CHANGEMENT CLIMATIQUE: L'Afrique rentre au moins avec quelque chose

NUSA DUA, Bali, 19 déc (IPS) – Si des ministres du gouvernement et des hauts responsables sont retournés chez eux le week-end dernier avec quelque chose de substantiel de la conférence de Bali, ce n'est pas parce que les discussions de deux semaines sur le changement climatique ont été suffisamment sensibles à leurs préoccupations.

C'est parce que la Commission économique pour l'Afrique (CEA) a annoncé qu'elle mettrait en place un Centre africain pour les études de politiques climatiques en collaboration avec le président du Panel intergouvernemental sur le changement climatique (IPCC), Dr Rajendra Pachauri, et son organisation basée à New Delhi, l'Institut des ressources énergétiques (TERI). Dr Pachauri et l'équipe de l'IPCC ont gagné le Prix Nobel cette année. Ce projet conjoint, rendu public la semaine dernière à la conférence des Nations Unies sur le changement climatique par le secrétaire exécutif de la CEA, Abdoulie Janneh, aiderait à développer les capacités des pays africains affectés négativement par le changement climatique, mais incapables de s'adapter à son impact à cause du niveau élevé de pauvreté, de la dépendance de l'agriculture pluviale et d'autres secteurs sensibles au climat tels que les pêches, la forêt et le tourisme. Le quatrième rapport d'évaluation de l'IPCC a témoigné du fait que bien que les pays africains soient responsables pour environ 3,8 pour cent du total des émissions de gaz à effet de serre, l'Afrique est le continent le plus vulnérable et le moins capable de s'adapter à l'impact du changement climatique.

"Le changement climatique fera courir aux millions d'Africains le risque de stress hydrique et de faim, et menacera davantage les moyens de subsistance de ceux qui résident dans des zones déjà dégradées. C'est pourquoi l'Afrique exige et mérite une attention et une considération spéciales", a déclaré Janneh, annonçant la création du Centre africain pour les études de politiques climatiques. On craint que le stress hydrique et les conflits d'eau augmentent en Afrique du fait du changement climatique, affectant le gagne-pain de millions de personnes sur le continent.

Selon la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, les niveaux d'eau ont sérieusement baissé dans les principaux lacs comme Victoria et Rift Valley. Le Lac Tchad a perdu 90 pour cent de son eau entre 1973 et 2002. Les Nations Unies sont préoccupées que le changement climatique compromettrait sérieusement la production agricole et la sécurité alimentaire en réduisant à hauteur de 50 pour cent les rendements de l'agriculture pluviale dans la plupart des pays africains. La réduction des écoulements d'eau vers des barrages et celle des ressources énergétiques de la biomasse empêcheraient également le développement industriel de l'Afrique.

L'initiative CEA-TERI doit sauvegarder les chances de réaliser la croissance et le développement durables à long terme en aidant les pays africains à prendre des mesures d'adaptation pratiques et à intégrer la gestion du risque climatique dans leurs stratégies et plans de développement. La CEA aiderait également à développer la capacité des pays africains à travers le programme d'Information climatique pour le développement (Clim-Dev Afrique) qu'elle met actuellement en œuvre en collaboration avec l'Union africaine et la Banque africaine de développement. Le programme Clim-Dev aidera à augmenter proportionnellement les capacités des institutions clés et des parties prenantes à améliorer les données et observations relatives au climat, les services d'information, les politiques et les pratiques de gestion de risques dans tous les secteurs sensibles au climat, a ajouté Janneh.

L'importance de ces deux initiatives réside également dans le fait que le changement climatique aura des effets néfastes sur les efforts des pays africains de réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et le développement durable. Au cours des négociations ministérielles à Bali la semaine dernière, le Nigeria a expliqué en détails les préoccupations de l'Afrique. En tant que président du Groupe africain, la ministre nigériane de l'Environnement, Halima Tayo Alao, a déclaré que "treize ans dans la vie de la Convention sur le changement climatique… nous n'avons pas encore vu, en termes concrets, de progrès palpables dans la réalisation de l'objectif final de la Convention sur le (changement climatique) et du Protocole de Kyoto". Bien qu'il y ait eu beaucoup de discours sur le renforcement des capacités en vue de permettre aux pays africains de s'adapter à l'impact du changement climatique, des efforts se sont jusqu'ici plus concentrés sur des séminaires et ateliers que sur des projets pilotes palpables ou sur l'utilisation de l'expertise locale pour faire avancer le savoir et la capacité d'exécuter des projets, a affirmé la ministre nigériane à IPS.

Lors des négociations ministérielles de la semaine dernière, elle a plaidé pour "la mise en place des indicateurs de performance qui permettront de tracer et de mesurer l'effectivité des efforts vers le développement et le transfert de technologie".

Les pays africains tiennent particulièrement à voir la création d'un fonds de développement et de transfert de technologie qui garantisse le financement pour la réalisation de réductions profondes des émissions de gaz à effet de serre. Les exigences des pays africains proviennent du fait que les pays industrialisés ont des obligations conformément à la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique et au Protocole de Kyoto pour développer et transférer des technologies respectueuses de l'environnement pour l'atténuation et l'adaptation au changement climatique sur le continent.