l'engagement global du gouvernement à renforcer l'économie nationale", a-t-il affirmé. Pendant que le secteur minier peut être plus important en termes de valeur des exportations, les bénéfices économiques des exportations agricoles pourraient être plus répandus. Selon des chiffres du ministère de l'Agriculture et de la Sécurité alimentaire, l'agriculture contribue à plus de 45 pour cent au produit intérieur brut (PIB) du pays. On estime également que 75 pour cent de la population sont directement ou indirectement impliqués dans l'agriculture. Pour certains, ceci signifie que le développement des exportations agricoles sera essentiel à l'amélioration des moyens de subsistance des collectivités rurales en les faisant entrer dans l'économie de marché. Dans le passé, le cacao et le café sont les deux principales cultures commerciales, avec de l'huile de palme qui s'exporte aussi vers des pays voisins. Des données disponibles au ministère du Commerce et de l'Industrie indiquent qu'environ 67.000 hectares sont consacrés au café, 42.000 hectares au cacao et 18.000 hectares au domaine de palmiers à huile.
Par ailleurs, il y a une importante quantité de terres dans la production de palmiers à huile des petits agriculteurs — peut-être 32.000 hectares. Presque toute la production se fait actuellement sur les plantations des petits agriculteurs d'une superficie moyenne de un à 2,5 hectares. Toutefois, plusieurs des vergers sont vieux et la guerre a entraîné un abandon général, comme le témoigne le rendement très faible de café. Environ 85 pour cent du cacao sont produits dans les districts de Kenema et de Kailahun, dans l'est de la Sierra Leone. La répartition de la production du café est similaire. La production du palmier à huile est beaucoup plus largement répartie.
L'agriculture rencontre une montagne de contraintes. Chaque facette d'opération dans le pays est rongée par la corruption. Le pays est classé le cinquième plus corrompu du monde, selon Transparency International, une organisation mondiale de la société civile qui lutte contre la corruption.
Comme exemple, l'ancien ministre de l'Agriculture, Harry Will, aurait empoché 1,5 million de dollars destinés à l'achat des semences de riz aux agriculteurs ruraux en 1997. Selon des rapports de la Haute cour de Sierra Leone, il a été reconnu coupable, mais a seulement reçu une amende de 180 dollars. Des commerçants et des agriculteurs rencontrent des problèmes cruciaux tels que devoir se fier à la transmission orale de l'information du marché concernant les prix, les normes et le manque d'accès au marché. Par exemple, des agriculteurs savent peu ou ne savent rien sur le prix du marché mondial pour le cacao et d'autres cultures d'exportation.
En outre, la technologie est nécessaire pour la production et la transformation du riz, du manioc, du palmier à huile, de l'anacardier et d'autres produits. Les débris d'une telle technologie sont visibles sur les équipements rouillés, brûlés et délabrés, retrouvés abandonnés à travers la campagne. Morie Lamin, un commerçant de cacao et de café dans la ville orientale de Kenema, a déclaré à IPS que "ce qui est nécessaire, ce sont des systèmes de livraison pour rendre ces équipements disponibles, fournir l'accès à l'entretien et aux pièces détachées et donner aux producteurs et aux transformateurs des moyens financiers de les acheter ou les louer".
Il en est de même pour les intrants. En dehors des programmes financés par des donneurs et des projets non gouvernementaux, il n'y a presque pas d'engrais, de produits chimiques et d'autres intrants agricoles disponibles hors de Freetown. L'état épouvantable des routes à l'intérieur affecte non seulement directement le coût de commercialisation des produits agricoles, mais a également des conséquences indirectes significatives en augmentant le coût et la difficulté d'approvisionnement des zones rurales en vivres et en intrants agricoles. Le temps pris pour avoir des produits et des intrants vers et en provenance du marché diminue le temps qui pourrait autrement être utilisé pour cultiver des denrées commerciales.
Avant le déclenchement de la guerre civile en 1991, le crédit agricole subventionné était disponible à travers des banques spécialisées, des projets et d'autres institutions. Ce crédit était généralement calculé et allait de manière disproportionnée vers de grands producteurs et transformateurs. Une grande partie de ce crédit n'a jamais été remboursée. Le résultat a été un effondrement de ces institutions et une restructuration du système bancaire avec des principes financiers plus fermes. Aujourd'hui, ce système est relativement solide, mais le crédit est rare et coûteux. Il est hors de portée pour la plupart des entreprises rurales, qui ont besoin d'accéder aux finances en vue de moderniser l'agriculture. Avec peu de crédit disponible aux agriculteurs, la question se pose de savoir comment ils peuvent investir dans la plantation du cacao, du palmier à huile et des anacardiers, qui sont relativement des investissements à long terme.
Même si la situation financière dans les zones rurales était beaucoup mieux, la plupart de ce crédit serait un fonds de roulement pour des commerçants et peut-être un peu de crédit à moyen terme pour quelques producteurs plus gros.
En dépit de ces inconvénients, des chiffres en provenance du ministère des Finances et du Développement révèlent que l'économie du pays a enregistré une croissance ces dernières années, propulsée par des remises de fonds et des investissements de la communauté expatriée de la Sierra Leone, des investissements miniers sélectionnés, notamment dans le rutile et la bauxite, et par l'aide étrangère. La grande partie de cette croissance a été concentrée dans les secteurs informels de l'agriculture, de la pêche, des mines et des services qui constituent la majeure partie de l'économie.
Au cours d'une visite en Sierra Leone l'année dernière, l'ancien président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, a qualifié la reprise d'après-guerre du pays de fructueuse. Ceci a été repris par le FMI qui a indiqué que "la Sierra Leone est en train de faire de bons progrès vers la garantie de la stabilité macroéconomique". Il reste toutefois à voir si les progrès économiques annoncés peuvent transformer et améliorer la vie des populations pauvres de la Sierra Leone.

