BULAWAYO, 18 déc (IPS) – Facilement transportables, des biens de consommation en provenance du Zimbabwe trouvent sans cesse l'entrée dans des pays voisins puisque des commerçants transfrontaliers recherchent des transactions pour gagner des devises dont ils ont tant besoin.
A la gare de Bulawayo, la deuxième ville la plus grande de Zimbabwe, le désordre règne comme beaucoup de commerçants traînent de gros sacs derrière eux et s'entassent dans le train bon marché Bulawayo-Victoria Falls en direction de la frontière.
Ceci se passe malgré le règlement de la société ferroviaire selon lequel des marchandises lourdes doivent être transportées par des wagons spéciaux avec les commerçants qui payent pour leur expédition. Des passagers et des marchandises se disputent l'espace, créant un tohu-bohu puisque les commerçants font un périple vers Victoria où ils traversent ensuite le Fleuve Zambèze à la recherche de devises.
Le Zimbabwe se bat contre des pénuries de devises graves comme sa crise politique et économique s'éternise.
Ce type de commerce est une réponse aux rudes pénuries qui ont conduit à l'enregistrement de pertes massives de la part des entreprises et des principaux supermarchés. Cette situation a été exacerbée par le décret gouvernemental controversé du président Robert Mugabe demandant de réduire de moitié les prix des biens de première nécessité. Le décret est sorti après que Mugabe a accusé des entreprises d'essayer délibérément de saboter l'économie en procédant à des augmentations non justifiées qui ont empêché beaucoup ici d'accéder aux biens et aux services.
La bière, des boissons non alcoolisées et des cigarettes font partie des produits qui sont exportés en Zambie voisine par des commerçants non agréés.
Ils risquent des poursuites judiciaires de la part des agents chargés de faire respecter la loi puisqu'ils font entrer des biens en contrebande à travers des points d'entrée illégaux dans le pays qui partage le Site du patrimoine mondial de Victoria Falls de l'UNESCO, de renommée internationale, avec le Zimbabwe. L'UNESCO est l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture.
Selon Jonathan Psvarayi, âgé de 29 ans, l'attrait du dollar US est juste de trop. Il a acquis un sixième sens qui le conduit aux biens les plus rares dans les banlieues densément peuplées de Bulawayo où il se précipite pour faire des achats en gros. Il traîne autour des boutiques où ces biens seraient disponibles et attend patiemment avant de se précipiter sur elles. Des propriétaires de boutiques ont appris à limiter le nombre d'achats comme ils savent que les gens amassent des biens pour les revendre sur le marché parallèle illégal. Mais Psvarayi a trouvé un moyen de contourner cela. "Je demande à quiconque je vois dans les boutiques, spécialement des écoliers, d'acheter quelque chose pour moi jusqu'à ce que j'en aie assez", a-t-il déclaré à IPS. Il fait partie de plusieurs dans cette ville de plus de deux millions de personnes souffrant de dures conditions économiques et qui achètent de la bière aux prix de détail bon marché dans les banlieues à forte densité et grouillant de monde de Bulawayo pour la revendre en Zambie. "L'argent est bon", a-t-il dit. Une caisse d'environ 12 litres de "bière claire" produite localement s'achète à 40 dollars US (environ 48 millions de dollars zimbabwéens sur le marché parallèle). La même quantité se vend à six millions de dollars zimbabwéens dans les magasins de liqueur du Zimbabwe qui ont de licence.
Le mois dernier, le plus grand fabricant de bière du pays, 'National Breweries', a annoncé qu'il connaissait des problèmes de viabilité à cause d'un manque de devises pour acheter des matières premières après le décret gouvernemental de casser les prix, et la production affectée par des coupures de courant et d'eau. Justine Bhebhe, un professeur d'économie à l'Université nationale de science et de technologie de Bulawayo, déclare que le commerce transfrontalier illégal n'est pas surprenant étant donné les difficultés que traversent actuellement les Zimbabwéens.
"Les Zimbabwéens dépendent actuellement en grande partie des devises qui ont toujours de la valeur, comparées au dollar local de plus en plus inutile", a indiqué Bhebhe à IPS. La monnaie locale est rapidement en train d'être érodée par l'inflation galopante. Certaines estimations situent le nombre de réfugiés économiques venant du Zimbabwe autour de quatre millions de personnes qui ont quitté le pays à la recherche d'emplois à l'étranger et dans des pays voisins. Des envois de fonds entretiennent plusieurs familles dans la souffrance.
A part la Zambie, le Botswana voisin est une autre destination populaire pour des commerçants portant des cigarettes et d'autres produits. Le pula du Botswana demeure l'une des monnaies les plus recherchées ici.
Le ministre de l'Industrie et du Commerce international, Obert Mpofu, a averti récemment que c'est illégal de déplacer des biens vers des pays voisins sans une licence d'exportation.
Mais Bhebhe affirme que "au Zimbabwe, beaucoup de choses dont les autorités disent qu'elles sont illégales sont celles qui entretiennent plusieurs familles. Nous pouvons espérer plus de commerce illégal tant que l'économie demeurera dans cet état".
Le Zimbabwe est en train de traverser sa pire crise économique depuis l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1980 puisque l'inflation tourne autour 10.000 pour cent et des responsables des syndicats placent le chômage à quelque 80 pour cent. Un responsable de l'Association des commerçants transfrontaliers à Bulawayo a confié à IPS qu'il était difficile d'enquêter et d'évaluer le volume du commerce des biens zimbabwéens qui sont exportés vers des pays voisins comme la grande majorité des commerçants ne sont pas membres de l'association. "Mais ce que nous savons est que les taxes aux frontières n'alimentent pas le réseau fiscal national comme une grande partie de ces biens passe en contrebande chez nos voisins — spécialement en Zambie puisque des contrôles frontaliers apparaissent très perméables", a souligné le responsable. Les jeunes sans emplois de Bulawayo comme Psvarayi avouent que le commerce transfrontalier illégal leur a donné espoir. "Il y a toujours la possibilité de voir ces biens saisis par des douaniers. Mais comme avec toute autre chose, nous avons appris à surmonter le système. Ce n'est pas vaincre le système à travers d'autres moyens dangereux comme traverser la frontière illégalement, c'est la corruption pure", a-t-il indiqué à IPS. Des commerçants et des clients déclarent que ceci est un phénomène qui est parvenu à définir plusieurs, sinon la majorité des transactions aux postes frontaliers du Zimbabwe. Le trafic humain aux postes frontaliers a émergé au cours de ces derniers mois comme des personnes traversent les frontières pour acheter des produits essentiels et vendre des biens de contrebande.

