SANTE-AFRIQUE: La prévalence de la tuberculose ultra-résistante n’est pas claire

LE CAP, 12 nov (IPS) – Ce que l'on savait jusqu’ici au sujet de l'ampleur et de la prévalence de la tuberculose ultra-résistante (XDR-TB) en Afrique subsaharienne ne peut être que la partie visible de l'iceberg, ont déclaré des experts jeudi au cours de la 38ème conférence mondiale de l'Union sur la santé respiratoire, dans la ville côtière sud-africaine du Cap.

La rencontre, qui s’est tenue du 8 au 12 novembre sous le thème 'Faire face aux défis du VIH et de la MDR (multi-résistance) dans le contrôle et les soins de la tuberculose', est organisée chaque année par l'Union contre la tuberculose et les maladies respiratoires — une coalition internationale. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 41 pays à l'échelle mondiale ont rapporté des cas de la tuberculose XDR-TB à ce jour. Deux sont situés en Afrique –- le Mozambique et l’Afrique du Sud –, cette dernière étant la plus touchée. En 2006, le ministère sud-africain de la Santé a enregistré 419 cas de XDR-TB. Ce chiffre est en hausse : dans le premier trimestre de l'année 2007, 391 cas ont été rapportés. Mais, juste parce que seulement deux pays africains ont rapporté des cas de la tuberculose XDR-TB, on ne peut pas assumer que la maladie n'affecte pas le reste du continent, a déclaré Mario Raviglione, directeur du département de l'OMS 'Arrêter la tuberculose'. "Nous ne connaissons pas la situation dans la plupart des pays africains parce qu'il n'y a simplement pas de laboratoires qui sont capables de faire le test et de détecter la XDR-TB", a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse. "Malheureusement, si aucun cas n'est rapporté, il est impossible de déterminer l'ampleur du problème de la XDR-TB dans ces pays". La tuberculose est une maladie aéroportée qui affecte surtout les poumons et est transmise à travers la toux, l'éternuement, le crachat et le parler. Les germes de la tuberculose peuvent rester latents chez un patient, mais deviennent activés si le système immunitaire de quelqu'un est déficitaire. La XDR-TB est une forme plus grave de la tuberculose multi-résistante (MDR-TB) qui résiste à au moins deux des principaux médicaments utilisés normalement pour traiter la tuberculose (désignés sous le nom de " médicaments de première ligne"). Plusieurs facteurs peuvent provoquer la résistance des germes de la tuberculose aux médicaments, notamment l'incapacité des tuberculeux à terminer le traitement — un traitement de six mois à base d'antibiotiques. Raviglione a déclaré à IPS qu'il y avait un besoin urgent d'avoir de meilleures infrastructures de laboratoire dans des pays pauvres, spécialement ceux ayant une forte prévalence de la tuberculose : "Il est important de développer des méthodes plus efficaces et plus fiables pour dépister des gens pour qu'ils soient traités (de façon) convenable afin qu'ils ne puissent pas propager davantage la maladie". L'une des méthodes de dépistage de la tuberculose implique l'injection d'un extrait de germes de tuberculose morts dans la peau. Si ceci provoque un gonflement, la personne concernée pourrait être infectée.

Toutefois, les tests de la tuberculose ne sont pas entièrement fiables. Dans le cas des personnes vivant avec le VIH/SIDA par exemple, le gonflement peut ne pas survenir, comme leurs systèmes immunitaires sont affaiblis et incapables de réagir aux germes injectés.

'J'ai subi quatre tests, y compris un test de la peau, et ils étaient tous négatifs", a dit Ezio Santos Filho, un activiste brésilien du SIDA et de la tuberculose de renommée internationale et qui vit avec le VIH depuis 20 ans. Il a contracté la tuberculose deux fois : "Ce n'était qu'après une radiographie de la poitrine que la tuberculose a été confirmée". L'éducation et la sensibilisation jouent un rôle capital dans la réduction de la propagation de la XDR-TB. "Les tuberculeux doivent connaître les dangers de la mauvaise gestion de leur traitement", a indiqué à IPS, Thami Mseleku, directeur général du ministère de la Santé de l'Afrique du Sud. "Ils doivent également savoir ce qu'il faut faire s'ils sont infectés par la XDR-TB". "Aborder la stigmatisation autour du VIH/SIDA devrait faire partie de la sensibilisation des gens", a-t-il ajouté. "Nous avons découvert que les gens sont réticents à se faire dépister pour la tuberculose parce qu'ils ne veulent pas être associés au VIH/SIDA". La tuberculose est très fréquente chez les personnes vivant avec le VIH, puisque leurs systèmes immunitaires déficitaires ne sont pas capables de combattre la maladie. En Afrique subsaharienne, plus de 60 pour cent des personnes séropositives souffrent de tuberculose. Mais Mseleku a averti que ce n'est pas nécessairement une bonne chose de traiter le VIH et la tuberculose comme une seule épidémie. "Cela pourrait être interprété comme si le VIH et la tuberculose étaient indissociables, que si vous avez la tuberculose, vous avez aussi le VIH. Nous pensons que ceci pourrait décourager les gens à se faire dépister pour la tuberculose". De meilleurs laboratoires et l'éducation ne constituent pas tout ce dont on a besoin dans la lutte contre la XDR-TB. Il doit également y avoir des améliorations dans la médication, a déclaré Giorgio Roscigno de la Fondation pour l'innovation en matière de diagnostics (FIND). La FIND est une organisation basée à Genève, qui vise à développer des tests de tuberculose rapides, corrects et abordables avec l'assistance des secteurs public et privé.

"Les médicaments qui sont utilisés pour traiter la tuberculose n'ont pas connu d'amélioration depuis 40 ans", a souligné Roscigno. "Le vaccin de la tuberculose est vieux de 80 ans. Nous ne pouvons pas résoudre le problème sans un meilleur traitement".

Heureusement, il y a des nouvelles positives à l'horizon : "Actuellement, sept médicaments antituberculeux candidats sont à la première phase des essais cliniques. Deux d'entre eux pourraient convenir au traitement des souches de la tuberculose ultra-résistante", a ajouté Roscigno.

"Nous devons éviter à tout prix que des souches résistantes ne remplacent les formes traitables de la tuberculose. Le scénario du cas le plus grave est que des souches résistantes prennent le dessus, deviennent la norme et même plus résistantes aux médicaments. Nous devons fermer le robinet et éviter un désastre total".