RABAT, 6 sep (IPS) – Rien n'a changé depuis 2002, date des dernières élections législatives au Maroc où la femme était pourtant l'un des chevaux de bataille des partis politiques, affirment des analystes politiques, indiquant que tous les indices révèlent encore une faible participation féminine aux législatives du 7 septembre.
Au total 26 listes nationales s'affronteront et sur lesquelles 30 places sont attribuées aux femmes, et une dizaine de listes locales pour la conquête des 325 sièges du parlement marocain dans un scrutin de liste à la proportionnelle. Quelque 15,5 millions d'électeurs et électrices sont inscrits sur les listes pour les législatives de vendredi, dont 48 pour cent de femmes, selon des chiffres officiels. La participation des femmes reste donc faible par rapport aux attentes des formations politiques féminines et organisations non gouvernementales qui aspirent à une représentation répondant à la volonté du discours prononcé par le roi Mohammed VI le 8 octobre 2004, faisant appel à l'égalité politique et la légitimité démocratique.
Dans la même logique, une nouvelle loi sur les partis politiques énonce, dans son article 24, que le choix des candidats doit se faire sur la base de la transparence et la démocratie interne. Pour cela, elle impose un nombre proportionnel de femmes et de jeunes pour siéger dans les instances dirigeantes des partis. Un quota de participation pour les femmes est fixé à 30 pour cent sur les listes de candidatures.
“Les partis politiques sont en grande partie responsables de l'absence des femmes sur les listes locales de candidatures “, affirme à IPS, Fatima Omari, une militante du Parti du progrès et du socialisme (PPS) du Maroc, une formation faisant partie des huit partis politiques de la majorité gouvernementale. “Deux à trois femmes têtes de liste pour chaque parti est un nombre très faible et 30 sièges réservés aux femmes parmi les 325 députés au total ne répondent pas à nos espérances d'avoir un peu plus de femmes au gouvernement”, déclare Nadia Amrane, une jeune dame électrice qui soutient la liste des femmes de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), un autre parti de la majorité gouvernementale.
Le Parti de la société démocratique (PSD), une formation politique féminine créée à la veille des élections du 7 septembre 2007, n'a pas présenté de liste nationale : “C'est une position de principe politique”, explique sa secrétaire générale, Zhor Chekkafi. Selon elle, il n'est pas question de s'enfermer dans un quota car par principe, les femmes marocaines doivent jouir des mêmes droits et devoirs que les hommes. Le PSD est un parti de l'opposition. Dr Khadija Akelay, une femme médecin généraliste installée à Rabat, la capitale du Maroc, ne semble pas concernée par la campagne électorale ouverte depuis le week-end du 25 août : “Les élections? Je n'y crois plus car tous les députés deviennent invisibles après le résultat des élections et leurs promesses mielleuses s'en volent”. Interrogée par IPS sur les intentions des femmes qui sont candidates et qui se lancent dans la bataille, Akelay a simplement répondu : “Je ne crois pas qu'elles feront mieux”.
Son amie Amal Nadif, une pharmacienne à Rabat, n'est pas aussi pessimiste : “Je crois que ce n'est pas mal de donner la chance à ces femmes qui semblent convaincues de leur capacité et leur savoir-faire dans la politique”. Elle ajoute, souriante, à IPS : “Si on parle de démocratie, il faut les encourager et les laisser faire pour voir ce que ça donnera!”.
La réalité est que le nombre des femmes députées a toujours été réduit au Maroc; elles étaient 35 à siéger au parlement, soit environ 10 pour cent des sièges, un nombre ridicule par rapport à la Mauritanie voisine qui compte 21 pour cent de femmes parlementaires. Sans parler du Rwanda, un pays d'Afrique de l'est, où les femmes occupent 48,8 pour cent des sièges à la Chambre basse du parlement, et 34,6 pour cent à la Chambre haute : l'un des meilleurs pourcentages au monde. Les femmes politiques ont donc réagi pour exiger un changement en demandant un quota qui réponde à leurs attentes pour pouvoir participer à la prise des décisions et au développement du pays. “Je suis pour la féminisation, mais c'est vraiment difficile de l'imposer en présence d'un esprit macho dominant” dans le pays, a déclaré à IPS, Rachid Rahoul, un fonctionnaire du ministère de la Culture. Il a ajouté que “ce n'est pas parce que la femme n'est pas capable, mais à cause d'une mentalité dominante à prendre au sérieux”.
Déjà, a-t-il dit, les femmes ont dû mener une longue bataille pour défendre l'approche genre dans ce pays arabe musulman d'Afrique du nord et confirmer leur présence dans tous les domaines pour sortir du cloisonnement dans lequel elles étaient confinées en tant que “femelles”.
“Les rencontres qu'on organise pour sensibiliser les gens aux potentialités des femmes, il faut les faire aux hommes”, estime Zahra el Harouch, une militante de la cause féminine, candidate aux élections sur la liste du Rassemblement national des indépendants (RNI). “Il faut qu'ils sachent que les femmes représentent 50 pour cent de la population et s'ils ne font pas confiance à leurs femmes, c'est qu'ils ont un problème”, ajoute-t-elle à IPS.
“On était juste de simple voix pour les partis politiques; maintenant, les choses ont changé, on a aussi notre mot à dire, il faut juste nous donner la parole”, a affirmé à IPS, Naima Farah, une autre candidate du RNI.
Pour sa part, le Parti de la justice et du développement (PJD) — islamiste modéré — déclare qu'il soutient les femmes : “Nous apprécions beaucoup la présentation féminine dans nos rangs. Contrairement à ce que pensent nos concurrents, nous encourageons la femme à se présenter aux élections pour défendre nos principes”, affirme à IPS, Hadj Omar, un militant du PJD et professeur d'arabe dans une école privée de Rabat.
Le PJD a présenté 43 femmes candidates, soit 13,2 pour cent de l'ensemble de ses 325 candidats représentant le parti dans le scrutin. Le PJD est un parti de l'opposition.

