COMMERCE-AFRIQUE AUSTRALE: Des barrières non-tarifaires bloquent la circulation des biens

LE CAP, 2 oct (IPS) – Pendant que la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) est allée vers la libéralisation du commerce pour rendre plus facile et économiquement plus rémunératrice la circulation des biens entre les pays, des barrières non-tarifaires continuent d'être une préoccupation, a indiqué une étude récente.

Gregory Mthembu-Slater, économiste indépendant et analyste politique résidant dans la ville côtière du Cap en Afrique du Sud, a été récemment délégué par l'Institut sud-africain pour les affaires internationales (SAIIA) pour examiner comment les barrières commerciales non-tarifaires affectent l'Afrique du Sud et le Zimbabwe. Le SAIIA est une organisation de recherche attachée à l'Université de Witwatersrand à Johannesburg, en Afrique du Sud. Entre un quart et un tiers du total des recettes intérieures de l'Afrique subsaharienne provient des tarifs commerciaux, a déclaré à IPS Mthembu-Slater. Dans des pays plus riches, les gouvernements obtiennent moins de deux pour cent de leurs recettes de ces tarifs. Avec la libéralisation, est venue la suppression de ces tarifs, résultant en la perte des recettes. Les gouvernements de la région essaient de récupérer ces pertes en imposant d'autres barrières non-tarifaires.

Dans son papier, Mthembu-Slater écrit que "bien que des secteurs spécifiques des économies nationales puissent bénéficier et bénéficient réellement des barrières non-tarifaires, des économies de façon générale finissent par souffrir puisque d'autres pays imposent également des barrières non-tarifaires, lesquelles augmentent les coûts pour tout le monde".

Mthembu-Slater a mis l'accent sur l'impact des barrières non-tarifaires sur les biens en provenance du Zimbabwe qui passent par la ville portuaire de Durban en Afrique du Sud via le poste frontalier du 'Beit Bridge'. Cette traversée est l'une des plus animées en Afrique et certainement la plus animée de la région de la SADC.

Dans sa recherche, il a identifié un certain nombre de barrières non-tarifaires qui occasionnent d'énormes pertes et de grands retards. Selon des données rassemblées entre septembre 2005 et juin 2006 par la Fédération des associations de transporteurs routiers de l'Afrique orientale et australe (FESARTA), cela a pris entre 63 et 83 heures pour des véhicules commerciaux lourds cherchant des autorisations d'entrée multiples pour traverser le 'Beit Bridge' sur la route nord de l'Afrique du Sud vers le Zimbabwe. En décembre 2005, un "record" élevé de 125 heures a été enregistré. La demande pour l'obtention d'une seule autorisation d'entrée peut prendre entre 48 et 53 heures sur la route nord. Sur la route sud, une seule autorisation d'entrée peut prendre entre 23 et 44 heures. Cela a pris 26,2 heures aux SARS pour examiner le dossier d'un camion cherchant une autorisation d’entrées multiples sur la route nord. Il faut ajouter 28,5 heures supplémentaires pour l'autorisation de l'Autorité des recettes du Zimbabwe (ZINRA) et 6,4 heures supplémentaires pour permettre aux douaniers de faire leur travail. Mthembu-Slater apprécie l'initiative de la FESARTA de garder la frontière ouverte 24 heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Des chiffres indiquent qu'environ 6,8 pour cent des camions allant vers le nord et 24,2 pour cent de ceux allant vers le sud traversent entre 10 heures de la nuit et 7 heures du matin. Beaucoup de pays de la région de la SADC cherchent des moyens pour installer des infrastructures de dédouanement préalable, ce qui entraînerait la décongestion des frontières. Ils veulent également simplifier les formalités douanières. "Pour que ceci marche bien, les différents pays de la région ont besoin des logiciels informatiques qui peuvent communiquer entre eux. Mais malheureusement, les pays disposent de logiciels des impôts indirects et des douanes qui sont incompatibles", indique Mthembu-Slater. Les nombreux problèmes rencontrés au 'Beit Bridge' ont amené les conducteurs de camions sur les routes entre l'Afrique du sud, la Zambie et la République démocratique du Congo à préférer la route du Botswana. Tandis que l'option du 'Grobler's Bridge' (le Pont de Grobler) sur la frontière entre l'Afrique du Sud et le Botswana est moins directe que la traversée du 'Beit Bridge', les coûts sont plus bas. La route via le Zimbabwe implique une pénurie chronique de diesel et un certain nombre de barrières non-tarifaires administratives, incluant des taxes prohibitives et d’autres pénalités. Des véhicules allant vers le sud n'ont d'autre choix que d'emprunter le 'Beit Bridge'. Une autre barrière non-tarifaire identifiée par Mthembu-Slater est la forte congestion des navires et des camions au port de Durban en Afrique du Sud, lequel éprouve des difficultés à gérer un accroissement des activités d'importations et d'exportations. Des files de navires attendant d'entrer dans le terminal sont longues de 10 à 15 kilomètres. Ceci signifie des retards de plusieurs heures. Il y a un espace insuffisant pour les camions dans le port et un manque d'équipements pour charger les camions. Les files de camions peuvent provoquer des retards de trois à six heures, traduisant un coût de 46 dollars par heure par camion. Les camions attendent souvent dans des files atteignant jusqu'à cinq kilomètres de long. Un autre problème débilitant est le manque d'un réseau de transport régional efficace, déclare, Mthembu-Slater.

"De grandes quantités de biens qui devraient être transportées par train vont actuellement par voie routière. Ceci est coûteux et mauvais pour les routes, l'environnement et l'économie. Les minerais qui sont de très grosses marchandises sont un exemple de biens qui devraient être transportés par voie ferroviaire. "Mais à cause de beaucoup de facteurs divers, les minerais sont transportés par la route. Ceci est lent et coûteux et endommage les routes". Mthembu-Slater souligne dans son étude que même si son attention est focalisée sur le 'Beit Bridge', les problèmes vécus ne sont pas particuliers aux voies de transport entre le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. Ces défis affectent toute la région. C'est clair que la SADC est confrontée à une tâche pénible pour résoudre ces problèmes.