DROITS-AUSTRALIE: Des préjugés perçus dans la réduction du nombre de réfugiés africains

MELBOURNE, 12 oct (IPS) – Les commentaires de Kevin Andrews, ministre australien de l'Immigration et de la Citoyenneté, singularisant les ressortissants soudanais comme un groupe ayant des problèmes à s'intégrer dans la société australienne, ont déclenché une tempête de protestations.

Andrews essuyait des critiques depuis le 1er octobre, quand le journal 'The Age' l'avait cité en ces termes : "Je suis inquiet que certains groupes ne semblent pas s'installer et s'adapter au mode de vie australien aussi rapidement que nous l'espèrerions et par conséquent il est logique de mettre l'argent supplémentaire pour fournir des ressources complémentaires, mais aussi pour ralentir la vitesse du nombre de réfugiés en provenance des pays tels que le Soudan".

Le ministre parlait de la rossée en septembre dernier d'un réfugié soudanais âgé de 18 ans, Liep Gony — il est décédé plus tard à l'hôpital — près d'une gare de la banlieue de Melbourne où de jeunes Soudanais se rassemblent souvent. Andrews — qui a promis 209,2 millions de dollars australiens supplémentaires (186 millions de dollars US), sur quatre ans, pour des programmes d'installation de réfugiés – s’exprimait apparemment avant qu'il ne soit révélé que les agresseurs de Liep Gony ne venaient pas d'Afrique. Cependant, ses commentaires ont provoqué l'indignation et l'inquiétude au sein des groupes communautaires et des opposants politiques.

Dans le but d'apaiser ses critiques, le ministre a publié une déclaration la semaine dernière qui comprenait un résumé de la réaction "des diverses organisations ethniques" parvenue au ministère de l'Immigration et de la Citoyenneté. Cette déclaration était censée justifier les préoccupations de Andrews au sujet des réfugiés africains.

La déclaration comportait des préoccupations concernant l'installation des bandes raciales, des altercations entre groupes africains dans des boîtes de nuit et réunions communautaires, des tensions et des conflits entre familles africaines et "une tendance croissante chez des jeunes garçons africains qui se regroupent dans des parcs la nuit, souvent pour consommer de l'alcool". Mais la déclaration de Andrews n'a fait qu'attiser les flammes.

Abeselom Nega, président de la Fédération du conseil des communautés africaines (FACC), déclare que la FACC est déçue par les commentaires de Andrews. "Les déclarations selon lesquelles le ministre est sorti pour justifier ses actions sont sans fondement et en tant que telles ne sont que des rumeurs et des insinuations", estime Nega, affirmant que les Africains n'ont pas de problèmes à s'intégrer en Australie. "Il n'y a aucune preuve que le taux d'altercations parmi les Africains est plus élevé que dans un autre groupe", a indiqué Nega à IPS. Il s'interroge sur les préoccupations de Andrews concernant l'installation des bandes raciales, se référant aux commentaires faits par la commissaire de police de Victoria, Christine Nixon, qui déclare que les réfugiés soudanais sont condamnés moins pour des crimes — par tête d’habitant -– par rapport à la population générale de Victoria, représentant un pour cent des délinquants. Réagissant à la préoccupation concernant des jeunes Africains qui boivent dans des parcs la nuit, Nega dit qu'ils ne sont pas différents d'autres groupes dans la société. "Les jeunes gens seront toujours des jeunes gens. Ils essayeront l'eau", ajoute-t-il. Les commentaires du ministre sont faits plus d'un mois après qu'il a annoncé des changements relatifs au nombre de réfugiés en Australie pour 2007-2008. Pendant que le nombre total de ceux qui reçoivent un visa conformément au Programme humanitaire des réfugiés est de 13.000, le contingent d'Africains a été réduit à 30 pour cent par rapport à une hausse de 70 pour cent il y a quatre ans.

"Le contingent de réfugiés en provenance de la région d'Afrique reflète une amélioration des conditions dans certains pays et un accroissement du nombre de personnes qui retournent dans leurs pays d'origine", a souligné Andrews dans une déclaration publiée le 18 août, dans laquelle il indiquait que sa décision intervenait après avoir consulté le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et "beaucoup de groupes et d'agences à travers l'Australie".

La réduction du quota africain correspond à une augmentation du nombre de réfugiés en Australie en provenance du Moyen-Orient et d'Asie d'environ 35 pour cent pour les deux régions, avec des réfugiés iraquiens, birmans et bhoutanais qui ont la priorité. Nega indique que Andrews a le droit de varier la composition du contingent de réfugiés en Australie.

"C'était son gouvernement qui a tout d'abord poussé le nombre de réfugiés en provenance de l'Afrique à 50 pour cent et ensuite à 70 pour cent", a expliqué Nega à IPS, ajoutant que les responsables des communautés africaines peuvent reconnaître que les réfugiés venant d'autres régions peuvent faire l'objet d'une préoccupation plus urgente. "En tant que personnes qui connaissent la situation des réfugiés en Afrique, nous défendrions toujours, mais nous serions également assez décents pour comprendre là où il y a un besoin urgent pour un pays de faire attention", dit-il.

Tandis que la FACC exprime cette opinion, le président du Conseil des communautés ethniques de Victoria, Phong Nguyen, s'est fortement opposé à la réduction du nombre de réfugiés africains, appelant le gouvernement à annuler sa décision.

"Actuellement, des millions d'Africains sont enfermés dans des camps de réfugiés sans espoir. Le plus grand besoin demeure en Afrique", déclare Nguyen.

Toutefois, c'est la révélation ultérieure des opinions de Andrews sur l'incapacité des Africains — en particulier, des Soudanais — à s'installer dans la société australienne qui est le point principal d'inquiétude. Tom Calma, commissaire chargé de la lutte contre la discrimination raciale, de la Commission des droits de l'Homme et de l'égalité des chances (HREOC), un organisme de droit public indépendant, se dit préoccupé par les conséquences de la singularisation de la communauté soudanaise. "Je crains que les récentes déclarations du gouvernement puissent augmenter la souffrance de nos communautés africaines en accordant officiellement foi aux préjugés déjà existants contre les réfugiés africains", déclare Calma.

Le collègue de Calma, Graeme Innes, commissaire aux droits de l'Homme, estime que l'Australie devrait continuer ce qu'il appelle son "approche humanitaire" pour l'installation des réfugiés. "La décision du gouvernement de réduire le nombre des réfugiés africains parce qu'ils ne s'installent pas et ne s'adaptent pas au mode de vie australien est contraire à la préoccupation première de la Convention (des Nations Unies) sur les réfugiés, celle qui consiste à offrir une zone de refuge pour des personnes qui sont en train de fuir la persécution dans leur pays d'origine", ajoute Innes. Nega affirme que les opinions de Andrews porteront atteinte à la réputation de l'Australie. "Ce qu'il ne comprend pas est que les déclarations qu'il a faites seront partagées, non seulement au sein des communautés ici, mais également en Afrique et à travers le monde", a confié Nega à IPS. "Le dénigrement que le ministre de l'Immigration a utilisé ne disparaîtra jamais des esprits de beaucoup d'Africains pour plusieurs, et plusieurs années à venir. On se souviendra de lui en tant quelqu'un qui déteste le Noir", ajoute-t-il.